Liberté, Fraternité et sens de la mesure

Il a fallu que notre Président annonce le pass sanitaire pour que bon nombre de français prennent massivement conscience que l’intérêt général doit primer sur l’intérêt particulier. Le lendemain de son allocution c’est 1,5 millions de rendez-vous de vaccination qui ont été pris et depuis la moyenne des rendez vous quotidienne est d’environ 500 000.

Bien évidement ce changement de braquet pour la vaccination a suscité encore de vives critiques de la part des oppositions systématiques de droite et de gauche qui n’ont d’autre projet politique que l’agitation politicienne.

Les uns qualifiant la France de dictature, les autres qualifiant le pass sanitaire d’apartheid ou d’ausweis. Encore une fois on pourra constater que les oppositions ne sortent pas grandies de cette séquence et que le poids des mots ne semble pas lester leur appétence à l’outrance.

Le 17 juillet 2021,c’était la première manifestation des antivax durant laquelle, certains manifestants ont poussé l’ignominie jusqu’à arborer l’étoile jaune de la Shoah pour dénoncer la politique vaccinale du gouvernement.

Le même jour, on commémorait la rafle du Vel d’Hiv des 16 et 17 juillet 1942.

C’était il y a 79 ans en France. Plus de 13 000 personnes dont un tiers d’enfants étaient arrêtées puis envoyées vers le camp d’extermination d’Auschwitz parce qu’elles étaient juives.

En France, chacun a le droit de manifester et d’exprimer une opinion et chacun est libre de s’exprimer sous couvert de la liberté d’expression. Mais il est des raccourcis et des parallèles qui ne sont pas acceptables car ils sont une honte et une injure pour l’histoire.

Ne pas pouvoir fréquenter des lieux publics en France en 2021 faute de ne pas avoir de pass sanitaire n’a rien de comparable à la situtation des Juifs qui étaient obligés de porter une étoile jaune comme marqueur discriminatoire et interdits de fréquenter certains établissement sous l’occupation nazie.

L’étoile jaune était synonyme d’un aller simple pour les camps de concentration pour des millions de juifs. La vaccination est au contraire le moyen de sauver notre société du virus qui a atteint 192 million de personnes et fait plus de 4 millions de victimes (chiffres officiels …) partout dans le monde.

On ne peut rester sans voix et ne pas dénoncer cette comparaison. Sans quoi cela reviendrait à cautionner cette banalisation de la Shoah et rendre ce tragique épisode de l’histoire finalement anecdotique ou en faire une simple péripétie.

Ces agissements témoignent ils d’une lourde ignorance ? non.

Ces agissements cyniques relayés complaisament par la présence de certains responsables politiques lors des manifestations sont le témoignage d’une volonté d’écraser toute forme de débat par le biais de la réducio at hitlerum.

Il en va de notre responsabilité individuelle et collective de dénoncer et faire cesser ces agissements.

Que dire aussi de l’impact de ces messages auprès de nos jeunes ? Comment leur transmettre le devoir de mémoire si leurs aînés les relativisent en usant de parallèles qui n’ont pas lieu d’être ? 

A l’instar de nombreux responsables politiques, une partie de notre société semble avoir perdu le sens de la mesure.

 « la meilleure preuve du progrès de l’humanité c’est que malheureusement, en 2500 ans, nous sommes passés de Socrates sur L’agora à Francis Lalanne sur Face book ». Claude Malhuret (Sénateur de l’Allier). Si juste mais si triste constat.

https://www.independants-senat.fr/post/claude-malhuret-projet-de-loi-relatif-%C3%A0-la-gestion-de-la-crise-sanitaire-1

Ce n’est pas le gouvernement qui restreint les libertés. C’est bel et bien ce virus. Et notre liberté sera malmenée tant que ce virus circulera.

Et au-delà de cette perte du sens de la mesure, la période actuelle est la parfaite illustration de la confusion qui est faite entre liberté individuelle et individualisme.

L’individualisme rogne la liberté collective, il en est l’exact contraire. La liberté individuelle permet de s’inscrire dans une vie en société. C’est tout le sens de notre devise républicaine et de la profondeur du terme Fraternité. Sans fraternité il n’y a point de liberté.

Etre vacciné, c’est être protégé soi même mais c’est aussi faire en sorte que l’autre soit protégé. « La liberté, c’est la liberté de l’autre » disait Rosa Luxembourg. Refuser la vaccination n’est pas défendre la liberté mais c’est faire preuve d’irresponsabilité.

« Tout ce qui augmente la liberté augmente la responsabilité. » Victor Hugo.

Comment ne pas penser aussi à tous ces pays qui faute de vaccins voient leurs populations durement touchées par la pandémie ?

https://www.francetvinfo.fr/sante/maladie/coronavirus/covid-19-un-afflux-de-dons-sauve-la-tunisie-d-une-catastrophe-sanitaire_4715511.html

https://www.courrierinternational.com/article/hecatombe-le-covid-19-aurait-fait-pres-de-5-millions-de-victimes-en-inde-dix-fois-plus-que

Bien évidement il ne s’agit pas d’ostraciser ou de mépriser les réfractaires au vaccin. Il y a aura de toute façon toujours une frange de la population qui restera contre la vaccination. Les lois de la statistiques sont ainsi faites …

Il s’agit plutôt de convaincre par l’écoute réciproque, par les gestes et par la science. La vaccination semble avoir un réel impact positif sur l’évolution des cas de décès et d’hospitalisation.

Gageons que ces premiers chiffres puissent témoigner que la sortie du tunnel n’est pas loin. Mais cette sortie ne pourra être individuelle, elle sera collective pour atteindre un taux d’immunité collective de 80%.

https://www.francetvinfo.fr/sante/maladie/coronavirus/vaccin/infographies-la-vaccination-a-t-elle-deja-un-impact-sur-la-pandemie-de-covid-19_4710847.html

Retrouver collectivement le sens de la mesure, de la nuance et de la fraternité. Voilà peut être une des leçons que nous devons tirer de cette crise sanitaire, condition sine qua none pour prétendre esquisser collectivement « le monde d’après ».

« Sans le socialisme, la république est vide »

Par cette formule dont il avait le secret, Jaurès exprimait le fait que tant que la République ne sera pas sociale, il subsistera une contradiction entre l’ordre politique et l’ordre économique.

Le recul des services publics, phénomène amorcé depuis des decennies est une faiblesse et une menace pour le projet républicain.

A ce titre, le récent mouvement des gilets jaunes doit nous interpeler sur l’urgence sociale qu’il y a à remettre sur pied une égalité territoriale au service du quotidien de chacun.

Il est certes délicat d’aborder le sujet des gilets jaunes tant le mouvement originel a été gangrené et dénaturé par les récupérations de factieux et d’extrémistes en tout genre.

C’est pourquoi je n’utilise pas l’article « les » mais « des » pour nommer ce mouvement tellement il a pu prendre des formes diverses et s’est appuyé sur des revendications multiples.

Je  me réfère au mouvement « originel » : celui qui prend ses racines dans la France périphérique (cette fameuse « diagonale du vide » bande de territoire allant de la Meuse aux Landes), celle ou le seuil migratoire est négatif et où les commerces ont déserté les centre ville au profit de vastes ensembles périurbain, où les services publics ont déserté les territoires.

Que retenir de ce mouvement des Gilets jaunes, celui qui s’est spontanément créé à l’automne 2018 (et pas celui qui a dégénéré donnant lieu aux actes les plus antirépublicains et radicaux tant il était alors gangrené par des forces radicales comme les Black Blocs, faute d’avoir su se structurer) ?

Les gilets Jaunes sont l’expression de l’invisibilité et de la précarisation d’une partie de la société depuis la fin des 30 glorieuses (les classes sociales populaires) touchées de plein fouet par les inégalités sociales et territoriales. Cette fracture sociale n’est pourtant pas récente car n’oublions pas qu’elle fut le sujet du débat de l’élection présidentielle de 1995.

Les revendications étaient aussi différentes qu’il y avait de ronds point, mais tous les ronds point avaient pour point commun de réunir  des classes populaires de la France périphérique majoritairement ouvriers, employés ou retraités (seul 35% sont au chômage) vivant majoritairement dans les communes rurales ou les villes de moins de 20 000 habitants et dont le niveau médian de vie est d’environ 1500€ pour un niveau médian national de 1800 €/mois.

Il ne s’agit ni donc ni d’un mouvement politique ou syndical traditionnel ni d’un mouvement des plus nécessiteux. C’est un mouvement social inédit par sa spontanéité, son organisation et sa longévité dont les premières préoccupations sont le pouvoir d’achat, puis les retraites, puis l’emploi .. préoccupations qui démontrent l’urgence qu’il y a à répondre à ce sentiment d’assignation territoriale et sociale.

L’émergence de ce mouvement en dehors du cadre organisationnel des partis politiques et des corps intermédiaires doit d’ailleurs aussi interroger les responsables politiques et syndicaux tant il a démontré l’affaissement des partis traditionnels (dont ceux de gauche, devenus incapables de porter une revendication sociale de cette ampleur).

L’urgence est double. Elle est sociale mais aussi politique car la violence sociale engendre inéluctablement un affaissement de la confiance dans l’efficacité du système et de la parole politique.

La crise sanitaire aura d’ailleurs sans nul doute amplifié ce phénomène de paupérisation des plus fragiles et de fragilisation des classes sociales populaires CSP (-).

Mais, elle aura révélé aussi que l’Etat protecteur sait répondre à l’appel lorsque cela est nécessaire – ceci « quoi qu’il en coûte » pour reprendre les mots de notre Président – et que certains pans des services publics dont la santé ont été les parents pauvres de décennies de choix politiques.

Espérons que cette crise soit au moins un point d’appui pour redonner corps à notre république sociale dont, rappelons le, les premières fondations ont été posé sous la IIIème république ( loi sur la liberté de réunion, enseignement primaire obligatoire, création des caisses de retraites, limitation de la durée du travail pour les femmes et les enfants, Code du travail, etc.).

L’Etat social est réapparu sur le devant de la scène à cause de (ou grâce à)  cette crise sanitaire comme dans aucun autre pays au monde. Gageons que la crise passée, il ne disparaisse pas et soit renforcé.

La République porte aussi en elle les conditions nécessaires du vivre ensemble et de la liberté de conscience. L’assignation identitaire n’a pas de place au sein du projet républicain et l’idéal républicain n’est pas une voie du juste milieu. En ce sens, la laïcité doit etre défendue car c’est elle qui permet l’égalité et l’universalisme.

Or, aujourd’hui l’édifice républicain est aussi attaqué de toute part par les extrèmes et les populistes. Une guerre idéologique qui porte en elle les fragments de la division identitaire.

Attaquer le projet républicain par le biais de la question identitaire, c’est attaquer les valeurs qu’il porte en lui et au-delà les dimensions sociales et démocratiques qu’il a permis d’instaurer mais aussi ce projet d’universalité.

A ce titre, Jaurès déclarait aussi, pleinement conscient des problêmes de son époque, que « sans la République, le socialisme est impuissant ». Nous laisserons certains responsables socialistes actuels méditer sur cette citation le temps nécessaire pour eux de comprendre l’impasse de certaines de leurs déclarations récentes cautionnant une ethnicisation de notre société.

L’essence universaliste du projet républicain doit être défendue bec et ongles car l’universalisme c’est la conservation du lien civique entre les citoyens par delà les appartenance culturelles, ethnique ou religieuses.

Mais cette laïcité est aujourd’hui prise en tenaille entre d’un côté une confiscation de la part de l’extrême droite au service d’un projet identitaire et nationaliste sous couvert de protectionnisme et utilisée comme une arme contre l’Islam et, à l’opposé, de la part d’une certaine partie de la gauche, elle est réduite au principe de tolérance au service de projets politiques et d’organisations identitaires sous couvert d’humanisme.

Aucun des deux projets n’est acceptable, chacun doit être combattu pied à pied car l’un et l’autre en interprétant la laïcité à sa façon à des fins électoraliste, errode le projet républicain et l’universalisme qu’il porte en lui.

« L’énergie d’un côté, la douceur de l’autre ; voilà les deux armes que je veux mettre dans les mains de la République ». Victor Hugo

Nous ne voulons pas voir et pourtant, nous savons

Un dernier sondage donne Marine le Pen à 48% et Emmanuel Macron à 52% au second tour.

Et comme s’il fallait encore un peu plus enfoncer le clou et que la situation n’était pas assez préoccupante, Libération qui donnait la parole à des électeurs de gauche refusant le vote barrage contre le RN, titre une de ses dernières couverture « 2022, J’ai déjà fais barrage cette fois c’est fini » instillant ainsi dans la tête de ses lecteurs que le Front populaire est périmé et que si les digues doivent sauter et bien qu’elles sautent.

Les réactions ont été aussi diverses que variées. Certains ont dénoncé le caractère irresponsable de cette couverture, d’autres ont rappelé son côté « utile » pouvant servir d’électrochoc, d’autres encore ont enfoncé le clou et jeté du sel sur la plaie. Mais, le plus important n’étant pas cette couverture mais ce qui se joue sur le fond.

Car oui, pour la première fois depuis 2002 il semble (malheureusement) possible que le RN accède au pouvoir. On peut toujours dire qu’un sondage ne reste qu’un sondage mais c’est la première fois qu’un sondage indique un tel score. On ne peut aussi attendre mai 2022 pour, devant notre écran de télévision, tomber naïvement des nues et hurler que c’est impossible que Marine le Pen soit élue.

Mais ceci dit, la possible accession au pouvoir du RN ne tombe pas du ciel et cela fait au moins 40 ans que collectivement nous nous dirigeons vers ce choix extrême en creusant les sillons consciemment pour certains, et inconsciemment pour d’autres, d’un chemin extrêmement périlleux et néfaste pour la France.

A force de ne pas vouloir voir et s’emparer de sujets sociétaux et régaliens comme la sécurité, le chômage, l’immigration, etc . la classe politique (de gauche comme de droite) n’a pas apporté de réponses audibles aux peurs et aux fragilités perçue par des millions de Français et a ainsi fait le choix de laisser l’extrême droite s’en emparer.

Cette absence de réponse, cet évitement, ont ainsi laissé le champ libre au Front National dont la marque de fabrique est d’aborder les sujets avec une loupe grossissante et déformante en nourrissant les peurs et les fantasmes et en jouant sur l’ignorance.

Pendant cette période, la gauche et la droite ont aussi joué avec le feu tels des apprentis sorciers utilisant le Front National comme variable d’ajustement stratégiques d’un point de vue électoral lors de nombreuses élections.

La fameux front républicain du second tour est trop souvent apparu comme un strapontin d’accès au pouvoir, le Front national constituant ce marche pied électif.

Dans le même temps, le Front national a opéré un processus de dédiabolisation d’une efficacité marketing redoutable. Le changement de nom de « Front » en « Rassemblement » illustre parfaitement cette volonté d’apparaître non plus comme un parti clivant mais un parti finalement tout aussi « fréquentable » que les autres. Marine Le Pen s’expliquait elle-même en 2018 « le mot Front est un frein psychologique pour de nombreux Français. et comporte une connotation d’opposition . On ‘fait front’ à quelque chose ou quelqu’un, rarement pour ». sur ce point, on peut malheureusement pas lui donner tord…

Evitement de thèmes sociétaux et pyromanie électoraliste circonstancielle de la classe politique et dans le même temps mutation marketing du parti auront permis d’arriver aujourd’hui au constat que contrairement au passé, le RN peut arriver au pouvoir.

Désormais le choix de porter les idées et de voter pour le RN est imaginable pour des millions de français. Ce choix étant la résultante d’un cheminement politique qui après être passé par la gauche, la droite et toutes les formes de désillusion.

« Finalement, les Etats unis se sont délivrées de Trump non ? Et on a tout essayé alors pourquoi pas essayer le rassemblement National ? Et puis, ça changera quoi à mon quotidien ? Oui, mais tu vois, Le Pen elle sait parler aux Français elle » ……… Voilà ce qu’on peut entendre ou lire au détours d’un comptoir de café ou sur les réseaux sociaux.

Il ne faut surtout pas balayer avec mépris ou indifférence ces questions d’un revers de main. Au contraire, il faut répondre.

Répondre par des questions et exemples concrets. Et surtout projeter ce que serait une gouvernance le penniste au regard de faits réels.

Avec le RN au pouvoir, on peut en effet aisément imaginer ce qu’il en sera de la pérennité de la sécurité sociale et de son caractère social, solidaire et protecteur …Et la réforme des retraites ? et le maintien de la cohésion ? etc. etc. Si vous n’arrivez pas à l’imaginer alors prenez connaissance de quelques positions de Madame Le Pen à l’assemblée nationale ou de son groupe au Parlement européen.

Les derniers votes de Marine le Pen à l’assemblée nationale :

Au niveau Européen :

  • Vote pour valider le rapport Moody pour défendre l’égalité femmes-hommes, Marine Le Pen a voté contre sur le premier texte, le 24 novembre 2016, et elle était absente la fois d’après, le 14 mars 2017.
  • Vote pour en faveur du texte sur le secrets d’affaires.

https://www.leparisien.fr/elections/europeennes/europeennes-comment-les-elus-du-rassemblement-national-votent-au-parlement-europeen-22-05-2019-8077032.php

NB : je vous fais grâce (pour ne pas alourdir ce billet) de la liste des condamnations pour escroquerie ou abus de biens sociaux prononcées à l’encontre du RN, affaires qui démontrent s’il en fallait l’éthique de ce parti.

La liste des contradictions qui montrent l’opportunisme et le double discours du RN serait longue et, ne ferait que démontrer encore un peu plus l’incompétence de ce parti à gérer le pays. D’ailleurs, même les électeurs du RN ne s’y trompent pas ! 43% de ces électeurs le font par rejet des autre partis. 11% d’entre eux seulement sont convaincus que le RN serait en capacité de gérer la France. N’est ce point là un paradoxe ?

Il ne sert à rien de rappeler sans cesse les causes du vote RN pour une majorité toujours plus croissante d’électeurs.

La géographie du vote RN est celle des territoires périurbains où se recoupe la fragilisation sociale et l’insécurité économique. Le RN obtient ses meilleurs votes nationaux dans les territoires où le taux de chômage est supérieur à la moyenne nationale. Ce n’est pas dans les grandes métropoles que le vote RN est le plus fort, c’est dans les petites et moyennes communes durement touchées par le chômage, l’insécurité et la précarité. Le vote RN c’est celui la France dite périphérique du milieu rural et périurbain, cette France des invisibles et des inaudibles. Les classes populaires (agriculteurs, ouvriers) délaissées par la gauche historique « socialo-communiste » a glissée vers le vote RN non pas par adhésion idéologique mais bien parceque cette gauche a délaissé depuis des décennies son marqueur de la lutte des classes.

score du RN en fonction de la taille des villes

Car c’est bien sûr le sentiment d’injustice et la destruction de la cohésion que grandit le vote extrémiste.

Tout cela, on le sait.

La vraie question c’est « et maintenant, on fait quoi et comment pour empêcher son accession au pouvoir et éviter une catastrophe économique, sociale et sociétale pour la France » ?

On préfère comme certains à gauche le pensent de plus en plus, laisser s’installer le RN dans le trône du pouvoir pour tenter de croire que sur les décombres d’un champ de ruine une alternative crédible va se reconstruire ?

Qu’on le veuille ou non (moi je ne le veux pas) cette petite musique est installée dans l’opinion publique relayée par la presse (qui plus est de gauche) et même par des (ir)responsables politiques tel le secrétaire national des verts.

Ce dernier s’empressant de déclarer dés le lendemain de la parution de la une de Libé « Macron perdra contre le Pen » préférant cet appel à la pratique de la terre brûlée (pas très écologiste en soit comme pratique agricole d’ailleurs ..) plutôt que l’appel à un sursaut républicain.

Il dira même trouver des similitudes entre la politique de Macron à celle de Le Pen.

Soit dit en passant, même si Macron a commis des maladresses (réforme de l’ISF, communication brouillonne dans la gestion de la crise sanitaire et d’autres …), en 2021 dans un pays comme la France nous pouvons bénéficier de tests Covid et de vaccins gratuits, du chômage partiel, d’un plan exceptionnel de relance à 150 milliards d’euros et j’en passe et des meilleurs ..

sans doute pour certains quelques mesurettes de droite et ultralibérales ?

Quel crédit donner ainsi à cette stratégie qui mise sur élection de le Pen, imaginant pouvoir ainsi se reconstruire et apparaître comme l’alternative crédible après le RN ?

Aucun !

Alors non, ceux qui pensent (comme malheureusement une partie trop importante de « gens de gauche ») que le front républicain n’est plus nécessaire, qu’il vaut mieux passer par une phase de « big bang » pour mieux reconstruire après, se trompent lourdement. Car après il sera trop tard.

NB : J’avais décidé de ne pas m’exprimer sur la politique dans mon blog, voilà la première entorse faite. Parce qu’il y a un moment où je pense qu’il rester sérieux d’autant plus lorsque l’intérêt général de millions de nos concitoyens est en jeux et qu’on est censé être responsable d’un parti politique (pas moi, mais Bayou vous l’aurez compris).

Je n’ai pas de solution miracle. Je n’ai que ma conscience. Il appartient à chaque citoyen de voter en conscience en 2022 et à chaque élu qui se dit démocrate d’agir en conscience au quotidien.

Mais nous ne pourrons pas dire que nous ne savions pas, que nous n’avons pas vu venir et que nous n’avons rien pu faire collectivement et individuellement. Car aujourd’hui nous sommes en  pleine connaissance du danger que peut représenter pour la France (son économie, sa cohésion sociétale, sa protection sociale, les libertés individuelles etc.) l’accession au pouvoir du rassemblement national.

Ceci, sans compter les liens du RN avec les pires extrêmes que sont les ardents prédicateurs d’une idéologie antisémite, raciste et xénophobe.

Alors puisque nous savons, agissons en pleine conscience.

Personnellement, sans aucune hésitation, je serai un castor qui fera barrage. J’ai déjà fais barrage et je le referai !

Un barrage pour préserver les acquis sociaux si chèrement obtenus par mes aïeuls (pas que pour moi, mais aussi et surtout pour nos enfants), un barrage pour préserver le terreau de notre cohésion sociale qui s’appelle la République, un barrage pour préserver les droits des personnes exposées à la discrimination (handicapés, homosexuels, immigrés etc… et j’en oublie)..

…… pour préserver toutes ces choses qui font ce que la France doit être : une république une et indivisible sous le sceau de sa devise Liberté – Egalité – Fraternité.

Le populisme, ce faux ami de la démocratie

Hier, le populiste haranguait les foules au café du commerce. Aujourd’hui sa puissance néfaste est amplifiée par les réseaux sociaux et les médias. La bataille des idées a été supplantée par la bataille de la communication.

Au 19ème siècle, il apparait simultanément en Russie, (au travers d’un mouvement socialiste progressiste) et aux Etats Unis (au travers d’un mouvement provincial érigé contre les bourgeois des grands centres urbains pronant à la fois un mouvement nationaliste dont témoigne l’activité du Ku Klux Klan). Autre autre exemple celui de l’Allemangen des années 30 qui a vu le NSDAP dériver vers le nazisme. Le Maccarthysme, le Peronnisme argentin, le poujadisme français puis le populisme Frontiste de Le Pen etc. sont autant de formes de populismes.

L’histoire du populisme depuis la fin du 19ème siècle montre bien cette ambivalence et cette difficulté qu’il y a à le ranger d’un côté ou de l’autre de l’échiquier politique. Ne nous y trompons pas, le populisme n’est ni de gauche ni de droite.

Il y a en réalité autant de populismes que de figures ayant porté ou portant encore le populisme. Le populisme est donc inclassable dans une matrice gauche / droite mais se décline en fonction du contexte : le populisme nationaliste, le populisme néolibéral, le populisme se réclamant des masses populaires etc. Il est tantôt prolétarien, tantôt nationaliste.

Il y a malgrè tout quelques similitudes dans les différentes formes de populisme.

Ce n’est ni la cohérence ni la véracité des propos que tient le populiste qui est importante, c’est la manière dont il le dit. Plus il va le dire de manière outrageuse et indécente, plus sa parole va faire échos et être gage de vérité.

Et puis, finalement, qu’importe la vérité, le populiste nourrit sa stratégie sur la construction d’une opposition entre le peuple et les élites et dit au Peuple ce que ce dernier veut entendre en usant et abusant de sophismes, de contre vérités et de rumeurs. Le faux devient vérité à partir du moment où le populiste le dit.

Mais de quel peuple parle t’on au fait ? le peuple des militants politiques par définition déjà convaincus ? le peuple des urnes ? le peuple de l’abstentionnisme ? le peuple Nation ? etc.

Le caractère poylsémique du terme conforte le populiste lui permettant ainsi de rester dans une zone indéfinie aux contours vagues et peu scrupuleux des valeurs. Car en réalité, pour le populiste, la participation du peuple n’est en rien souhaitable sauf quand les sondages lui sont favorables.

Qu’importe, le populiste ne structure pas son projet politique grâce au débat contradictoire, il structure son existence politique par la conflictualisation.

L’essence même du populisme, au-delà de la fabrication d’une opposition entre le peuple et les élites, est de rejeter toute autre forme de pluralité politique. Or, sans pluralisme, il n’y a plus de démocratie.

Peut importe la réalité, sa complexité, sa logique … l’essentiel est d’hystériser les débats, d’être omniprésent sur la scène publique et d’entretenir le peuple dans une sourde colère.

Bénéficiant de la pandémie covid 19, le populisme sanitaire que nous connaissons à l’heure actuelle en France n’est qu’une variante supplémentaire. La France elle-même « Pays des Lumières » ne semble pas échapper à ce virus contagieux. Nous assistons de la part de la grande majorité de la classe politique (de gauche comme de droite), à la prolifération de discours démagogiques et en opposition systématique avec les mesures gouvernementales.

Des discours qui enjambent allègrement la difficulté du moment et le principe de réalité auquel nous sommes confrontés et qui finalement ne sont que des postures.

Et pourtant, il faut bien se rendre à l’évidence : le virus et son évolution sont imprédictibles. Quelques soient les politiques sanitaires qui ont été appliquées, tous les pays d’Europe se retrouvent dans la même situation. Les contaminations explosent, de nouveaux variants apparaissent, les services de santé sont saturés, la pauvreté et les inégalités ne font que s’accroître.

A contrario, en matière de gestion de crise sanitaire, dans tous les pays gouvernés par des dirigeants populistes c’est un désatre : … 24,4 millions de cas aux et 405 000 décès aux Etats Unis (soit plus de décès que lors de la guerre du Vietnam !), 212 000 décès au Brésil, 93 000 aux Royaume unis …..

Certains tenteront de minimiser et dirons que finalement Donal Trump a été battu. Mais ne nous y trompons pas, le trumpisme, ce « populisme 2.0 », n’est pas mort pour autant aux Etats Unis. Au contraire, il s’est renforcé et installé durablement. La défaite de Trump aux élections ne signe donc pas pour autant le déclin du populisme dans cette démocratie.

Certes, en France, nous avons cette chance que les deux pôles populistes ne fassent pas alliance dans une forme d’union sacrée. Mais ne nous y trompons pas, si on réunit le score des deux extrêmes, le populisme est majoritaire en France. Bien que le Trump français n’existe pas ou plutôt qu’il (ou elle) n’a pas encore émergé dans le paysage politique national, ne sous estimons pas la possibilité qu’un front unique aligné et rassemblé sur le rejet puisse un jour accéder au pouvoir.

Le danger est réel car le populisme n’est pas incompatible avec la démocratie. Le populisme n’est pas un régime politique (contrairement au fascisme), mais une stratégie de prise de pouvoir qui se réclame de la démocratie (« la Force du Peuple souverain ! ») et qui se nourrit des échecs de cette dernière pour prospérer.

Mais, en réalité, le populisme est un poison pour la démocratie.

Une souveraineté du peuple sans limite équivaudrait à rejeter le principe de l’équilibre démocratique et de notre République qui garantit notamment la séparation des pouvoirs. Comment alors garantir la notion de liberté et d’égalité ? Le populisme rejette la notion de pluralisme et de diversité et en cela la notion de fraternité. Le mode d’action réactif accompagné d’un discours subjectif est à l’opposé d’une approche analytique et déontologique. Comment dés lors garantir que la décision s’inscrit dans l’intérêt général ?

Le populisme n’est pas l’antidote capable de soigner l’état de fatigue dont notre démocratie témoigne depuis quelques decennies. La solution n’est pas la division, le mépris, la stigmatisation, le conflit ou l’approximation.

A l’échelon national, mais aussi et surout au niveau de la commune qui est le premier échelon de la vie démocratique, l’heure n’est plus aux faux semblants pour les responsables politiques qui se disent démocrates.

A l‘échelle des quartiers on ne dénombre plus le nombre de concertations biaisées dont les décisions sont déjà prises en amont. Et que dire de leur légitimité lorsque ces dernières n’attirent que les militants du premier cercle ? Que dire du nombre de courriers d’habitants qui restent sans réponse ?

Les citoyens ont les yeux ouverts. A force d’être méprisés, de ne pas être écoutés ou de ne pas avoir de réponse, beaucoup malheureusement se laisseront un jour ou l’autre tenter par les discours populistes.

Tant de pratiques et de méthodes sont à changer : nommer les choses, gouverner sans démagogie, redonner de l’espoir, considérer que le citoyen est l’interlocuteur et le premier concerné par la politique, remettre l’égalité mais aussi et surtout la fraternité au cœur de notre démocratie.

Il en va de la conservation et de la protection de notre modèle républicain.

Retrouver un cap collectif

Alors même que la concorde et la solidarité nationale s’imposeraient de manière évidente, on ne compte plus les responsables politiques qui, entre colère feinte, critique systématique, instrumentalisation et postures, alimentent sans cesse la défiance des électeurs à l’égard de la politique tout en croyant tirer des bénéfices électoraux à court terme. Nos gouvernants gèrent comme ils peuvent la crise sanitaire pendant que les oppositions gèrent les polémiques.

D’un côté les pompiers sanitaires, de l’autre, les populistes sanitaires. Ainsi s’ouvre malheureusement la période pré électorale sur fond de crise pandémique mondiale.

Le marketing étant devenu pour beaucoup l’alpha et l’oméga de la politique, les médias sont remplis de mauvais acteurs de série B. De leurs côtés, les « Géo trouvetout », bonimenteurs et autres prédicateurs du « monde d’après » – apparus de-ci-de-là tels des bourgeons avec le confinement du printemps 2020 – se font de plus en plus discrets.

Non contents d’alimenter des polémiques, certains responsables politiques colportent sur les plateaux télé des « fake news » aussi grosses que sont leurs responsabilités. Mensonge, instrumentalisation, incompétence ? … Sans doute tout à la fois.

Mais, en tout état de cause, leurs propos et postures écornent encore un peu plus la démocratie et  contribuent encore un peu plus à creuser profondément la défiance des citoyens vis-à-vis de la politique.

Mais, ne nous y trompons pas, la vie politique française n’est pas seulement constituée par, d’un côté, ceux qui nous gouvernent et, de l’autre, les oppositions. Oppositions qui se cantonnent désormais à susciter l’échec en espérant en tirer profits avec pour seule ligne de mire la fabrication de la prochaine polémique. Entre les deux, il y a cette majorité écrasante de françaises et de français, accaparée par la vie quotidienne, est surtout focalisée par les fins de mois qui est finalement de moins en moins intéressée (voire de plus en plus exaspérée) par cette petites phrases, ces postures, ces coups d’éclat médiatiques, ces controverses et polémiques en tout genre.

Travailler, se loger, se nourrir, éduquer leurs enfants…. voilà les préoccupations de cette majorité de français, qui se tient loin du tintamarre ambiant sans pour autant être ni sourde ni aveugle au triste et affligeant spectacle auquel on assiste dans notre démocratie.

La crise sanitaire a accéléré le déclassement des plus fragiles et des plus démunis. La dégradation des revenus est la plus forte chez les ménages aux revenus les plus faibles. Additionné à cette crise économique, le décrochage scolaire est aussi le plus important dans les milieux défavorisés. Aux 9 millions de citoyens dont les revenus étaient déjà sous le seuil de pauvreté, 1 million de plus est venu s’y ajouter. Et combien encore malheureusement dans les prochains mois ?

Les plus exposés, les plus précaires et les plus fragiles sont invariablement ceux qui subissent le plus la crise de plein fouet.

Depuis le début de cette pandémie, l’Etat a su se montrer fidèle à notre modèle social, il n’en demeure pas moins que la complexité des circuits d’élaboration et de décision liés aux financement des dispositifs de protections sociale est une réalité qui a retardé la mise en place effective de notre modèle républicain. 

Le revenu universel semble dés lors pouvoir constituer un pilier complémentaire efficace pour tenir les promesses d’égalité de fraternité de notre devise républicaine. Le caractère automatique du revenu universel peut en effet constituer un filet automatique de protection permettant d’éviter une chute brutale des revenus et son universalité permettrait de protéger tout les catégories de populations (étudiant, professions libérales, intermittents du spectacles, etc.).

Modes de financement, public concerné etc. sont autant d’aspects et de modalités à discuter mais le sujet mérite d’être mis sur la table.

La crise sanitaire et ses périodes de confinement a aussi profondément modifié pour bon nombre de salariés ou d’entrepreneurs le rapport au travail. D’un management fondé sur la commande et le contrôle, par la force des choses, dans beaucoup de secteurs nous sommes passés à un management fondé sur l’autonomisation et la confiance par le biais du télétravail.

Bien évidement, pour des raisons personnelles ou liées à leur activité, le télétravail n’est pas LA solution miracle pour tous les actifs. Mais en même temps, beaucoup de salariés y ont vu un bénéfice pour leur qualité de vie au quotidien ne serait ce notamment par la diminution des temps de transports. Le nombre « idéal » de journées télétravaillées a augmenté de 1 journée avant le confinement à 2 jours selon un récent sondage. La notion Travail ne doit donc plus être considérée comme un débat d’experts à renfort de tableaux incompréhensibles ou une question idéologique ou une question ramenée sans cesse à sa durée.

Les évolutions de ces quarante dernières années (diminution du temps de travail hebdomadaire, allongement de la durée de cotisation, augmentation de la durée de vie, télétravail, mutation des secteurs d’activités etc.) démontrent que le travail est avant tout une question sociétale qui mériterait une nouvelle vision prenant notamment en compte un équilibre entre vie privée et vie profesionnelle. 

L’heure n’est donc pas aux propositions idéologiques teintées de souverainisme, ni aux propositions toutes plus chimériques et disruptives les unes que les autres, ni aux pantalonnades des indignés permanents.

En ces temps de tempête sanitaire, sociale et économique, l’heure est plus que jamais à la construction de propositions qui intègrent les réalités de notre société actuelle, qui répondent aux besoins de millions de nos concitoyens et qui soient capables de retrouver un cap collectif à notre modèle social, démocratique et républicain.

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