Retrouver un cap collectif

Alors même que la concorde et la solidarité nationale s’imposeraient de manière évidente, on ne compte plus les responsables politiques qui, entre colère feinte, critique systématique, instrumentalisation et postures, alimentent sans cesse la défiance des électeurs à l’égard de la politique tout en croyant tirer des bénéfices électoraux à court terme. Nos gouvernants gèrent comme ils peuvent la crise sanitaire pendant que les oppositions gèrent les polémiques.

D’un côté les pompiers sanitaires, de l’autre, les populistes sanitaires. Ainsi s’ouvre malheureusement la période pré électorale sur fond de crise pandémique mondiale.

Le marketing étant devenu pour beaucoup l’alpha et l’oméga de la politique, les médias sont remplis de mauvais acteurs de série B. De leurs côtés, les « Géo trouvetout », bonimenteurs et autres prédicateurs du « monde d’après » – apparus de-ci-de-là tels des bourgeons avec le confinement du printemps 2020 – se font de plus en plus discrets.

Non contents d’alimenter des polémiques, certains responsables politiques colportent sur les plateaux télé des « fake news » aussi grosses que sont leurs responsabilités. Mensonge, instrumentalisation, incompétence ? … Sans doute tout à la fois.

Mais, en tout état de cause, leurs propos et postures écornent encore un peu plus la démocratie et  contribuent encore un peu plus à creuser profondément la défiance des citoyens vis-à-vis de la politique.

Mais, ne nous y trompons pas, la vie politique française n’est pas seulement constituée par, d’un côté, ceux qui nous gouvernent et, de l’autre, les oppositions. Oppositions qui se cantonnent désormais à susciter l’échec en espérant en tirer profits avec pour seule ligne de mire la fabrication de la prochaine polémique. Entre les deux, il y a cette majorité écrasante de françaises et de français, accaparée par la vie quotidienne, est surtout focalisée par les fins de mois qui est finalement de moins en moins intéressée (voire de plus en plus exaspérée) par cette petites phrases, ces postures, ces coups d’éclat médiatiques, ces controverses et polémiques en tout genre.

Travailler, se loger, se nourrir, éduquer leurs enfants…. voilà les préoccupations de cette majorité de français, qui se tient loin du tintamarre ambiant sans pour autant être ni sourde ni aveugle au triste et affligeant spectacle auquel on assiste dans notre démocratie.

La crise sanitaire a accéléré le déclassement des plus fragiles et des plus démunis. La dégradation des revenus est la plus forte chez les ménages aux revenus les plus faibles. Additionné à cette crise économique, le décrochage scolaire est aussi le plus important dans les milieux défavorisés. Aux 9 millions de citoyens dont les revenus étaient déjà sous le seuil de pauvreté, 1 million de plus est venu s’y ajouter. Et combien encore malheureusement dans les prochains mois ?

Les plus exposés, les plus précaires et les plus fragiles sont invariablement ceux qui subissent le plus la crise de plein fouet.

Depuis le début de cette pandémie, l’Etat a su se montrer fidèle à notre modèle social, il n’en demeure pas moins que la complexité des circuits d’élaboration et de décision liés aux financement des dispositifs de protections sociale est une réalité qui a retardé la mise en place effective de notre modèle républicain. 

Le revenu universel semble dés lors pouvoir constituer un pilier complémentaire efficace pour tenir les promesses d’égalité de fraternité de notre devise républicaine. Le caractère automatique du revenu universel peut en effet constituer un filet automatique de protection permettant d’éviter une chute brutale des revenus et son universalité permettrait de protéger tout les catégories de populations (étudiant, professions libérales, intermittents du spectacles, etc.).

Modes de financement, public concerné etc. sont autant d’aspects et de modalités à discuter mais le sujet mérite d’être mis sur la table.

La crise sanitaire et ses périodes de confinement a aussi profondément modifié pour bon nombre de salariés ou d’entrepreneurs le rapport au travail. D’un management fondé sur la commande et le contrôle, par la force des choses, dans beaucoup de secteurs nous sommes passés à un management fondé sur l’autonomisation et la confiance par le biais du télétravail.

Bien évidement, pour des raisons personnelles ou liées à leur activité, le télétravail n’est pas LA solution miracle pour tous les actifs. Mais en même temps, beaucoup de salariés y ont vu un bénéfice pour leur qualité de vie au quotidien ne serait ce notamment par la diminution des temps de transports. Le nombre « idéal » de journées télétravaillées a augmenté de 1 journée avant le confinement à 2 jours selon un récent sondage. La notion Travail ne doit donc plus être considérée comme un débat d’experts à renfort de tableaux incompréhensibles ou une question idéologique ou une question ramenée sans cesse à sa durée.

Les évolutions de ces quarante dernières années (diminution du temps de travail hebdomadaire, allongement de la durée de cotisation, augmentation de la durée de vie, télétravail, mutation des secteurs d’activités etc.) démontrent que le travail est avant tout une question sociétale qui mériterait une nouvelle vision prenant notamment en compte un équilibre entre vie privée et vie profesionnelle. 

L’heure n’est donc pas aux propositions idéologiques teintées de souverainisme, ni aux propositions toutes plus chimériques et disruptives les unes que les autres, ni aux pantalonnades des indignés permanents.

En ces temps de tempête sanitaire, sociale et économique, l’heure est plus que jamais à la construction de propositions qui intègrent les réalités de notre société actuelle, qui répondent aux besoins de millions de nos concitoyens et qui soient capables de retrouver un cap collectif à notre modèle social, démocratique et républicain.

Il n’y a point de liberté et d’égalité sans fraternité

La fraternité apparait aujourd’hui comme portion congrue aux yeux de l’opinion publique malgré quelques sursauts de ferveurs collectives comme ceux suite à l’assassinat de Samuel Paty, la commération du massacre de l’équipe de Charlie Hebdo ou encore les attentats antisémites de l’hyper cacher.

La moitié des français placent la liberté comme le terme le plus important à leurs yeux, un tiers l’égalité et enfin seulement un français sur dix estime que la fraternité est essentielle.

Et pourtant, la devise inscrite aux frontons de notre République n’est pas écrite verticalement, ce qui pourrait laisser supposer une hierarchie, …. mais horizontalement, mettant ainsi au même niveau ces trois valeurs et principes.

La fraternité apparait dés 1793 sur le fronton de l’hôtel de Ville, imposée par la Commune « La république une et indivisible – Liberté, Egalité, Fraternité ou la mort ». Ce n’est pourtant qu’en 1848 sous la deuxième république que la Fraternité associé à la devis Liberté, Egalité s’impose dans la constitution pour être effacée par le retours du Second Empire et revenir de manière stable sous la troisième République en 1880 et être inscrite durablement par la Constitution de 1946.

Ce fut le terme le plus délicat à intégrer au tryptique fondamental de notre République tant les interprétations et origines de ce terme furent multiples.

Cette valeur est aussi définitivement ancrée dans la Déclaration universelle des Droits de l’Homme de 1948 « Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres en esprit de fraternité »

En 2018, le Conseil Constitutionnel français reconnait le troisième terme de la devise républicaine comme principe à valeur constitutionelle.

Contrairement, ou plutôt de manière complémentaire à la Liberté et à l’Egalité, la Fraternité est une obligation morale et non une obligation légale.

Edgar Morin disait : « la liberté peut être instituée. L’égalité peut être imposée. Mais la fraternité ne s’établit pas par une loi, ni ne s’impose par l’État ! »

La Fraternité n’a pas force de loi et n’est pas non plus un acte spontané.

Néanmoins notre République porte en elle ce projet d’union nécessaire entre les être humains, pré requis aux valeurs de respect, de tolérance et de solidarité innérentes à la paix de notre communauté.

L’égalité, si imparfaite voir parfois impossible soit elle, est néanmoins nécessaire car une société inégalitaire est vouée aux tensions et entraine un sentiment d’injustice. L’égalité c’est d’abord être égaux en droits et en devoirs, ce qui permet la liberté. C’est aussi d’égalité des chances dont il est question : chacun est différent, mais le système doit offrir à tous les mêmes chances de réussite.

Néanmoins, on sent bien qu’un excès d’égalité qui se fonderait dans une recherche d’uniformité nuirait à la liberté. Le meilleur exemple n’est il pas celui des anciens régimes derrière le rideau de fer ?

A l’inverse, la liberté menée jusqu’à l’individualisme mène invariablement à un creusement des inégalités comme nous le constatons dans les sociétés ou règne le libéralisme. Pour employer les mots de Paul Bert, l’excès de liberté conduit à l’égoïsme. Nous pourrions ajouter que l’excès d’égalité mène à l’égalitarisme donc à la privation de la liberté dont la première possibilité est d’être ce que nous sommes, ce qui nous défini comme être unique.

Il revient alors à la Fraternité de constituer ce lien d’équilibre entre liberté et égalité, de les réconcilier tout en les mettant dans une même perspective afin de préserver le contrat social de notre République.

La fraternité englobe mais dépasse dans sa valeur universaliste et humaniste la notion de solidarité qui elle, a pour objet de réduire les inégalités. Une société fraternelle est une société ou chacun prend soin de l’autre, de tout autre.

La fraternité implique donc un contact immédiat avec les personnes, la reconnaissance de l’autre qu’il soit différent de moi ou égal à moi. Différent parce que chacun est unique. Égal parce qu’au fond nous sommes toutes et tous de la même famille : l’humanité.

Ne soyons pas naïfs non plus pour autant. Nous voyons effectivement que dans beaucoup de pays les libertés reculent, les inégalités se creusent et la fraternité recule.

Nos société démocratiques ne sont pas non plus épargnées. Sur fonde crise sanitaire mondiale, en France, pas un jour ne se passe sans qu’une polémique ne surgisse, savament entretenue par certains médias ou responsables politiques.

La radicalité devient même parfois de plus en plus le champ d’expression supplantant le débat démocratique. Le discours de la rupture est mis au premier plan par des responsables politiques. Un processus de radicalisation de la vie et de l’action politique entrainant inévitablement une fragmentation communautaire, s’installe progressivement au détriment du débat.

Or la radicalisation est l’ennemi de la fraternité dans le sens où elle pose en postulat que la différence doit être envisagée comme une rupture et un affrontement.

La radicalité c’est l’exact opposé de la capacité à se mettre à la place de l’autre, à considérer l’avis de l’autre non pas comme adverse mais mais complémentaire. C’est l’opposé de la Fraternité.

Car c’est bien cette capacité à se mettre à la place de l’autre qui est le moteur de la compréhension, de la bienveillance et de l’apaisement.

Refusons que la Fraternité soit reléguée en second plan, qu’elle soit l’oubliée de notre devise nationale dans un monde devenu de plus en plus individualiste.

Face à ce tumulte et en opposition à celles et ceux qui veulent nous diviser, interrogeons nous sur ce qui fait que chacun de nous est un tout indivisible non pas « à cause de » mais « grâce à » nos origines, notre culture, notre éducation, notre religion, nos préférences sexuelles, nos modes de vie et de consommation.

Interrogeons nous sur les différences qui doivent nous relier et non pas nous diviser.

La Fraternité est un combat. Assumons le collectivement.

« La fraternité a pour résultat de diminuer les inégalités tout en préservant ce qui est précieux dans la différence. » Albert Jacquard 

La citoyenneté, un remède contre l’hystérisation

Dans un monde secoué par la crise sanitaire, notre pays n’a pas été épargné.

Ce moment n’a pas révélé, mais accéleré un processus de décomposition de la cohésion collective et d’effritement de la démocratie.

La violence verbale ou physique devient l’expression politique majoritaire mais aussi celle dans le champ des revendications. Pas une manifestation ne connaissant pas la violence et la casse. Notre société est minée par la radicalité.

La radicalité de la pensée, du propos et du geste.

Qu’il s’agisse de religion, de politique, de tenue vestimentaire, de pratique alimentaire etc. chacun veut imposer à l’autre ce qu’il est ou pense sans autre forme de débat que le procès d’intention accompagné souvent par le mépris de toute autre pensée.

Le drapeau de la communauté est brandit pour exiger « le droit à …. » sans pour autant s’interroger sur « le devoir à … » de tout à chacun en qualité de citoyen.

Lentement mais surement, la cohésion s’effiloche et vole en éclat. La République recule pas à pas jusqu’à en être réduite à ne devenir plus qu’un symbole ravivé le temps d’une commémoration, un deuil national ou une grande victoire sportive.

Progressivement, l’acte individuel ou celui d’une communauté fut elle groupusculaire, prennent progressivement le pas sur le citoyen et la valeur collective.

Seulement, il ne peut y avoir de cohésion sociale dans le respect de nos différences si la valeur individuelle prend le pas sur la valeur collective, sur ce qui fonde nation et concorde.

Dans le même temps, l’hystérisation sans doute catalysée par les réseaux sociaux, la tentation de parler cash, augmente encore plus cette archipelisation de notre société.

Certains représentants politiques ont même fait le pari d’une stratégie de l’hystérisation et de la violence verbale comme marqueur. Flatter les colères en laissant de côté le débat d’idée et les propositions. Les médias portent aussi leur part de responsabilité en invitant régulièrement sur les plateaux téléles artisans de la division contribuant ainsi à une zemmourisation des esprits.

En réalité derrière cette hystérisation, il y ceux qui monétisent la violence pour en tirer profit au fil de l’audimat et ceux l’électoralisent pour en tirer le pouvoir.

L’instant politique est fragile, comme suspendu, prêt à basculer vers le populisme qu’il soit d’extrème droite ou d’extrême gauche. Il repose sur une stratégie d’opposition entre « eux et nous » sur un clivage entre la classe dirigeante et le peuple. Il cultive le déni de réalité, le primat des émotions sur la raison, le mépris pour la science.

Mais ne nous y trompons pas, cette voie du populisme est une triple impasse : démocratique, sociale et économique.

Alors, et nous dans cette histoire ?

Que sommes nous capables d’apporter individuellement face aux maux de notre société que sont l’égo, la colère, le mépris, l’hystérisation ?

Sans doute cette capacité individuelle qui réside au fond de chacun de nous à faire preuve de civilité, de civisme et de solidarité afin que le droit qui nous est donné d’être citoyen se traduise en devoir.

Et la Fraternité, bordel !

Une drôle d’époque que celle que nous vivons.

Chacun y va de son diagnostic et pourtant personne ne semble trouver de solution.

Les fins de discussions se finissent souvent par un « D’accord mais après .. on fait quoi ? ». Question qui amène souvent à cette réponse « C’est compliqué ».

Les uns proposent la décroissance, d’autres la collapsologie, d’autres encore l’abolition du capitalisme et d’autres encore, le repli sur soi. Un florilège de solutions simplistes qui n’en sont pas.

Se pourrait il que nous soyons condamnés à errer de constats en constats sans jamais entrevoir ne serait ce que l’once d’une solution, passant d’une impasse à une autre ? Notre société, et plus particulièrement notre nation serait elle condamnée à assister impuissant à la montée en puissance de la défiance, à l’irruption de la violence, à la désagrégation de ce qui fonde nation et république ?

L’érosion de notre cohésion est manifeste et parfois (trop souvent même) alimentée par des élus qui pourtant ont le rôle et la responsabilité d’être les gardiens de la concorde nationale.

L’histoire a montré que les causes des crises sont souvent multiples. On peut dés lors penser que les remèdes seront eux aussi pluriels.

Seulement voilà, nous en sommes trop souvent réduit à attendre la personne providentielle qui a elle seule, et seulement par sa présence, permettra à notre société de surmonter ses maux, ses crises. C’est pourtant oublier que la personne providentielle n’existe pas. Et fort heureusement ! Cela laisse encore et toujours le champ libre à l’addition des forces individuelles que nous sommes les uns et les autres et à un potentiel infini de regroupement en collectifs aussi divers que variés.

Face au mal qui ronge progressivement nos démocratie et laisse ainsi peu à peu la place aux discours simplistes et populistes, face à cette fissuration des communautés entretenue par certains « aux petits pieds » pour des visées électoralistes de court terme, il importe de rappeler avec urgence les valeurs de la citoyenneté que sont le civisme, la civilité et la solidarité.

Et qui mieux que le monde associatif permet d’être à la fois l’artisan et le ciment de cette citoyenneté ? Il faut dés lors redonner des moyens concret à l’acte de bénévolat et recoudre le lien d’une citoyenneté active. Nous sommes en effet chacun une partie de la solution.

Les associations jouent en effet un rôle considérable dans le maintien de la cohésion et du lien social. Il y a plus de 20 millions de français et françaises regroupés au sein d’associations se déclarant bénévoles. En France, le nombre d’associations recensé par l’INJEP est d’environ 1,50 millions. Ce sont 1,8 millions d’emplois concernés. Entre 2011 et 2017 se sont crée plus de 25 000 associations par an. Ce chiffre ne fait que démontrer la vitalité du tissu associatif et sa nécessité.

Assister à une distribution organisée par des associations caritatives (restos du cœur, Petits frères des pauvres, etc..) permet instantannément de prendre la mesure du désastre humain qui s’ensuivrait si ces associations n’existaient plus.

De même, il convient de prendre la mesure de l’importance des associations d’aides au devoirs, de sports, de loisirs et d’arts créatif etc. Ces associations regroupent des millions de bénévoles qui concourent quotidiennement à forger des citoyens par l’apprentissage de la solidarité, de la civilité, du partage et de l’entre aide, c’est-à-dire de la citoyenneté.

le copain Karim, animateur à ACEM quartier Branly Boissière.

C’est pas beau cette joie des enfants ?

La crise sanitaire a mis un coup d’arrêt au déploiement de bon nombre de décisions politiques. Des mesures de crises et d’urgence ont légitimement été prises. Puisse venir le temps où, au sortir de cette crise, une politique dotée de moyens soit relancée pour le secteur associatif. Aux côtés de l’Etat, les communes ont aussi un rôle à jouer par le biais des subventions pour consolider l’action associative. Au sortir de cette crise, des moyens importants seront à envisager à destination des associations.

La complexité des des organisations et des circuits de décisions, alliée à la disparation progressive de la puissance publique dans certains quartiers, a progressivement rendu vital la présence des associations, ces organisations à hauteur d’hommes et de femmes. Le rôle des associations en faveur de l’insertion, de l’accompagnement des personnes isolées, des personnes handicapées etc n’en a été alors rendu que plus nécessaire.

Notre modèle de société ne sera préservé que si et seulement si la fraternité est renforcée.

Et qui mieux que les associations est le vecteur de cette fraternité ?

En renforçant et donnant à la fraternité les moyens d’agir, ce sont tous les maillons de la chaîne de solidarité qui seront renforcés, seule levier capable de de lutter contre la violence sociale, la précarité et l’exclusion. Le pilier républicain de la fraternité n’est pas des moindre car sans fraternité, point de liberté et point d’égalité.

A la question « on fait quoi ? », Il existe déjà une solution. Celle qui consiste à s’engager individuellement en venant apporter sa pierre à l’édifice collectif. C’est peut être ainsi que progressivement, les uns à côté des autres, nous serons capables de résister. Non pas seulement pour nous, mais aussi pour les autres .. les plus fragiles, les plus précaires, les plus exclus.

Lien vers le site associations Ville de Montreuil : https://www.montreuil.fr/vie-associative/annuaire-des-associations

La gestion publique de l’eau, un simulacre de démocratie à Montreuil

La question de la gestion publique ou privée de l’eau potable est tout sauf un sujet qui doit être envisagé sous la seule lorgnette idéologique.

La question est multiple : technique, financière, sociale et démocratique.

Depuis 2015, les EPT sont devenus compétents en matière de gestion de l’eau potable. La compétence est alors transférée des communes aux territoires avec application en 2020. Est Ensemble est ainsi substitué aux communes et devenait ainsi compétent pour décider de prolonger ou non l’adhésion au SEDIF au 31 décembre 2017.

Depuis le 31 décembre 2017, Est Ensemble a réhadéré au SEDIF pour les communes de Bobigny et Noisy le Sec.

Pour les autres villes – dont Montreuil –  Est Ensemble a adopté une convention de coopération avec le SEDIF qui prend fin en décembre 2020.

La votation citoyenne organisée par Montreuil en 2019, un folklore de démocratie

La ville de Montreuil a organisé une consultation citoyenne en juin 2019.

Une information la plus complète possible sera donnée aux habitants au cours d’une réunion publique organisée le jeudi 20 juin (salle des fêtes de l’Hôtel de ville – 19h) afin que les habitants soient en mesure de répondre aux 4 questions posées :

  • Pensez-vous que la question de l’eau est un enjeu écologique essentiel pour les années à venir ?
  • Selon vous, l’eau est-elle une marchandise comme les autres ?
  • Savez-vous que l’eau, sur le territoire d’Est Ensemble, est distribuée par délégation de service public par une entreprise privée ?
  • Êtes-vous pour la création d’une régie publique de l’eau sur le territoire d’Est Ensemble ?

En tant que citoyen, le contenu des questions a de quoi laissé dubitatif. Comment en effet répondre négativement à la première question ? Pourquoi poser par ailleurs un cadre d’opposition idéologique entre public et privé ? La question du bien commun devrait conduire plutôt à envisager le sujet sous l’angle de l’utilité pour le consommateur et de l’intérêt général. Que l’emploi soit de nature privé ou public, le consommateur, le citoyen attend seulement un service de qualité à moindre frais.

A aucun moment n’est posé le cadre des enjeux pour le consommateur et n’est demandé aux habitants de se prononcer sur la base de données chiffrées, d’études comparatives des différents scénarii.

Seulement 2 619 suffrages exprimés dont 2 548 pour une régie publique dans les conditions des questions formulées ci-dessus. 97% des votants se sont donc prononcé « pour une régie publique de l’eau » mais sur la base d’un corps électoral de 47 000 inscrits, cela ne représente moins de 6% des Montreuillois !

Sans même avoir un avis sur le mode de gestion de l’eau, comment penser que ce résultat est légitime avec une si faible proportion de votants et asseoir une décision démocratique qui va engager Est Ensemble pour des décennies ?

Et depuis ?

En cette fin d’année 2020, Est Ensemble doit donc de nouveau se prononcer sur une réadhésion ou non au SEDIF.

Le 02 novembre, le Président d’Est Ensemble (et Maire de Montreuil) a pris la décision d’annuler la présentation de cette décision en assemblée plénière d’Est Ensemble et de la reporter car « il apparaît clairement que sur les aspects les plus importants, de nombreux éléments structurants méritent et nécessitent d’être encore approfondis…. ».

La question de la ré adhésion au SEDIF est donc reportée au 30 septembre 2021.

Il est donc inapproprié de claironner comme certains élus « qu’Est ensemble n’a pas ré adhéré au SEDIF » car, en réalité Est ensemble prolonge la convention d’un an.

C’est jouer sur la sémantique et donc faire de cette question une question politicienne alors que cette question de bien commun et d’intérêt général devrait être traitée avec toute la transparence, la pédagogie et la rigueur que la démocratie exige. Mais passons sur le fait que certains membres de la majorité à Montreuil n’effleurent cette question que par l’angle idéologique. Pour certains c’est une marque de fabrique.

La décision de report prise par le Président d’Est Ensemble peut donc apparaître comme une décision en responsabilité.

Oui, l’eau est un bien commun et une question cruciale d’un point de vue écologique. L’évidence est tellement criante que la question ne mérite même pas d’être posée.

Mais à qualité d’eau potable identique, la question est aussi à quel prix ?

Sans rentrer dans le détail technique, une question épineuse ne doit pas être éludée : celle de l’investissement financier relative à la déconnexion des réseaux existants du SEDIF. Deux solutions : une déconnexion réelle (réseaux séparés des réseaux existants) ou déconnexion virtuelle (approvisionnement dans les réseaux existants avec un calcul à la quote part. Avant que ces nouveaux approvisionnements ne soient mis en place, l’eau continuerait du reste à être achetée au Sedif puis éventuellement à des régies publiques existantes comme Eau de Paris.

En termes financiers, les niveaux d’investissements sont sans commune mesure entre une solution 100% régie publique (se chiffrant en dizaines de millions d’euros en cas de séparation des réseaux) ou une solution mixte (quelques millions d’euros en cas de déconnexion virtuelle). Car en cas de déconnexion réelle, les territoires ne pourront pas récupérer tous les tuyaux des périmètres concernés.

La position du SEDIF n’est pas non plus des plus constructives puisque ce dernier refuse en gros de négocier le prix d’une sortie, évacue la solution déconnexion virtuelle et fait pression en rappelant que le nouveau mode gestion du SEDIF doit être revu en juin 2021.

Sortie de ces postures politiciennes des uns et des autres, on peut prendre pour exemple et retours d’expérience celui de la Régie Eau des lacs de l’essonne où les réseaux sont interconnectés à ceux du SEDIF, Suez et Eau de Paris. La mise en place de compteurs permettant simplement de compter ce qui est réellement consommé. Un exemple où le prix de l’eau a baissé après passage en régie. D’autres exemples de passages en régie comme celui de Lyon n’ont pas amené de baisse du prix de l’eau.

L’eau n’est ni de droite, ni de gauche, il s’agit d’un bien commun à préserver tous ensemble pour les générations à venir.

Le prisme de décision ne doit donc pas être ramené de manière simpliste à la question de savoir si on est pour ou contre le service public ou le service privé. Il s’agit d’une vraie question de démocratie, de transparence et de défense de l’intérêt général au profit des seuls citoyens. Puisse les élu d’Est Ensemble garder à l’esprit cette ligne de conduite.