La citoyenneté, ce refuge commun

En plus d’avoir installé une crise sanitaire, sociale et économique, la pandémie de la COVID-19 a accéléré une crise politique démocratique.

De nombreux individus n’ont pas hésité à défier les directives émanant de l’État pourtant basées sur conclusions scientifiques, avec pour conséquence une incapacité de freiner durablement la contagion. Des manifestations mélant antivax, antipass et finalement « anti tout » sont régulièrement organisées en France avec en tête de cortège tout ce que la sphère politique peut compter de populistes.

La crise a révélé par ailleurs des comportements individualistes, égoïstes et peu responsables.

En parallèle, on assiste progressivement à une déliquescence du débat politique par manque de structuration collective. Nous sommes entrés dans l’ère du débat télévisuel formaté à coup de grand teasing médiatique où il nous est par exemple donné à voir comme récemment un duo plutôt qu’un duel où les protagonistes sont autant associés que rivaux. La polémique et la posture prend progressivement le pas sur le débat d’idée pour l’intérêt collectif et l’invective sur le dialogue.

Comment et pourquoi nos sociétés pourtant qualifiées d’évoluées et héritières des Lumières en sont-elles arrivées là ?

Comment reposer la notion de citoyenneté et éviter un décentrement constaté parfois important chez certains citoyens au profit d’une jouissance quasi illimitée de la liberté individuelle confondant trop souvent intérêt individuel au détriment de l’intérêt collectif ?

La notion de citoyenneté nous ramène donc en premier lieu à réfléchir sur qu’est l’identité. Elle revêt plusieurs formes.

Elle peut être individuelle, collective, philosophique, sociologique, nationale.

Le Petit Robert nous propose deux définitions de l’identité. « L’identité c’est le caractère de deux choses identiques, de ce qui demeure identique à soi même ». Mais c’est aussi « ce qui permet de reconnaître une personne parmi toutes les autres en référence à l’état civil ».

Jusqu’au second empire, chaque déplacement en dehors d’un canton était surveillé via un passeport interne et le livret d’ouvrier. En 1912, l’Etat Français impose le carnet anthropométrique très détaillé (taille, buste, empreintes digitales etc.). en 1917, un décret impose la carte d’identité obligatoire pour les étrangers et en 1921, malgré les réticences des syndicats et intellectuels, la carte d’identité devient facultative pour devenir obligatoire sous le régime de Vichy dés 1942. Le 22 octobre 1953, elle devient obligatoire et valide pour 10 ans puis biométrique en 2017.

Mais une carte d’identité ne dit pas Qui je suis ? Elle dit simplement comment je suis au travers de mon âge, ma ville de naissance, la couleur de mes yeux, ma taille, ma nationalité.

Dés lors, qu’est ce qui peut définir mon identité ?

Est elle un concept philosophique et métaphysique ou permet elle d’exprimer la conformité au groupe ? L’identité n’est elle pas aussi évolutive dans le temps en fonction de l’expérience de chacun ?

« L’homme étant un animal politique » (Aristote), il s’inscrit comme animal pensant et animal social de ce fait. L’homme ne devient homme que parce qu’il vit dans une société régit par des lois et des coutumes et il se réalise dans un contexte social. L’identité sociale renferme la problématique du rapport entre notre identité individuelle et le rapport à ce collectif.

Contrairement à l’identité individuelle qui nous définit en tant que personne unique, l’identité sociale se réfère aux attributs que des individus ont en commun. C’est souvent d’ailleurs une ou plusieurs catégorie qui relèvent de l’héritage pour partie. Chaque individu appartient à au moins un groupe ou catégories voir plusieurs. Mais le fait d’appartenir à des catégories sociales identiques n’est pas forcément conséquence d’interactions.

D’ailleurs, poussée à son paroxisme, l’identité sociale amène à la catégorisation des individus, qui elle-même amène au compartimentage social produisant ainsi inévitablement inévitablement le communautarisme source de conflit au lieu d’aspirer à la communauté et à l’universalisme.

Comment assurer et préserver notre singularité individuelle et en même faire en sorte qu’elle contribue à l’épanouissement du collectif sans pour autant s’y diluer ?

Pour cette raison évidente, les deux extrêmes (l’un de gauche et l’autre de droite) sont à rejeter car le racialisme sur base de ségrégation identitaire ou religieuse ou ethnique est l’inverse de l’humanisme.

Ces réflexions sur l’identité individuelle et l’identité sociale qui nous amènent inévitablement sur la nature, le sens et la perception que nous pouvons avoir du concept d’identité nationale.

Qu’est ce que l’identité nationale ? C’est le sentiment qu’éprouve une personne à faire partie d’une nation. L’Etat est le garant de la production des symboles permettant l’imprégnation des individus de ce sentiment de faire nation. Il existe des points communs évidents entre individus d’une même nation : le territoire partagé, la langue commune. Au-delà de ces éléments factuels, l’identité nationale c’est d’abord et avant tout l’idée et la volonté de faire commun ensemble, d’adhérer aux même valeurs.

C’est là qu’intervient la notion de citoyenneté qui manifeste la rattachement à une même communauté politique, la nation. Dans les sociétés démocratiques, la citoyenneté crée le lien social et politique entre les individus. Le terme politique étant à prendre dans son acceptation « participation à la vie de la cité ». En France la citoyenneté permet notamment la liberté d’expression, le droit de vote et la protection sociale.

La citoyenneté est donc garante de droits. Mais elle est aussi implicitement attachée la notion de devoirs : celui de respecter les lois, d’acquitter des impôts etc.

L’identité ne se construit pas de façon volontariste. A contrario, la citoyenneté ne s’acquiert que par la volonté d’adhérer aux principes et aux valeurs de cette société.

Les individualités sont multiples, les identités sont différentes, la citoyenneté est une.

Depuis l’antiquité, la citoyenneté a toujours été associée à celle d’instruction. A la révolution française, le lien est fait entre la condition d’homme et le statut de citoyen. La Déclaration des Droits de l’homme et du citoyen est un texte fondamental car il énonce à la fois des droits individuels et des droits communs et leur condition de mise en œuvre.

Au travers de ce texte fondateur, la citoyenneté rattache l’Homme à une même communauté politique, la Nation. On y trouve d’ailleurs les prémisses de la notion de laïcité dans l’article 10 « Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, mêmes religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la loi ».

La citoyenneté replace l’homme au sein de la cité, en interdépendance avec ses semblables, elle est vecteur de lien de lien politique et social entre les individus. Chacun peut participer (ou pas) à la vie de la Cité. A noter qu’il faut attendre 1944 et le droit de vote des femmes pour que chaque citoyen dispose de ce droit.

La citoyenneté garantit les libertés individuelles, assure une protection sociale et elle définiti en contrepartie un certains nombre de devoirs (les impôts, le respect de la loi, etc.).

Symboliquement, la citoyenneté permet d’avoir le sentiment de faire partie d’une même communaté nationale et de définir l’identité nationale sur le fondement d’une histoire commune.

Mais le sentiment ne se crée pas naturellement, il ne va pas de soi. La compréhension de l’histoire commune se heurte à au moins deux difficultés : l’origine du citoyen qui a pu, pendant une partie de sa vie être bercé par une autre histoire commune puisque venant d’une autre nation et imprégné d’une autre culture et les inégalités d’accès à la culture.

Il ne faut pas aussi se leurrer : il est d’autant plus difficile pour beaucoup d’adhérer à une valeur parfois abstraite comme la citoyenneté lorsque le quotidien nous démontre que les évolutions économiques, sociales et culturelles de notre société sont rapides et que bon nombre de nos concitoyens sont laissés au bord du chemin. La notion d’identité nationale n’est néanmoins partagée que si socialement elle est acceptée.

On ne nait pas citoyen, on le devient. La difficulté de l’exercice résidant dans le fait que la citoyenneté est une construction permanente et ne doit pas reposer sur les origines d’une personne (origines ethniques, religieuse, sociale) et à fortiori ses identités personnelle et sociale MAIS par ces qu’il est au sein de la communauté.

La citoyenneté est un idéel universel mais qui n’est ni inné ni constant dans l’histoire.

Grâce à la citoyenneté, il s’agit d’organiser l’espace public pour qu’il soit commun aux citoyens et que la Res-Publica soit la chose publique partagée par toutes et tous, un espace égalitaire mais qui n’a rien d’inné d’où la nécessité de l’organise afin qu’il devienne un espace où les valeurs de liberté, d’égalité mais aussi de responsabilité (le pendant nécessaire à la liberté) sont garanties.

La citoyenneté est donc un espace d’inclusion qui réunit au-delà de l’appartenance sociale, ethnique, religieuse, territoriale etc. une communuaté de citoyens permettant de créer un sentiment d’identité collective et d’identification nationale.

En complément de cette citoyenneté définie par des normes politiques, vient s’ajouter « la pratique citoyenne » qui prend forme par le biais de l’engagement associatif, la formation de collectifs. Ce sont des pratiques non régies par le biais d’une norme politique mais qui viennent répondre au champ de la fraternité par le biais de la solidarité. La solidarité n’étant qu’une composante de la fraternité dans le sens où la fraternité englobe une dimension affective lui donnant un caractère plus universel.

L’actualité nous montre malheureusement que le tissu supposé rassembler tous les citoyens se délite, que les aspirations des uns et des autres sont de plus en plus divergentes et que certains responsables politiques, faute de projet social et tojours prompts à tomber dans la surenchère, n’ont plus que pour seul programme l’identité et la mise en valeur des différences.

Il est d’ailleurs à constater que ce thème revient sur le devant de la scène dans les années 1970, porté par la gauche d’alors, puis vers les années 1990, il est repris par la droite et revient aujourd’hui avec une volonté de la part de certains courants politiques nostalgiques de Maurass ou antidécoloniaux de mettre au cœur du débat la notion de race.

Or l’éceuil que doit éviter notre démocratie c’est le fractionnement comunautaire. Qu’il soit basé sur les origines ethniques, religieuses, sexuelles etc.

C’est pourquoi, il faut rappeler inlassablement que l’universalisme républicain donne corps à la citoyenneté et que la laïcité permet l’exercice de la citoyenneté en cela que la laïcité c’est la liberté de conscience et d’opinion et qu’elle permet un principe d’égalité des citoyens entre eux puisqu’assurant la neutralité vis-à-vis des croyances religieuse.

Mais seule, la laïcité ne suffit pas à assurer la citoyenneté puisque son rôle juridique n’est pas de garantir l’égalité sociale. Trois autres notions sont fondamentales pour assurer la ciroyenneté.

La civilité qui est une attitude de respect des personnes, des institutions. Le civisme qui consiste à respecter les lois. La solidarité qui est une illustration de la fraternité.

Cette question autours de la citoyenneté est d’autant plus prégnante à l’heure actuelle que nous vivons une véritable crise démocratique. Crise démocratique dont les ressorts résident à la fois dans le délitement des partis,  l’essoufflement de nos institutions (réduction du septennat en quinquennat, inversion du calendrier électoral, etc.) et l’abstention due au désintérêt pour la « chose publique ». Et pourtant, le rôle des partis a été constitutionalisé, ce qui montre leur importance. L’article 4 de la constitution précise « les partis et groupements politiques concourent à l’expression du suffrage ».

Les partis sont censés être les intermédiaires entre le peuple et le gouvernement. L’ère de ce que j’appellerai les « partis de masse » touche à sa fin et nous entrons dans un cycle comparable à celui de la III ème république : celui des personnalités. Le citoyen est ramené à un statut d’électeur.

Or sans structuration du débat et des idées, la place est laissée à l’instabilité idéologique et politique.

Il y a un an, Samuel Paty était assassiné par un terroriste islamiste.

Cette commémoration doit nous rappeler le rôle essentiel de l’Ecole de la République qui a pour mission de former des individus libres, égaux et fraternels capables de se forger un avis éclairé à partir de confrontation des faits et des représentations de ceux-ci ……… des citoyens.

Liberté, Fraternité et sens de la mesure

Il a fallu que notre Président annonce le pass sanitaire pour que bon nombre de français prennent massivement conscience que l’intérêt général doit primer sur l’intérêt particulier. Le lendemain de son allocution c’est 1,5 millions de rendez-vous de vaccination qui ont été pris et depuis la moyenne des rendez vous quotidienne est d’environ 500 000.

Bien évidement ce changement de braquet pour la vaccination a suscité encore de vives critiques de la part des oppositions systématiques de droite et de gauche qui n’ont d’autre projet politique que l’agitation politicienne.

Les uns qualifiant la France de dictature, les autres qualifiant le pass sanitaire d’apartheid ou d’ausweis. Encore une fois on pourra constater que les oppositions ne sortent pas grandies de cette séquence et que le poids des mots ne semble pas lester leur appétence à l’outrance.

Le 17 juillet 2021,c’était la première manifestation des antivax durant laquelle, certains manifestants ont poussé l’ignominie jusqu’à arborer l’étoile jaune de la Shoah pour dénoncer la politique vaccinale du gouvernement.

Le même jour, on commémorait la rafle du Vel d’Hiv des 16 et 17 juillet 1942.

C’était il y a 79 ans en France. Plus de 13 000 personnes dont un tiers d’enfants étaient arrêtées puis envoyées vers le camp d’extermination d’Auschwitz parce qu’elles étaient juives.

En France, chacun a le droit de manifester et d’exprimer une opinion et chacun est libre de s’exprimer sous couvert de la liberté d’expression. Mais il est des raccourcis et des parallèles qui ne sont pas acceptables car ils sont une honte et une injure pour l’histoire.

Ne pas pouvoir fréquenter des lieux publics en France en 2021 faute de ne pas avoir de pass sanitaire n’a rien de comparable à la situtation des Juifs qui étaient obligés de porter une étoile jaune comme marqueur discriminatoire et interdits de fréquenter certains établissement sous l’occupation nazie.

L’étoile jaune était synonyme d’un aller simple pour les camps de concentration pour des millions de juifs. La vaccination est au contraire le moyen de sauver notre société du virus qui a atteint 192 million de personnes et fait plus de 4 millions de victimes (chiffres officiels …) partout dans le monde.

On ne peut rester sans voix et ne pas dénoncer cette comparaison. Sans quoi cela reviendrait à cautionner cette banalisation de la Shoah et rendre ce tragique épisode de l’histoire finalement anecdotique ou en faire une simple péripétie.

Ces agissements témoignent ils d’une lourde ignorance ? non.

Ces agissements cyniques relayés complaisament par la présence de certains responsables politiques lors des manifestations sont le témoignage d’une volonté d’écraser toute forme de débat par le biais de la réducio at hitlerum.

Il en va de notre responsabilité individuelle et collective de dénoncer et faire cesser ces agissements.

Que dire aussi de l’impact de ces messages auprès de nos jeunes ? Comment leur transmettre le devoir de mémoire si leurs aînés les relativisent en usant de parallèles qui n’ont pas lieu d’être ? 

A l’instar de nombreux responsables politiques, une partie de notre société semble avoir perdu le sens de la mesure.

 « la meilleure preuve du progrès de l’humanité c’est que malheureusement, en 2500 ans, nous sommes passés de Socrates sur L’agora à Francis Lalanne sur Face book ». Claude Malhuret (Sénateur de l’Allier). Si juste mais si triste constat.

https://www.independants-senat.fr/post/claude-malhuret-projet-de-loi-relatif-%C3%A0-la-gestion-de-la-crise-sanitaire-1

Ce n’est pas le gouvernement qui restreint les libertés. C’est bel et bien ce virus. Et notre liberté sera malmenée tant que ce virus circulera.

Et au-delà de cette perte du sens de la mesure, la période actuelle est la parfaite illustration de la confusion qui est faite entre liberté individuelle et individualisme.

L’individualisme rogne la liberté collective, il en est l’exact contraire. La liberté individuelle permet de s’inscrire dans une vie en société. C’est tout le sens de notre devise républicaine et de la profondeur du terme Fraternité. Sans fraternité il n’y a point de liberté.

Etre vacciné, c’est être protégé soi même mais c’est aussi faire en sorte que l’autre soit protégé. « La liberté, c’est la liberté de l’autre » disait Rosa Luxembourg. Refuser la vaccination n’est pas défendre la liberté mais c’est faire preuve d’irresponsabilité.

« Tout ce qui augmente la liberté augmente la responsabilité. » Victor Hugo.

Comment ne pas penser aussi à tous ces pays qui faute de vaccins voient leurs populations durement touchées par la pandémie ?

https://www.francetvinfo.fr/sante/maladie/coronavirus/covid-19-un-afflux-de-dons-sauve-la-tunisie-d-une-catastrophe-sanitaire_4715511.html

https://www.courrierinternational.com/article/hecatombe-le-covid-19-aurait-fait-pres-de-5-millions-de-victimes-en-inde-dix-fois-plus-que

Bien évidement il ne s’agit pas d’ostraciser ou de mépriser les réfractaires au vaccin. Il y a aura de toute façon toujours une frange de la population qui restera contre la vaccination. Les lois de la statistiques sont ainsi faites …

Il s’agit plutôt de convaincre par l’écoute réciproque, par les gestes et par la science. La vaccination semble avoir un réel impact positif sur l’évolution des cas de décès et d’hospitalisation.

Gageons que ces premiers chiffres puissent témoigner que la sortie du tunnel n’est pas loin. Mais cette sortie ne pourra être individuelle, elle sera collective pour atteindre un taux d’immunité collective de 80%.

https://www.francetvinfo.fr/sante/maladie/coronavirus/vaccin/infographies-la-vaccination-a-t-elle-deja-un-impact-sur-la-pandemie-de-covid-19_4710847.html

Retrouver collectivement le sens de la mesure, de la nuance et de la fraternité. Voilà peut être une des leçons que nous devons tirer de cette crise sanitaire, condition sine qua none pour prétendre esquisser collectivement « le monde d’après ».

Retrouver un cap collectif

Alors même que la concorde et la solidarité nationale s’imposeraient de manière évidente, on ne compte plus les responsables politiques qui, entre colère feinte, critique systématique, instrumentalisation et postures, alimentent sans cesse la défiance des électeurs à l’égard de la politique tout en croyant tirer des bénéfices électoraux à court terme. Nos gouvernants gèrent comme ils peuvent la crise sanitaire pendant que les oppositions gèrent les polémiques.

D’un côté les pompiers sanitaires, de l’autre, les populistes sanitaires. Ainsi s’ouvre malheureusement la période pré électorale sur fond de crise pandémique mondiale.

Le marketing étant devenu pour beaucoup l’alpha et l’oméga de la politique, les médias sont remplis de mauvais acteurs de série B. De leurs côtés, les « Géo trouvetout », bonimenteurs et autres prédicateurs du « monde d’après » – apparus de-ci-de-là tels des bourgeons avec le confinement du printemps 2020 – se font de plus en plus discrets.

Non contents d’alimenter des polémiques, certains responsables politiques colportent sur les plateaux télé des « fake news » aussi grosses que sont leurs responsabilités. Mensonge, instrumentalisation, incompétence ? … Sans doute tout à la fois.

Mais, en tout état de cause, leurs propos et postures écornent encore un peu plus la démocratie et  contribuent encore un peu plus à creuser profondément la défiance des citoyens vis-à-vis de la politique.

Mais, ne nous y trompons pas, la vie politique française n’est pas seulement constituée par, d’un côté, ceux qui nous gouvernent et, de l’autre, les oppositions. Oppositions qui se cantonnent désormais à susciter l’échec en espérant en tirer profits avec pour seule ligne de mire la fabrication de la prochaine polémique. Entre les deux, il y a cette majorité écrasante de françaises et de français, accaparée par la vie quotidienne, est surtout focalisée par les fins de mois qui est finalement de moins en moins intéressée (voire de plus en plus exaspérée) par cette petites phrases, ces postures, ces coups d’éclat médiatiques, ces controverses et polémiques en tout genre.

Travailler, se loger, se nourrir, éduquer leurs enfants…. voilà les préoccupations de cette majorité de français, qui se tient loin du tintamarre ambiant sans pour autant être ni sourde ni aveugle au triste et affligeant spectacle auquel on assiste dans notre démocratie.

La crise sanitaire a accéléré le déclassement des plus fragiles et des plus démunis. La dégradation des revenus est la plus forte chez les ménages aux revenus les plus faibles. Additionné à cette crise économique, le décrochage scolaire est aussi le plus important dans les milieux défavorisés. Aux 9 millions de citoyens dont les revenus étaient déjà sous le seuil de pauvreté, 1 million de plus est venu s’y ajouter. Et combien encore malheureusement dans les prochains mois ?

Les plus exposés, les plus précaires et les plus fragiles sont invariablement ceux qui subissent le plus la crise de plein fouet.

Depuis le début de cette pandémie, l’Etat a su se montrer fidèle à notre modèle social, il n’en demeure pas moins que la complexité des circuits d’élaboration et de décision liés aux financement des dispositifs de protections sociale est une réalité qui a retardé la mise en place effective de notre modèle républicain. 

Le revenu universel semble dés lors pouvoir constituer un pilier complémentaire efficace pour tenir les promesses d’égalité de fraternité de notre devise républicaine. Le caractère automatique du revenu universel peut en effet constituer un filet automatique de protection permettant d’éviter une chute brutale des revenus et son universalité permettrait de protéger tout les catégories de populations (étudiant, professions libérales, intermittents du spectacles, etc.).

Modes de financement, public concerné etc. sont autant d’aspects et de modalités à discuter mais le sujet mérite d’être mis sur la table.

La crise sanitaire et ses périodes de confinement a aussi profondément modifié pour bon nombre de salariés ou d’entrepreneurs le rapport au travail. D’un management fondé sur la commande et le contrôle, par la force des choses, dans beaucoup de secteurs nous sommes passés à un management fondé sur l’autonomisation et la confiance par le biais du télétravail.

Bien évidement, pour des raisons personnelles ou liées à leur activité, le télétravail n’est pas LA solution miracle pour tous les actifs. Mais en même temps, beaucoup de salariés y ont vu un bénéfice pour leur qualité de vie au quotidien ne serait ce notamment par la diminution des temps de transports. Le nombre « idéal » de journées télétravaillées a augmenté de 1 journée avant le confinement à 2 jours selon un récent sondage. La notion Travail ne doit donc plus être considérée comme un débat d’experts à renfort de tableaux incompréhensibles ou une question idéologique ou une question ramenée sans cesse à sa durée.

Les évolutions de ces quarante dernières années (diminution du temps de travail hebdomadaire, allongement de la durée de cotisation, augmentation de la durée de vie, télétravail, mutation des secteurs d’activités etc.) démontrent que le travail est avant tout une question sociétale qui mériterait une nouvelle vision prenant notamment en compte un équilibre entre vie privée et vie profesionnelle. 

L’heure n’est donc pas aux propositions idéologiques teintées de souverainisme, ni aux propositions toutes plus chimériques et disruptives les unes que les autres, ni aux pantalonnades des indignés permanents.

En ces temps de tempête sanitaire, sociale et économique, l’heure est plus que jamais à la construction de propositions qui intègrent les réalités de notre société actuelle, qui répondent aux besoins de millions de nos concitoyens et qui soient capables de retrouver un cap collectif à notre modèle social, démocratique et républicain.

Il n’y a point de liberté et d’égalité sans fraternité

La fraternité apparait aujourd’hui comme portion congrue aux yeux de l’opinion publique malgré quelques sursauts de ferveurs collectives comme ceux suite à l’assassinat de Samuel Paty, la commération du massacre de l’équipe de Charlie Hebdo ou encore les attentats antisémites de l’hyper cacher.

La moitié des français placent la liberté comme le terme le plus important à leurs yeux, un tiers l’égalité et enfin seulement un français sur dix estime que la fraternité est essentielle.

Et pourtant, la devise inscrite aux frontons de notre République n’est pas écrite verticalement, ce qui pourrait laisser supposer une hierarchie, …. mais horizontalement, mettant ainsi au même niveau ces trois valeurs et principes.

La fraternité apparait dés 1793 sur le fronton de l’hôtel de Ville, imposée par la Commune « La république une et indivisible – Liberté, Egalité, Fraternité ou la mort ». Ce n’est pourtant qu’en 1848 sous la deuxième république que la Fraternité associé à la devis Liberté, Egalité s’impose dans la constitution pour être effacée par le retours du Second Empire et revenir de manière stable sous la troisième République en 1880 et être inscrite durablement par la Constitution de 1946.

Ce fut le terme le plus délicat à intégrer au tryptique fondamental de notre République tant les interprétations et origines de ce terme furent multiples.

Cette valeur est aussi définitivement ancrée dans la Déclaration universelle des Droits de l’Homme de 1948 « Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres en esprit de fraternité »

En 2018, le Conseil Constitutionnel français reconnait le troisième terme de la devise républicaine comme principe à valeur constitutionelle.

Contrairement, ou plutôt de manière complémentaire à la Liberté et à l’Egalité, la Fraternité est une obligation morale et non une obligation légale.

Edgar Morin disait : « la liberté peut être instituée. L’égalité peut être imposée. Mais la fraternité ne s’établit pas par une loi, ni ne s’impose par l’État ! »

La Fraternité n’a pas force de loi et n’est pas non plus un acte spontané.

Néanmoins notre République porte en elle ce projet d’union nécessaire entre les être humains, pré requis aux valeurs de respect, de tolérance et de solidarité innérentes à la paix de notre communauté.

L’égalité, si imparfaite voir parfois impossible soit elle, est néanmoins nécessaire car une société inégalitaire est vouée aux tensions et entraine un sentiment d’injustice. L’égalité c’est d’abord être égaux en droits et en devoirs, ce qui permet la liberté. C’est aussi d’égalité des chances dont il est question : chacun est différent, mais le système doit offrir à tous les mêmes chances de réussite.

Néanmoins, on sent bien qu’un excès d’égalité qui se fonderait dans une recherche d’uniformité nuirait à la liberté. Le meilleur exemple n’est il pas celui des anciens régimes derrière le rideau de fer ?

A l’inverse, la liberté menée jusqu’à l’individualisme mène invariablement à un creusement des inégalités comme nous le constatons dans les sociétés ou règne le libéralisme. Pour employer les mots de Paul Bert, l’excès de liberté conduit à l’égoïsme. Nous pourrions ajouter que l’excès d’égalité mène à l’égalitarisme donc à la privation de la liberté dont la première possibilité est d’être ce que nous sommes, ce qui nous défini comme être unique.

Il revient alors à la Fraternité de constituer ce lien d’équilibre entre liberté et égalité, de les réconcilier tout en les mettant dans une même perspective afin de préserver le contrat social de notre République.

La fraternité englobe mais dépasse dans sa valeur universaliste et humaniste la notion de solidarité qui elle, a pour objet de réduire les inégalités. Une société fraternelle est une société ou chacun prend soin de l’autre, de tout autre.

La fraternité implique donc un contact immédiat avec les personnes, la reconnaissance de l’autre qu’il soit différent de moi ou égal à moi. Différent parce que chacun est unique. Égal parce qu’au fond nous sommes toutes et tous de la même famille : l’humanité.

Ne soyons pas naïfs non plus pour autant. Nous voyons effectivement que dans beaucoup de pays les libertés reculent, les inégalités se creusent et la fraternité recule.

Nos société démocratiques ne sont pas non plus épargnées. Sur fonde crise sanitaire mondiale, en France, pas un jour ne se passe sans qu’une polémique ne surgisse, savament entretenue par certains médias ou responsables politiques.

La radicalité devient même parfois de plus en plus le champ d’expression supplantant le débat démocratique. Le discours de la rupture est mis au premier plan par des responsables politiques. Un processus de radicalisation de la vie et de l’action politique entrainant inévitablement une fragmentation communautaire, s’installe progressivement au détriment du débat.

Or la radicalisation est l’ennemi de la fraternité dans le sens où elle pose en postulat que la différence doit être envisagée comme une rupture et un affrontement.

La radicalité c’est l’exact opposé de la capacité à se mettre à la place de l’autre, à considérer l’avis de l’autre non pas comme adverse mais mais complémentaire. C’est l’opposé de la Fraternité.

Car c’est bien cette capacité à se mettre à la place de l’autre qui est le moteur de la compréhension, de la bienveillance et de l’apaisement.

Refusons que la Fraternité soit reléguée en second plan, qu’elle soit l’oubliée de notre devise nationale dans un monde devenu de plus en plus individualiste.

Face à ce tumulte et en opposition à celles et ceux qui veulent nous diviser, interrogeons nous sur ce qui fait que chacun de nous est un tout indivisible non pas « à cause de » mais « grâce à » nos origines, notre culture, notre éducation, notre religion, nos préférences sexuelles, nos modes de vie et de consommation.

Interrogeons nous sur les différences qui doivent nous relier et non pas nous diviser.

La Fraternité est un combat. Assumons le collectivement.

« La fraternité a pour résultat de diminuer les inégalités tout en préservant ce qui est précieux dans la différence. » Albert Jacquard 

La citoyenneté, un remède contre l’hystérisation

Dans un monde secoué par la crise sanitaire, notre pays n’a pas été épargné.

Ce moment n’a pas révélé, mais accéleré un processus de décomposition de la cohésion collective et d’effritement de la démocratie.

La violence verbale ou physique devient l’expression politique majoritaire mais aussi celle dans le champ des revendications. Pas une manifestation ne connaissant pas la violence et la casse. Notre société est minée par la radicalité.

La radicalité de la pensée, du propos et du geste.

Qu’il s’agisse de religion, de politique, de tenue vestimentaire, de pratique alimentaire etc. chacun veut imposer à l’autre ce qu’il est ou pense sans autre forme de débat que le procès d’intention accompagné souvent par le mépris de toute autre pensée.

Le drapeau de la communauté est brandit pour exiger « le droit à …. » sans pour autant s’interroger sur « le devoir à … » de tout à chacun en qualité de citoyen.

Lentement mais surement, la cohésion s’effiloche et vole en éclat. La République recule pas à pas jusqu’à en être réduite à ne devenir plus qu’un symbole ravivé le temps d’une commémoration, un deuil national ou une grande victoire sportive.

Progressivement, l’acte individuel ou celui d’une communauté fut elle groupusculaire, prennent progressivement le pas sur le citoyen et la valeur collective.

Seulement, il ne peut y avoir de cohésion sociale dans le respect de nos différences si la valeur individuelle prend le pas sur la valeur collective, sur ce qui fonde nation et concorde.

Dans le même temps, l’hystérisation sans doute catalysée par les réseaux sociaux, la tentation de parler cash, augmente encore plus cette archipelisation de notre société.

Certains représentants politiques ont même fait le pari d’une stratégie de l’hystérisation et de la violence verbale comme marqueur. Flatter les colères en laissant de côté le débat d’idée et les propositions. Les médias portent aussi leur part de responsabilité en invitant régulièrement sur les plateaux téléles artisans de la division contribuant ainsi à une zemmourisation des esprits.

En réalité derrière cette hystérisation, il y ceux qui monétisent la violence pour en tirer profit au fil de l’audimat et ceux l’électoralisent pour en tirer le pouvoir.

L’instant politique est fragile, comme suspendu, prêt à basculer vers le populisme qu’il soit d’extrème droite ou d’extrême gauche. Il repose sur une stratégie d’opposition entre « eux et nous » sur un clivage entre la classe dirigeante et le peuple. Il cultive le déni de réalité, le primat des émotions sur la raison, le mépris pour la science.

Mais ne nous y trompons pas, cette voie du populisme est une triple impasse : démocratique, sociale et économique.

Alors, et nous dans cette histoire ?

Que sommes nous capables d’apporter individuellement face aux maux de notre société que sont l’égo, la colère, le mépris, l’hystérisation ?

Sans doute cette capacité individuelle qui réside au fond de chacun de nous à faire preuve de civilité, de civisme et de solidarité afin que le droit qui nous est donné d’être citoyen se traduise en devoir.

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