Nous ne voulons pas voir et pourtant, nous savons

Un dernier sondage donne Marine le Pen à 48% et Emmanuel Macron à 52% au second tour.

Et comme s’il fallait encore un peu plus enfoncer le clou et que la situation n’était pas assez préoccupante, Libération qui donnait la parole à des électeurs de gauche refusant le vote barrage contre le RN, titre une de ses dernières couverture « 2022, J’ai déjà fais barrage cette fois c’est fini » instillant ainsi dans la tête de ses lecteurs que le Front populaire est périmé et que si les digues doivent sauter et bien qu’elles sautent.

Les réactions ont été aussi diverses que variées. Certains ont dénoncé le caractère irresponsable de cette couverture, d’autres ont rappelé son côté « utile » pouvant servir d’électrochoc, d’autres encore ont enfoncé le clou et jeté du sel sur la plaie. Mais, le plus important n’étant pas cette couverture mais ce qui se joue sur le fond.

Car oui, pour la première fois depuis 2002 il semble (malheureusement) possible que le RN accède au pouvoir. On peut toujours dire qu’un sondage ne reste qu’un sondage mais c’est la première fois qu’un sondage indique un tel score. On ne peut aussi attendre mai 2022 pour, devant notre écran de télévision, tomber naïvement des nues et hurler que c’est impossible que Marine le Pen soit élue.

Mais ceci dit, la possible accession au pouvoir du RN ne tombe pas du ciel et cela fait au moins 40 ans que collectivement nous nous dirigeons vers ce choix extrême en creusant les sillons consciemment pour certains, et inconsciemment pour d’autres, d’un chemin extrêmement périlleux et néfaste pour la France.

A force de ne pas vouloir voir et s’emparer de sujets sociétaux et régaliens comme la sécurité, le chômage, l’immigration, etc . la classe politique (de gauche comme de droite) n’a pas apporté de réponses audibles aux peurs et aux fragilités perçue par des millions de Français et a ainsi fait le choix de laisser l’extrême droite s’en emparer.

Cette absence de réponse, cet évitement, ont ainsi laissé le champ libre au Front National dont la marque de fabrique est d’aborder les sujets avec une loupe grossissante et déformante en nourrissant les peurs et les fantasmes et en jouant sur l’ignorance.

Pendant cette période, la gauche et la droite ont aussi joué avec le feu tels des apprentis sorciers utilisant le Front National comme variable d’ajustement stratégiques d’un point de vue électoral lors de nombreuses élections.

La fameux front républicain du second tour est trop souvent apparu comme un strapontin d’accès au pouvoir, le Front national constituant ce marche pied électif.

Dans le même temps, le Front national a opéré un processus de dédiabolisation d’une efficacité marketing redoutable. Le changement de nom de « Front » en « Rassemblement » illustre parfaitement cette volonté d’apparaître non plus comme un parti clivant mais un parti finalement tout aussi « fréquentable » que les autres. Marine Le Pen s’expliquait elle-même en 2018 « le mot Front est un frein psychologique pour de nombreux Français. et comporte une connotation d’opposition . On ‘fait front’ à quelque chose ou quelqu’un, rarement pour ». sur ce point, on peut malheureusement pas lui donner tord…

Evitement de thèmes sociétaux et pyromanie électoraliste circonstancielle de la classe politique et dans le même temps mutation marketing du parti auront permis d’arriver aujourd’hui au constat que contrairement au passé, le RN peut arriver au pouvoir.

Désormais le choix de porter les idées et de voter pour le RN est imaginable pour des millions de français. Ce choix étant la résultante d’un cheminement politique qui après être passé par la gauche, la droite et toutes les formes de désillusion.

« Finalement, les Etats unis se sont délivrées de Trump non ? Et on a tout essayé alors pourquoi pas essayer le rassemblement National ? Et puis, ça changera quoi à mon quotidien ? Oui, mais tu vois, Le Pen elle sait parler aux Français elle » ……… Voilà ce qu’on peut entendre ou lire au détours d’un comptoir de café ou sur les réseaux sociaux.

Il ne faut surtout pas balayer avec mépris ou indifférence ces questions d’un revers de main. Au contraire, il faut répondre.

Répondre par des questions et exemples concrets. Et surtout projeter ce que serait une gouvernance le penniste au regard de faits réels.

Avec le RN au pouvoir, on peut en effet aisément imaginer ce qu’il en sera de la pérennité de la sécurité sociale et de son caractère social, solidaire et protecteur …Et la réforme des retraites ? et le maintien de la cohésion ? etc. etc. Si vous n’arrivez pas à l’imaginer alors prenez connaissance de quelques positions de Madame Le Pen à l’assemblée nationale ou de son groupe au Parlement européen.

Les derniers votes de Marine le Pen à l’assemblée nationale :

Au niveau Européen :

  • Vote pour valider le rapport Moody pour défendre l’égalité femmes-hommes, Marine Le Pen a voté contre sur le premier texte, le 24 novembre 2016, et elle était absente la fois d’après, le 14 mars 2017.
  • Vote pour en faveur du texte sur le secrets d’affaires.

https://www.leparisien.fr/elections/europeennes/europeennes-comment-les-elus-du-rassemblement-national-votent-au-parlement-europeen-22-05-2019-8077032.php

NB : je vous fais grâce (pour ne pas alourdir ce billet) de la liste des condamnations pour escroquerie ou abus de biens sociaux prononcées à l’encontre du RN, affaires qui démontrent s’il en fallait l’éthique de ce parti.

La liste des contradictions qui montrent l’opportunisme et le double discours du RN serait longue et, ne ferait que démontrer encore un peu plus l’incompétence de ce parti à gérer le pays. D’ailleurs, même les électeurs du RN ne s’y trompent pas ! 43% de ces électeurs le font par rejet des autre partis. 11% d’entre eux seulement sont convaincus que le RN serait en capacité de gérer la France. N’est ce point là un paradoxe ?

Il ne sert à rien de rappeler sans cesse les causes du vote RN pour une majorité toujours plus croissante d’électeurs.

La géographie du vote RN est celle des territoires périurbains où se recoupe la fragilisation sociale et l’insécurité économique. Le RN obtient ses meilleurs votes nationaux dans les territoires où le taux de chômage est supérieur à la moyenne nationale. Ce n’est pas dans les grandes métropoles que le vote RN est le plus fort, c’est dans les petites et moyennes communes durement touchées par le chômage, l’insécurité et la précarité. Le vote RN c’est celui la France dite périphérique du milieu rural et périurbain, cette France des invisibles et des inaudibles. Les classes populaires (agriculteurs, ouvriers) délaissées par la gauche historique « socialo-communiste » a glissée vers le vote RN non pas par adhésion idéologique mais bien parceque cette gauche a délaissé depuis des décennies son marqueur de la lutte des classes.

score du RN en fonction de la taille des villes

Car c’est bien sûr le sentiment d’injustice et la destruction de la cohésion que grandit le vote extrémiste.

Tout cela, on le sait.

La vraie question c’est « et maintenant, on fait quoi et comment pour empêcher son accession au pouvoir et éviter une catastrophe économique, sociale et sociétale pour la France » ?

On préfère comme certains à gauche le pensent de plus en plus, laisser s’installer le RN dans le trône du pouvoir pour tenter de croire que sur les décombres d’un champ de ruine une alternative crédible va se reconstruire ?

Qu’on le veuille ou non (moi je ne le veux pas) cette petite musique est installée dans l’opinion publique relayée par la presse (qui plus est de gauche) et même par des (ir)responsables politiques tel le secrétaire national des verts.

Ce dernier s’empressant de déclarer dés le lendemain de la parution de la une de Libé « Macron perdra contre le Pen » préférant cet appel à la pratique de la terre brûlée (pas très écologiste en soit comme pratique agricole d’ailleurs ..) plutôt que l’appel à un sursaut républicain.

Il dira même trouver des similitudes entre la politique de Macron à celle de Le Pen.

Soit dit en passant, même si Macron a commis des maladresses (réforme de l’ISF, communication brouillonne dans la gestion de la crise sanitaire et d’autres …), en 2021 dans un pays comme la France nous pouvons bénéficier de tests Covid et de vaccins gratuits, du chômage partiel, d’un plan exceptionnel de relance à 150 milliards d’euros et j’en passe et des meilleurs ..

sans doute pour certains quelques mesurettes de droite et ultralibérales ?

Quel crédit donner ainsi à cette stratégie qui mise sur élection de le Pen, imaginant pouvoir ainsi se reconstruire et apparaître comme l’alternative crédible après le RN ?

Aucun !

Alors non, ceux qui pensent (comme malheureusement une partie trop importante de « gens de gauche ») que le front républicain n’est plus nécessaire, qu’il vaut mieux passer par une phase de « big bang » pour mieux reconstruire après, se trompent lourdement. Car après il sera trop tard.

NB : J’avais décidé de ne pas m’exprimer sur la politique dans mon blog, voilà la première entorse faite. Parce qu’il y a un moment où je pense qu’il rester sérieux d’autant plus lorsque l’intérêt général de millions de nos concitoyens est en jeux et qu’on est censé être responsable d’un parti politique (pas moi, mais Bayou vous l’aurez compris).

Je n’ai pas de solution miracle. Je n’ai que ma conscience. Il appartient à chaque citoyen de voter en conscience en 2022 et à chaque élu qui se dit démocrate d’agir en conscience au quotidien.

Mais nous ne pourrons pas dire que nous ne savions pas, que nous n’avons pas vu venir et que nous n’avons rien pu faire collectivement et individuellement. Car aujourd’hui nous sommes en  pleine connaissance du danger que peut représenter pour la France (son économie, sa cohésion sociétale, sa protection sociale, les libertés individuelles etc.) l’accession au pouvoir du rassemblement national.

Ceci, sans compter les liens du RN avec les pires extrêmes que sont les ardents prédicateurs d’une idéologie antisémite, raciste et xénophobe.

Alors puisque nous savons, agissons en pleine conscience.

Personnellement, sans aucune hésitation, je serai un castor qui fera barrage. J’ai déjà fais barrage et je le referai !

Un barrage pour préserver les acquis sociaux si chèrement obtenus par mes aïeuls (pas que pour moi, mais aussi et surtout pour nos enfants), un barrage pour préserver le terreau de notre cohésion sociale qui s’appelle la République, un barrage pour préserver les droits des personnes exposées à la discrimination (handicapés, homosexuels, immigrés etc… et j’en oublie)..

…… pour préserver toutes ces choses qui font ce que la France doit être : une république une et indivisible sous le sceau de sa devise Liberté – Egalité – Fraternité.

En 2021, immunisons nous collectivement grâce au vaccin de la solidarité

2020 s’achève. Nous sommes pressés de rentrer dans 2021 à grandes enjambées, d’oublier cette année si particulière qui porte en elle les stygmates d’un lourd bilan humain mais aussi les germes d’une crise sociale et économique qui se profile. Cette période aura aussi été un révélateur et un catalyseur du complostime nourrissant la défiance qui progressivement érode la démocratie.

La France n’a jamais été aussi féconde de ces « yaka fo kon », experts en tout et spécialistes en rien, médecins des plateaux de télévision, politiques, polémistes etc. qui s’indignent que tout ne vas pas assez vite pour, le lendemain craindre que trop ne soit fait. Certains en font leur terreau électoral alors que la période exigerait un sens des responsabilités au service de l’intérêt général.

Nous pourrions continuer à croire aux fadaises et autres galimatias de ces alchimistes en costume cravate écumant les plateaux télé, laissant croire que la fausse bonne solution est de leur côté et que le jugement suprême est arrivé et continuer à broyer du noir.

Mais nous pourrions surtout nous arrêter un instant, et songer à cette épreuve que nous avons franchi collectivement depuis le printemps dernier. Pour peu que nous soyons capable de laisser de côté un instant notre pessimisme savament entretenu par les charlatans, marabous et médias en tout genre, nous serons alors en capacité de mesurer notre capacité à vivre malgrè tout que cette épreuve nous a finallement apporté et donc l’espoir qu’elle porte en elle.

Sous l’effet du nécessaire confinement du printemps, le temps s’est subitement arrêté. Ce temps rythmé par notre quotidien effrené nous empêchant bien souvent de comprendre, écouter, sentir et voir le monde qui nous entoure. Pour beaucoup, cette parenthèse a été l’occasion de faire les diagnostics nécessaires sur des existences malmenées par le tumulte quotidien des réunions, des embouteillages. Nous nous sommes alors, par contrainte, réinterrogés sur nos modes de consommation, de vie, de déplacements, sur nos rapports à la familles et aux autres. Le confinement, au-delà de nous isoler, nous a pour la plupart consciemment ou inconsciemment permis d’atteindre les confins de territoires jusque là inexplorés : nos territoires individuels.

Touchés individuellement, nous avons ainsi pris conscience des autres. L’expression « prend soin de toi » à remplacer le « cordialement » dans nos échanges. La bienveillance a parfois repris le dessus sur la convenance.

D’un point de vue collectif, au quotidien des hommes et des femmes se sont mis aux service des plus démunis. Des réseaux d’entraides se sont organisés à l’échelle du voisin, d’un quartier, d’une ville.

Chacun a alors pris conscience de l’utilité des « invisibles » oeuvrant chaque jour dans les hopitaux, dans les services de collectes des ordures ménagères, à la caisse des supermarchés sans qui la continuité de la vie n’aurait pas été possible.

Cette crise aura aussi accéler d’autres évolutions. La digitalisation accélérée de nos modes de vie avec le télétravail, les réunions en visioconférences, le clique et collecte, les livraisons à domiciles. A côté de ces mutations de notre mode de vie, cette crise aura décuplé la prise de conscience sur la question écologique. Ne laissons pas de côté ces évolutions de société et ces prises de conscience lettre morte. Ne laissons pas en jachère des mutations positives possibles sur nos modes de vie que cette crise sanitaire nous a laissé apercevoir. Sachons transformer les contraintes en atouts.

C’est aussi la place et le rôle de l’Etat dont il est question. Avec ses imperfections, le « quoi qu’il en coûte » a permis de sauver nombre d’emploi, de secteurs d’activité. Nous avons tous redécouvert un état interventionniste au service du citoyen dans les domaines économique et social, l’Etat Providence.

Bien sûr que les dispositifs d’accompagnements ne sont pas parfaits, quel dispositif l’est d’ailleurs ? Mais ils sont sans précédents par la réactivité de leur mise en place ainsi que le volume des investissements (470 Milliards d’Euros de soutien pour soutenir les entreprises, les TPE/PME et les salariés). Certains diront que cela prouve que l’austérité est donc savament entretenue, d’autres diront que ce seront autant de dettes laissées à nos enfants …

Voyons y plutôt l’empreinte de ce qui a construit notre modèle social depuis des décennies fondé sur le principe de solidarité grâce à un Etat solide et un service public irremplaçable. Les services publics dont la santé, l’éducation n’ont pas failli face à la responsabilité et au choc du moment.

Le modèle français,unique au monde, né au lendemain de la seconde la guerre mondiale sous l’impulsion du Conseil National de la Résistance.

Prenons ainsi le temps pendant cette période de nous retourner sur cette année sombre pour y puiser les lueurs qui pourront éclairer le chemin de demain. Ces lueurs faites de sursaut et d’espoir. Le dernier espoir en date étant le vaccin. Fabuleux exploit de l’humanité qui, en moins d’un an, grâce à la recherche scientifique nous permet collectivement de voir la lumière au bout du tunnel.

Mais ce vaccin ne sera pas un remède à tout. Il ne sera pas un remède contre la crise économique et sociale qui se profile.

Notre capacité à agir collectivement, la continuation de notre empathie envers les plus fragiles, notre capacité à résister collectivement seront autant d’enseignements pour l’avenir.

Choisissons le loup que nous voulons nourrir.

Celui qui nous aidera à apporter de l’espoir, de l’amour, de la joie, de l’humanité, de la fraternité, de la bienveillance et de la solidarité.

Un vieux chef Cherokee a enseigné ceci sur sa vie à son petit fils :
– Il y a un grand combat qui se passe à l’intérieur de nous tous, lui dit- il. Et c’est un combat entre deux loups l’un est le mal, il est colère, l’envie, culpabilité, tristesse et ego, et l’autre est bon, il est joie, amour, espoir, vérité et foi.
Le petit fils demande :
– Quel est le loup qui gagnera ? 
Et le chef répondit :
– Celui que tu nourris.