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Un faussaire nommé Zemmour

Monsieur « Z » sera-t-il ou pas candidat à l’élection présidentielle de 2022 ?

En tout état de cause, force est de constater que ce pur produit de l’audiovisuel et des médias, encore récemment polémiste chroniqueur, s’est pour le moment imposé dans les sondages, étouffant par la même Marine Le Pen et le rassemblement National ainsi qu’une partie de la la droite.

Certains ont choisi d’être dans le déni, d’autres de regarder ailleurs en se bouchant le nez, d’autres encore de marginaliser ou de minimiser le phénomène Zemmour. Mais peut on sciemment ne pas être inquiet lorsque l’extrême droite atteint 40% (Le Pen + Zemmour + Dupont Aignan) et qu’une partie de la droite traditionnelle se « radicalise » ?

Pour le moment, son seul axe stratégique est de nous parler de la France, de l’identité française et de l’immigration en raccrochant le tout à l’histoire de France avec néanmoins certaines approximation comme sa déclaration à Rouen.

Chacun ayant bien évidement en tête que le débarquement de 1944 de forces alliés s’est déroulé à plus de 150 km de Rouen et que Jeanne d’Arc n’est passée par Rouen que pour être envoyée au bucher le 30 mai 1431. Sa ville de Naissance Domrémy la Pucelle étant comme chacun le sait située dans le département des Vosges.

Mais finalement, l’approximation historique (comme celle qui consiste à attribuer à Genghis Kahn la chute de Rome alors que ce dernier est né 700 ans après), n’est peut être pas le sujet le plus intéressant chez Zemmour, quoi que…..

Zemmour a choisi de nous questionner sur l’identité française, et voilà que 17% des électeurs sont prêts à voter pour lui. Notre société est elle si mal en point ?

Bien évidement, lorsqu’il pose le débat, il ne manque jamais de sous entendus délétères pour les musulmans avec des éléments de langage propres à l’extrême droite et en ramenant ses propos « aux valeurs chrétiennes » de la France, oubliant sciemment la laïcité au passage comme l’a montré l’épisode médiatique de sa visite à Drancy.

Une scène fabriquée de toute pièce dans laquelle Zemmour met au défi une femme d’ôter son foulard en direct qui elle-même n’a pas eu de mal à l’enlever puisque ne le portant pas d’ordinaire.

D’ailleurs, déclarant à la fin de cette séquence tout aussi grotesque qu’ubuesque « Voilà, vous respectez la laïcité » Zemmour commet une grossière erreur d’interprétation de la laïcité. La laïcité protège la liberté de conscience et d’exercice du culte. Elle permet le port d’un signe religieux dans l’espace public sous réserve de ne pas créer de trouble à l’ordre public ou si on exerce pas de fonction officielle ou le rôle que nous avons n’entrave pas la neutralité.

Gilles Clavreul résume parfaitement l’amalgame zemmourien : « Éric Zemmour superpose des registres que l’État laïc a justement eu tendance à séparer : l’origine, la religion, la classe sociale et enfin les opinions politiques ».

Avec une aisance de tribun qui caractérise les populistes il explique par ailleurs aux français que « le grand remplacement » est en cours, que les français vont peu à peu disparaitre ainsi que la France.

Laissant de côté le projet social de son programme (en a-t-il d’ailleurs des propositions sur ces sujets ?), Zemmour cristallise une partie de français sur ce seul axe politique à l’aide d’une punch line tout aussi percutante qu’elle est vide de sens : « restaurer la France » tout en pré supposant que l’identité française n’existe plus.

« Bien sûr, nous devons être conservateurs de notre identité, mais que pouvons-nous conserver puisque tout a été détruit ? Notre tâche est plus immense, presque désespérée. Nous devons restaurer. » 28/9/2019 convention de la droite.

Zemmour s’appuie sur des exemples précis mais en même temps en déforme les causes pour arriver à ses fins : une identité fantasmée, une France pure. Il nous raconte un récit qui rompt avec le rationalisme et qui de fait crée de l’émotion pour créer de l’adhésion.

Lorsqu’il pointe certains territoires comme celui de la Seine Saint Denis pour illustrer sa théorie du grand remplacement et du choc des cultures, selon lui, les causes des difficultés sociales et sécuritaires de ce territoire sont uniquement sociologiques. Il faut être lucide, la Seine Saint Denis cumule certes de nombreuses difficultés. Mais il faut établir le juste diagnostic en pointant du doigt les véritables causes qui sont d’abord une relégation sociale et politique des habitants de ce territoire depuis des décennies ainsi que des aménagements urbains catastrophiques.

La vision zemmourienne du grand remplacement se heurte aussi à une réalité : celle de l’histoire de France qui met au sol sa tentative de mystification. Aucune donnée statistique ni démographique ne vient corroborer le grand remplacement. Zemmour nie en réalité l’histoire de France dont nous sommes toutes et tous issus et héritiers. Cette théorie repose aussi une erreur d’analyse de l’histoire en supposant que cette dernière est statique. Or, l’histoire n’est jamais statique à commencer par le peuplement de l’Eurasie puis de l’Europe commencé il y a 2 millions d’années par les homos erectus venus d’Afrique.

La France pure de Zemmour n’existe pas et n’a jamais existé. Sa théorie est une pure chimère et falsification de notre histoire. La France ne s’est pas construite seule indépendamment du monde et des influences extérieures. L’identité française n’a jamais été ethnique mais philosophique et nourrie des influences et apports extérieurs : la gastronomie, l’architecture, l’art, la philosophie, les prénoms etc.

La France de Zemmour et plus largement celle de l’extrême droite c’est un récit fantasmé qui tourne le dos à l’histoire mais aussi richesses de la France : sa complexité, sa diversité, sa mixité, son universalisme. Ce n’est pas avec une logique zemmourienne héritière de Maurras fondée sur la ségrégation, la tentation identitaire, communautaire ou religieuse que nous serons collectivement en capacité de résoudre la crise sociale que traverse notre société.

S’opposer à Zemmour et à l’extrême droite, c’est faire la différence entre ceux qui veulent vivre ensemble et les autres et c’est leur opposer les fondements même de ce qui nous unit en commençant par les valeurs et principes fondamentaux de notre république.

Je terminerai ce modeste article en vous invitant à regarder et écouter Robert Badinter racontant l’arrestation de sa grand mère par Bousquet en novembre 1942.

Ses mots doivent raisonner en nous

« La vérité il faut toujours la rappeler (…) cela me paraissait un orage emporté par l’histoire mais je n’en suis plus si sûr (…) aux jeunes générations d’y veiller« 

Robert Badinter

La citoyenneté, ce refuge commun

En plus d’avoir installé une crise sanitaire, sociale et économique, la pandémie de la COVID-19 a accéléré une crise politique démocratique.

De nombreux individus n’ont pas hésité à défier les directives émanant de l’État pourtant basées sur conclusions scientifiques, avec pour conséquence une incapacité de freiner durablement la contagion. Des manifestations mélant antivax, antipass et finalement « anti tout » sont régulièrement organisées en France avec en tête de cortège tout ce que la sphère politique peut compter de populistes.

La crise a révélé par ailleurs des comportements individualistes, égoïstes et peu responsables.

En parallèle, on assiste progressivement à une déliquescence du débat politique par manque de structuration collective. Nous sommes entrés dans l’ère du débat télévisuel formaté à coup de grand teasing médiatique où il nous est par exemple donné à voir comme récemment un duo plutôt qu’un duel où les protagonistes sont autant associés que rivaux. La polémique et la posture prend progressivement le pas sur le débat d’idée pour l’intérêt collectif et l’invective sur le dialogue.

Comment et pourquoi nos sociétés pourtant qualifiées d’évoluées et héritières des Lumières en sont-elles arrivées là ?

Comment reposer la notion de citoyenneté et éviter un décentrement constaté parfois important chez certains citoyens au profit d’une jouissance quasi illimitée de la liberté individuelle confondant trop souvent intérêt individuel au détriment de l’intérêt collectif ?

La notion de citoyenneté nous ramène donc en premier lieu à réfléchir sur qu’est l’identité. Elle revêt plusieurs formes.

Elle peut être individuelle, collective, philosophique, sociologique, nationale.

Le Petit Robert nous propose deux définitions de l’identité. « L’identité c’est le caractère de deux choses identiques, de ce qui demeure identique à soi même ». Mais c’est aussi « ce qui permet de reconnaître une personne parmi toutes les autres en référence à l’état civil ».

Jusqu’au second empire, chaque déplacement en dehors d’un canton était surveillé via un passeport interne et le livret d’ouvrier. En 1912, l’Etat Français impose le carnet anthropométrique très détaillé (taille, buste, empreintes digitales etc.). en 1917, un décret impose la carte d’identité obligatoire pour les étrangers et en 1921, malgré les réticences des syndicats et intellectuels, la carte d’identité devient facultative pour devenir obligatoire sous le régime de Vichy dés 1942. Le 22 octobre 1953, elle devient obligatoire et valide pour 10 ans puis biométrique en 2017.

Mais une carte d’identité ne dit pas Qui je suis ? Elle dit simplement comment je suis au travers de mon âge, ma ville de naissance, la couleur de mes yeux, ma taille, ma nationalité.

Dés lors, qu’est ce qui peut définir mon identité ?

Est elle un concept philosophique et métaphysique ou permet elle d’exprimer la conformité au groupe ? L’identité n’est elle pas aussi évolutive dans le temps en fonction de l’expérience de chacun ?

« L’homme étant un animal politique » (Aristote), il s’inscrit comme animal pensant et animal social de ce fait. L’homme ne devient homme que parce qu’il vit dans une société régit par des lois et des coutumes et il se réalise dans un contexte social. L’identité sociale renferme la problématique du rapport entre notre identité individuelle et le rapport à ce collectif.

Contrairement à l’identité individuelle qui nous définit en tant que personne unique, l’identité sociale se réfère aux attributs que des individus ont en commun. C’est souvent d’ailleurs une ou plusieurs catégorie qui relèvent de l’héritage pour partie. Chaque individu appartient à au moins un groupe ou catégories voir plusieurs. Mais le fait d’appartenir à des catégories sociales identiques n’est pas forcément conséquence d’interactions.

D’ailleurs, poussée à son paroxisme, l’identité sociale amène à la catégorisation des individus, qui elle-même amène au compartimentage social produisant ainsi inévitablement inévitablement le communautarisme source de conflit au lieu d’aspirer à la communauté et à l’universalisme.

Comment assurer et préserver notre singularité individuelle et en même faire en sorte qu’elle contribue à l’épanouissement du collectif sans pour autant s’y diluer ?

Pour cette raison évidente, les deux extrêmes (l’un de gauche et l’autre de droite) sont à rejeter car le racialisme sur base de ségrégation identitaire ou religieuse ou ethnique est l’inverse de l’humanisme.

Ces réflexions sur l’identité individuelle et l’identité sociale qui nous amènent inévitablement sur la nature, le sens et la perception que nous pouvons avoir du concept d’identité nationale.

Qu’est ce que l’identité nationale ? C’est le sentiment qu’éprouve une personne à faire partie d’une nation. L’Etat est le garant de la production des symboles permettant l’imprégnation des individus de ce sentiment de faire nation. Il existe des points communs évidents entre individus d’une même nation : le territoire partagé, la langue commune. Au-delà de ces éléments factuels, l’identité nationale c’est d’abord et avant tout l’idée et la volonté de faire commun ensemble, d’adhérer aux même valeurs.

C’est là qu’intervient la notion de citoyenneté qui manifeste la rattachement à une même communauté politique, la nation. Dans les sociétés démocratiques, la citoyenneté crée le lien social et politique entre les individus. Le terme politique étant à prendre dans son acceptation « participation à la vie de la cité ». En France la citoyenneté permet notamment la liberté d’expression, le droit de vote et la protection sociale.

La citoyenneté est donc garante de droits. Mais elle est aussi implicitement attachée la notion de devoirs : celui de respecter les lois, d’acquitter des impôts etc.

L’identité ne se construit pas de façon volontariste. A contrario, la citoyenneté ne s’acquiert que par la volonté d’adhérer aux principes et aux valeurs de cette société.

Les individualités sont multiples, les identités sont différentes, la citoyenneté est une.

Depuis l’antiquité, la citoyenneté a toujours été associée à celle d’instruction. A la révolution française, le lien est fait entre la condition d’homme et le statut de citoyen. La Déclaration des Droits de l’homme et du citoyen est un texte fondamental car il énonce à la fois des droits individuels et des droits communs et leur condition de mise en œuvre.

Au travers de ce texte fondateur, la citoyenneté rattache l’Homme à une même communauté politique, la Nation. On y trouve d’ailleurs les prémisses de la notion de laïcité dans l’article 10 « Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, mêmes religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la loi ».

La citoyenneté replace l’homme au sein de la cité, en interdépendance avec ses semblables, elle est vecteur de lien de lien politique et social entre les individus. Chacun peut participer (ou pas) à la vie de la Cité. A noter qu’il faut attendre 1944 et le droit de vote des femmes pour que chaque citoyen dispose de ce droit.

La citoyenneté garantit les libertés individuelles, assure une protection sociale et elle définiti en contrepartie un certains nombre de devoirs (les impôts, le respect de la loi, etc.).

Symboliquement, la citoyenneté permet d’avoir le sentiment de faire partie d’une même communaté nationale et de définir l’identité nationale sur le fondement d’une histoire commune.

Mais le sentiment ne se crée pas naturellement, il ne va pas de soi. La compréhension de l’histoire commune se heurte à au moins deux difficultés : l’origine du citoyen qui a pu, pendant une partie de sa vie être bercé par une autre histoire commune puisque venant d’une autre nation et imprégné d’une autre culture et les inégalités d’accès à la culture.

Il ne faut pas aussi se leurrer : il est d’autant plus difficile pour beaucoup d’adhérer à une valeur parfois abstraite comme la citoyenneté lorsque le quotidien nous démontre que les évolutions économiques, sociales et culturelles de notre société sont rapides et que bon nombre de nos concitoyens sont laissés au bord du chemin. La notion d’identité nationale n’est néanmoins partagée que si socialement elle est acceptée.

On ne nait pas citoyen, on le devient. La difficulté de l’exercice résidant dans le fait que la citoyenneté est une construction permanente et ne doit pas reposer sur les origines d’une personne (origines ethniques, religieuse, sociale) et à fortiori ses identités personnelle et sociale MAIS par ces qu’il est au sein de la communauté.

La citoyenneté est un idéel universel mais qui n’est ni inné ni constant dans l’histoire.

Grâce à la citoyenneté, il s’agit d’organiser l’espace public pour qu’il soit commun aux citoyens et que la Res-Publica soit la chose publique partagée par toutes et tous, un espace égalitaire mais qui n’a rien d’inné d’où la nécessité de l’organise afin qu’il devienne un espace où les valeurs de liberté, d’égalité mais aussi de responsabilité (le pendant nécessaire à la liberté) sont garanties.

La citoyenneté est donc un espace d’inclusion qui réunit au-delà de l’appartenance sociale, ethnique, religieuse, territoriale etc. une communuaté de citoyens permettant de créer un sentiment d’identité collective et d’identification nationale.

En complément de cette citoyenneté définie par des normes politiques, vient s’ajouter « la pratique citoyenne » qui prend forme par le biais de l’engagement associatif, la formation de collectifs. Ce sont des pratiques non régies par le biais d’une norme politique mais qui viennent répondre au champ de la fraternité par le biais de la solidarité. La solidarité n’étant qu’une composante de la fraternité dans le sens où la fraternité englobe une dimension affective lui donnant un caractère plus universel.

L’actualité nous montre malheureusement que le tissu supposé rassembler tous les citoyens se délite, que les aspirations des uns et des autres sont de plus en plus divergentes et que certains responsables politiques, faute de projet social et tojours prompts à tomber dans la surenchère, n’ont plus que pour seul programme l’identité et la mise en valeur des différences.

Il est d’ailleurs à constater que ce thème revient sur le devant de la scène dans les années 1970, porté par la gauche d’alors, puis vers les années 1990, il est repris par la droite et revient aujourd’hui avec une volonté de la part de certains courants politiques nostalgiques de Maurass ou antidécoloniaux de mettre au cœur du débat la notion de race.

Or l’éceuil que doit éviter notre démocratie c’est le fractionnement comunautaire. Qu’il soit basé sur les origines ethniques, religieuses, sexuelles etc.

C’est pourquoi, il faut rappeler inlassablement que l’universalisme républicain donne corps à la citoyenneté et que la laïcité permet l’exercice de la citoyenneté en cela que la laïcité c’est la liberté de conscience et d’opinion et qu’elle permet un principe d’égalité des citoyens entre eux puisqu’assurant la neutralité vis-à-vis des croyances religieuse.

Mais seule, la laïcité ne suffit pas à assurer la citoyenneté puisque son rôle juridique n’est pas de garantir l’égalité sociale. Trois autres notions sont fondamentales pour assurer la ciroyenneté.

La civilité qui est une attitude de respect des personnes, des institutions. Le civisme qui consiste à respecter les lois. La solidarité qui est une illustration de la fraternité.

Cette question autours de la citoyenneté est d’autant plus prégnante à l’heure actuelle que nous vivons une véritable crise démocratique. Crise démocratique dont les ressorts résident à la fois dans le délitement des partis,  l’essoufflement de nos institutions (réduction du septennat en quinquennat, inversion du calendrier électoral, etc.) et l’abstention due au désintérêt pour la « chose publique ». Et pourtant, le rôle des partis a été constitutionalisé, ce qui montre leur importance. L’article 4 de la constitution précise « les partis et groupements politiques concourent à l’expression du suffrage ».

Les partis sont censés être les intermédiaires entre le peuple et le gouvernement. L’ère de ce que j’appellerai les « partis de masse » touche à sa fin et nous entrons dans un cycle comparable à celui de la III ème république : celui des personnalités. Le citoyen est ramené à un statut d’électeur.

Or sans structuration du débat et des idées, la place est laissée à l’instabilité idéologique et politique.

Il y a un an, Samuel Paty était assassiné par un terroriste islamiste.

Cette commémoration doit nous rappeler le rôle essentiel de l’Ecole de la République qui a pour mission de former des individus libres, égaux et fraternels capables de se forger un avis éclairé à partir de confrontation des faits et des représentations de ceux-ci ……… des citoyens.

L’universalisme est un projet humaniste

Un article de Rachel Khan qui nous rappelle à juste titre que l’universalisme est un projet humaniste situé aux antipodes du racialisme et de l’intersectionnalité.

Une lecture qui m’inspire ces quelques lignes plus ou moins hors sujet par rapport à l’objet de l’article de Rachel Khan mais en même temps lié par le fil de l’humanisme ….

« Qu’il me soit permis de découvrir et de vouloir l’homme, où ils se trouve. Le Nègre n’est pas. Pas plus que le blanc » disait Frantz Fanon 

Aujourd’hui, nombreux sont celles et ceux qui à gauche se prétendent héros de l’antiracisme alors qu’ils remettent la notion de race au cœur du débat sociétal et public voulant importer le modèle multiculturaliste des pays anglos- saxons passant ainsi au second plan la lutte des classes au profit d’une lutte des races. Cette partie de la gauche dite décoloniale prétend dénoncer dans un imaginaire un prétendu schéma colonial encore à l’œuvre pour défendre les minorités issues de la décolonisation.

Le racialisme (courant de pensée apparu au 19ème siècle en Europe s’appuie sur la théorie des races prétend expliquer les phénomènes sociaux à la lumière de facteurs raciaux) ne fera que nous diviser et segmenter notre société en de multiples communautés et minorités.

Ne nous y trompons pas, le racialisme est une instrumentalisation politicienne des populations dites racisées.

Prétendre lutter contre le racisme en remettant la religion, le sexe, l’origine ou la couleur de l’autre au milieu du débat est pourtant l’exact opposé des valeurs de fraternité et d’universalité. Les mots de Manuel Boucher résument parfaitement l’écueil de cette théorie décoloniale : «Combattre les processus d’oppression sociale, économique, culturelle et raciste ne peut en aucun cas s’accorder avec des logiques populistes tiers-mondistes et racialistes sous peine d’alimenter le cercle vicieux des haines identitaristes.»

La liberté, l’égalité et la fraternité sont parmi les valeurs les plus précieuses que nous avons à défendre pour que notre République reste une et indivisible et ne cède en rien aux mâchoires de cette tenaille identitaire avec l’extrême droite d’un côté et la gauche décoloniale de l’autre.

Ayons inlassablement ces mots de Jean Jaurès en tête « C’est qu’au fond, il n’y a qu’une seule race : l’humanité ». C’est cette Humanité qu’il faut protéger et défendre quelque soit sa couleur de peau, sa religion, ses origines.

Bonne lecture

Liberté, Fraternité et sens de la mesure

Il a fallu que notre Président annonce le pass sanitaire pour que bon nombre de français prennent massivement conscience que l’intérêt général doit primer sur l’intérêt particulier. Le lendemain de son allocution c’est 1,5 millions de rendez-vous de vaccination qui ont été pris et depuis la moyenne des rendez vous quotidienne est d’environ 500 000.

Bien évidement ce changement de braquet pour la vaccination a suscité encore de vives critiques de la part des oppositions systématiques de droite et de gauche qui n’ont d’autre projet politique que l’agitation politicienne.

Les uns qualifiant la France de dictature, les autres qualifiant le pass sanitaire d’apartheid ou d’ausweis. Encore une fois on pourra constater que les oppositions ne sortent pas grandies de cette séquence et que le poids des mots ne semble pas lester leur appétence à l’outrance.

Le 17 juillet 2021,c’était la première manifestation des antivax durant laquelle, certains manifestants ont poussé l’ignominie jusqu’à arborer l’étoile jaune de la Shoah pour dénoncer la politique vaccinale du gouvernement.

Le même jour, on commémorait la rafle du Vel d’Hiv des 16 et 17 juillet 1942.

C’était il y a 79 ans en France. Plus de 13 000 personnes dont un tiers d’enfants étaient arrêtées puis envoyées vers le camp d’extermination d’Auschwitz parce qu’elles étaient juives.

En France, chacun a le droit de manifester et d’exprimer une opinion et chacun est libre de s’exprimer sous couvert de la liberté d’expression. Mais il est des raccourcis et des parallèles qui ne sont pas acceptables car ils sont une honte et une injure pour l’histoire.

Ne pas pouvoir fréquenter des lieux publics en France en 2021 faute de ne pas avoir de pass sanitaire n’a rien de comparable à la situtation des Juifs qui étaient obligés de porter une étoile jaune comme marqueur discriminatoire et interdits de fréquenter certains établissement sous l’occupation nazie.

L’étoile jaune était synonyme d’un aller simple pour les camps de concentration pour des millions de juifs. La vaccination est au contraire le moyen de sauver notre société du virus qui a atteint 192 million de personnes et fait plus de 4 millions de victimes (chiffres officiels …) partout dans le monde.

On ne peut rester sans voix et ne pas dénoncer cette comparaison. Sans quoi cela reviendrait à cautionner cette banalisation de la Shoah et rendre ce tragique épisode de l’histoire finalement anecdotique ou en faire une simple péripétie.

Ces agissements témoignent ils d’une lourde ignorance ? non.

Ces agissements cyniques relayés complaisament par la présence de certains responsables politiques lors des manifestations sont le témoignage d’une volonté d’écraser toute forme de débat par le biais de la réducio at hitlerum.

Il en va de notre responsabilité individuelle et collective de dénoncer et faire cesser ces agissements.

Que dire aussi de l’impact de ces messages auprès de nos jeunes ? Comment leur transmettre le devoir de mémoire si leurs aînés les relativisent en usant de parallèles qui n’ont pas lieu d’être ? 

A l’instar de nombreux responsables politiques, une partie de notre société semble avoir perdu le sens de la mesure.

 « la meilleure preuve du progrès de l’humanité c’est que malheureusement, en 2500 ans, nous sommes passés de Socrates sur L’agora à Francis Lalanne sur Face book ». Claude Malhuret (Sénateur de l’Allier). Si juste mais si triste constat.

https://www.independants-senat.fr/post/claude-malhuret-projet-de-loi-relatif-%C3%A0-la-gestion-de-la-crise-sanitaire-1

Ce n’est pas le gouvernement qui restreint les libertés. C’est bel et bien ce virus. Et notre liberté sera malmenée tant que ce virus circulera.

Et au-delà de cette perte du sens de la mesure, la période actuelle est la parfaite illustration de la confusion qui est faite entre liberté individuelle et individualisme.

L’individualisme rogne la liberté collective, il en est l’exact contraire. La liberté individuelle permet de s’inscrire dans une vie en société. C’est tout le sens de notre devise républicaine et de la profondeur du terme Fraternité. Sans fraternité il n’y a point de liberté.

Etre vacciné, c’est être protégé soi même mais c’est aussi faire en sorte que l’autre soit protégé. « La liberté, c’est la liberté de l’autre » disait Rosa Luxembourg. Refuser la vaccination n’est pas défendre la liberté mais c’est faire preuve d’irresponsabilité.

« Tout ce qui augmente la liberté augmente la responsabilité. » Victor Hugo.

Comment ne pas penser aussi à tous ces pays qui faute de vaccins voient leurs populations durement touchées par la pandémie ?

https://www.francetvinfo.fr/sante/maladie/coronavirus/covid-19-un-afflux-de-dons-sauve-la-tunisie-d-une-catastrophe-sanitaire_4715511.html

https://www.courrierinternational.com/article/hecatombe-le-covid-19-aurait-fait-pres-de-5-millions-de-victimes-en-inde-dix-fois-plus-que

Bien évidement il ne s’agit pas d’ostraciser ou de mépriser les réfractaires au vaccin. Il y a aura de toute façon toujours une frange de la population qui restera contre la vaccination. Les lois de la statistiques sont ainsi faites …

Il s’agit plutôt de convaincre par l’écoute réciproque, par les gestes et par la science. La vaccination semble avoir un réel impact positif sur l’évolution des cas de décès et d’hospitalisation.

Gageons que ces premiers chiffres puissent témoigner que la sortie du tunnel n’est pas loin. Mais cette sortie ne pourra être individuelle, elle sera collective pour atteindre un taux d’immunité collective de 80%.

https://www.francetvinfo.fr/sante/maladie/coronavirus/vaccin/infographies-la-vaccination-a-t-elle-deja-un-impact-sur-la-pandemie-de-covid-19_4710847.html

Retrouver collectivement le sens de la mesure, de la nuance et de la fraternité. Voilà peut être une des leçons que nous devons tirer de cette crise sanitaire, condition sine qua none pour prétendre esquisser collectivement « le monde d’après ».

« Sans le socialisme, la république est vide »

Par cette formule dont il avait le secret, Jaurès exprimait le fait que tant que la République ne sera pas sociale, il subsistera une contradiction entre l’ordre politique et l’ordre économique.

Le recul des services publics, phénomène amorcé depuis des decennies est une faiblesse et une menace pour le projet républicain.

A ce titre, le récent mouvement des gilets jaunes doit nous interpeler sur l’urgence sociale qu’il y a à remettre sur pied une égalité territoriale au service du quotidien de chacun.

Il est certes délicat d’aborder le sujet des gilets jaunes tant le mouvement originel a été gangrené et dénaturé par les récupérations de factieux et d’extrémistes en tout genre.

C’est pourquoi je n’utilise pas l’article « les » mais « des » pour nommer ce mouvement tellement il a pu prendre des formes diverses et s’est appuyé sur des revendications multiples.

Je  me réfère au mouvement « originel » : celui qui prend ses racines dans la France périphérique (cette fameuse « diagonale du vide » bande de territoire allant de la Meuse aux Landes), celle ou le seuil migratoire est négatif et où les commerces ont déserté les centre ville au profit de vastes ensembles périurbain, où les services publics ont déserté les territoires.

Que retenir de ce mouvement des Gilets jaunes, celui qui s’est spontanément créé à l’automne 2018 (et pas celui qui a dégénéré donnant lieu aux actes les plus antirépublicains et radicaux tant il était alors gangrené par des forces radicales comme les Black Blocs, faute d’avoir su se structurer) ?

Les gilets Jaunes sont l’expression de l’invisibilité et de la précarisation d’une partie de la société depuis la fin des 30 glorieuses (les classes sociales populaires) touchées de plein fouet par les inégalités sociales et territoriales. Cette fracture sociale n’est pourtant pas récente car n’oublions pas qu’elle fut le sujet du débat de l’élection présidentielle de 1995.

Les revendications étaient aussi différentes qu’il y avait de ronds point, mais tous les ronds point avaient pour point commun de réunir  des classes populaires de la France périphérique majoritairement ouvriers, employés ou retraités (seul 35% sont au chômage) vivant majoritairement dans les communes rurales ou les villes de moins de 20 000 habitants et dont le niveau médian de vie est d’environ 1500€ pour un niveau médian national de 1800 €/mois.

Il ne s’agit ni donc ni d’un mouvement politique ou syndical traditionnel ni d’un mouvement des plus nécessiteux. C’est un mouvement social inédit par sa spontanéité, son organisation et sa longévité dont les premières préoccupations sont le pouvoir d’achat, puis les retraites, puis l’emploi .. préoccupations qui démontrent l’urgence qu’il y a à répondre à ce sentiment d’assignation territoriale et sociale.

L’émergence de ce mouvement en dehors du cadre organisationnel des partis politiques et des corps intermédiaires doit d’ailleurs aussi interroger les responsables politiques et syndicaux tant il a démontré l’affaissement des partis traditionnels (dont ceux de gauche, devenus incapables de porter une revendication sociale de cette ampleur).

L’urgence est double. Elle est sociale mais aussi politique car la violence sociale engendre inéluctablement un affaissement de la confiance dans l’efficacité du système et de la parole politique.

La crise sanitaire aura d’ailleurs sans nul doute amplifié ce phénomène de paupérisation des plus fragiles et de fragilisation des classes sociales populaires CSP (-).

Mais, elle aura révélé aussi que l’Etat protecteur sait répondre à l’appel lorsque cela est nécessaire – ceci « quoi qu’il en coûte » pour reprendre les mots de notre Président – et que certains pans des services publics dont la santé ont été les parents pauvres de décennies de choix politiques.

Espérons que cette crise soit au moins un point d’appui pour redonner corps à notre république sociale dont, rappelons le, les premières fondations ont été posé sous la IIIème république ( loi sur la liberté de réunion, enseignement primaire obligatoire, création des caisses de retraites, limitation de la durée du travail pour les femmes et les enfants, Code du travail, etc.).

L’Etat social est réapparu sur le devant de la scène à cause de (ou grâce à)  cette crise sanitaire comme dans aucun autre pays au monde. Gageons que la crise passée, il ne disparaisse pas et soit renforcé.

La République porte aussi en elle les conditions nécessaires du vivre ensemble et de la liberté de conscience. L’assignation identitaire n’a pas de place au sein du projet républicain et l’idéal républicain n’est pas une voie du juste milieu. En ce sens, la laïcité doit etre défendue car c’est elle qui permet l’égalité et l’universalisme.

Or, aujourd’hui l’édifice républicain est aussi attaqué de toute part par les extrèmes et les populistes. Une guerre idéologique qui porte en elle les fragments de la division identitaire.

Attaquer le projet républicain par le biais de la question identitaire, c’est attaquer les valeurs qu’il porte en lui et au-delà les dimensions sociales et démocratiques qu’il a permis d’instaurer mais aussi ce projet d’universalité.

A ce titre, Jaurès déclarait aussi, pleinement conscient des problêmes de son époque, que « sans la République, le socialisme est impuissant ». Nous laisserons certains responsables socialistes actuels méditer sur cette citation le temps nécessaire pour eux de comprendre l’impasse de certaines de leurs déclarations récentes cautionnant une ethnicisation de notre société.

L’essence universaliste du projet républicain doit être défendue bec et ongles car l’universalisme c’est la conservation du lien civique entre les citoyens par delà les appartenance culturelles, ethnique ou religieuses.

Mais cette laïcité est aujourd’hui prise en tenaille entre d’un côté une confiscation de la part de l’extrême droite au service d’un projet identitaire et nationaliste sous couvert de protectionnisme et utilisée comme une arme contre l’Islam et, à l’opposé, de la part d’une certaine partie de la gauche, elle est réduite au principe de tolérance au service de projets politiques et d’organisations identitaires sous couvert d’humanisme.

Aucun des deux projets n’est acceptable, chacun doit être combattu pied à pied car l’un et l’autre en interprétant la laïcité à sa façon à des fins électoraliste, errode le projet républicain et l’universalisme qu’il porte en lui.

« L’énergie d’un côté, la douceur de l’autre ; voilà les deux armes que je veux mettre dans les mains de la République ». Victor Hugo

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