Le populisme, ce faux ami de la démocratie

Hier, le populiste haranguait les foules au café du commerce. Aujourd’hui sa puissance néfaste est amplifiée par les réseaux sociaux et les médias. La bataille des idées a été supplantée par la bataille de la communication.

Au 19ème siècle, il apparait simultanément en Russie, (au travers d’un mouvement socialiste progressiste) et aux Etats Unis (au travers d’un mouvement provincial érigé contre les bourgeois des grands centres urbains pronant à la fois un mouvement nationaliste dont témoigne l’activité du Ku Klux Klan). Autre autre exemple celui de l’Allemangen des années 30 qui a vu le NSDAP dériver vers le nazisme. Le Maccarthysme, le Peronnisme argentin, le poujadisme français puis le populisme Frontiste de Le Pen etc. sont autant de formes de populismes.

L’histoire du populisme depuis la fin du 19ème siècle montre bien cette ambivalence et cette difficulté qu’il y a à le ranger d’un côté ou de l’autre de l’échiquier politique. Ne nous y trompons pas, le populisme n’est ni de gauche ni de droite.

Il y a en réalité autant de populismes que de figures ayant porté ou portant encore le populisme. Le populisme est donc inclassable dans une matrice gauche / droite mais se décline en fonction du contexte : le populisme nationaliste, le populisme néolibéral, le populisme se réclamant des masses populaires etc. Il est tantôt prolétarien, tantôt nationaliste.

Il y a malgrè tout quelques similitudes dans les différentes formes de populisme.

Ce n’est ni la cohérence ni la véracité des propos que tient le populiste qui est importante, c’est la manière dont il le dit. Plus il va le dire de manière outrageuse et indécente, plus sa parole va faire échos et être gage de vérité.

Et puis, finalement, qu’importe la vérité, le populiste nourrit sa stratégie sur la construction d’une opposition entre le peuple et les élites et dit au Peuple ce que ce dernier veut entendre en usant et abusant de sophismes, de contre vérités et de rumeurs. Le faux devient vérité à partir du moment où le populiste le dit.

Mais de quel peuple parle t’on au fait ? le peuple des militants politiques par définition déjà convaincus ? le peuple des urnes ? le peuple de l’abstentionnisme ? le peuple Nation ? etc.

Le caractère poylsémique du terme conforte le populiste lui permettant ainsi de rester dans une zone indéfinie aux contours vagues et peu scrupuleux des valeurs. Car en réalité, pour le populiste, la participation du peuple n’est en rien souhaitable sauf quand les sondages lui sont favorables.

Qu’importe, le populiste ne structure pas son projet politique grâce au débat contradictoire, il structure son existence politique par la conflictualisation.

L’essence même du populisme, au-delà de la fabrication d’une opposition entre le peuple et les élites, est de rejeter toute autre forme de pluralité politique. Or, sans pluralisme, il n’y a plus de démocratie.

Peut importe la réalité, sa complexité, sa logique … l’essentiel est d’hystériser les débats, d’être omniprésent sur la scène publique et d’entretenir le peuple dans une sourde colère.

Bénéficiant de la pandémie covid 19, le populisme sanitaire que nous connaissons à l’heure actuelle en France n’est qu’une variante supplémentaire. La France elle-même « Pays des Lumières » ne semble pas échapper à ce virus contagieux. Nous assistons de la part de la grande majorité de la classe politique (de gauche comme de droite), à la prolifération de discours démagogiques et en opposition systématique avec les mesures gouvernementales.

Des discours qui enjambent allègrement la difficulté du moment et le principe de réalité auquel nous sommes confrontés et qui finalement ne sont que des postures.

Et pourtant, il faut bien se rendre à l’évidence : le virus et son évolution sont imprédictibles. Quelques soient les politiques sanitaires qui ont été appliquées, tous les pays d’Europe se retrouvent dans la même situation. Les contaminations explosent, de nouveaux variants apparaissent, les services de santé sont saturés, la pauvreté et les inégalités ne font que s’accroître.

A contrario, en matière de gestion de crise sanitaire, dans tous les pays gouvernés par des dirigeants populistes c’est un désatre : … 24,4 millions de cas aux et 405 000 décès aux Etats Unis (soit plus de décès que lors de la guerre du Vietnam !), 212 000 décès au Brésil, 93 000 aux Royaume unis …..

Certains tenteront de minimiser et dirons que finalement Donal Trump a été battu. Mais ne nous y trompons pas, le trumpisme, ce « populisme 2.0 », n’est pas mort pour autant aux Etats Unis. Au contraire, il s’est renforcé et installé durablement. La défaite de Trump aux élections ne signe donc pas pour autant le déclin du populisme dans cette démocratie.

Certes, en France, nous avons cette chance que les deux pôles populistes ne fassent pas alliance dans une forme d’union sacrée. Mais ne nous y trompons pas, si on réunit le score des deux extrêmes, le populisme est majoritaire en France. Bien que le Trump français n’existe pas ou plutôt qu’il (ou elle) n’a pas encore émergé dans le paysage politique national, ne sous estimons pas la possibilité qu’un front unique aligné et rassemblé sur le rejet puisse un jour accéder au pouvoir.

Le danger est réel car le populisme n’est pas incompatible avec la démocratie. Le populisme n’est pas un régime politique (contrairement au fascisme), mais une stratégie de prise de pouvoir qui se réclame de la démocratie (« la Force du Peuple souverain ! ») et qui se nourrit des échecs de cette dernière pour prospérer.

Mais, en réalité, le populisme est un poison pour la démocratie.

Une souveraineté du peuple sans limite équivaudrait à rejeter le principe de l’équilibre démocratique et de notre République qui garantit notamment la séparation des pouvoirs. Comment alors garantir la notion de liberté et d’égalité ? Le populisme rejette la notion de pluralisme et de diversité et en cela la notion de fraternité. Le mode d’action réactif accompagné d’un discours subjectif est à l’opposé d’une approche analytique et déontologique. Comment dés lors garantir que la décision s’inscrit dans l’intérêt général ?

Le populisme n’est pas l’antidote capable de soigner l’état de fatigue dont notre démocratie témoigne depuis quelques decennies. La solution n’est pas la division, le mépris, la stigmatisation, le conflit ou l’approximation.

A l’échelon national, mais aussi et surout au niveau de la commune qui est le premier échelon de la vie démocratique, l’heure n’est plus aux faux semblants pour les responsables politiques qui se disent démocrates.

A l‘échelle des quartiers on ne dénombre plus le nombre de concertations biaisées dont les décisions sont déjà prises en amont. Et que dire de leur légitimité lorsque ces dernières n’attirent que les militants du premier cercle ? Que dire du nombre de courriers d’habitants qui restent sans réponse ?

Les citoyens ont les yeux ouverts. A force d’être méprisés, de ne pas être écoutés ou de ne pas avoir de réponse, beaucoup malheureusement se laisseront un jour ou l’autre tenter par les discours populistes.

Tant de pratiques et de méthodes sont à changer : nommer les choses, gouverner sans démagogie, redonner de l’espoir, considérer que le citoyen est l’interlocuteur et le premier concerné par la politique, remettre l’égalité mais aussi et surtout la fraternité au cœur de notre démocratie.

Il en va de la conservation et de la protection de notre modèle républicain.

Retrouver un cap collectif

Alors même que la concorde et la solidarité nationale s’imposeraient de manière évidente, on ne compte plus les responsables politiques qui, entre colère feinte, critique systématique, instrumentalisation et postures, alimentent sans cesse la défiance des électeurs à l’égard de la politique tout en croyant tirer des bénéfices électoraux à court terme. Nos gouvernants gèrent comme ils peuvent la crise sanitaire pendant que les oppositions gèrent les polémiques.

D’un côté les pompiers sanitaires, de l’autre, les populistes sanitaires. Ainsi s’ouvre malheureusement la période pré électorale sur fond de crise pandémique mondiale.

Le marketing étant devenu pour beaucoup l’alpha et l’oméga de la politique, les médias sont remplis de mauvais acteurs de série B. De leurs côtés, les « Géo trouvetout », bonimenteurs et autres prédicateurs du « monde d’après » – apparus de-ci-de-là tels des bourgeons avec le confinement du printemps 2020 – se font de plus en plus discrets.

Non contents d’alimenter des polémiques, certains responsables politiques colportent sur les plateaux télé des « fake news » aussi grosses que sont leurs responsabilités. Mensonge, instrumentalisation, incompétence ? … Sans doute tout à la fois.

Mais, en tout état de cause, leurs propos et postures écornent encore un peu plus la démocratie et  contribuent encore un peu plus à creuser profondément la défiance des citoyens vis-à-vis de la politique.

Mais, ne nous y trompons pas, la vie politique française n’est pas seulement constituée par, d’un côté, ceux qui nous gouvernent et, de l’autre, les oppositions. Oppositions qui se cantonnent désormais à susciter l’échec en espérant en tirer profits avec pour seule ligne de mire la fabrication de la prochaine polémique. Entre les deux, il y a cette majorité écrasante de françaises et de français, accaparée par la vie quotidienne, est surtout focalisée par les fins de mois qui est finalement de moins en moins intéressée (voire de plus en plus exaspérée) par cette petites phrases, ces postures, ces coups d’éclat médiatiques, ces controverses et polémiques en tout genre.

Travailler, se loger, se nourrir, éduquer leurs enfants…. voilà les préoccupations de cette majorité de français, qui se tient loin du tintamarre ambiant sans pour autant être ni sourde ni aveugle au triste et affligeant spectacle auquel on assiste dans notre démocratie.

La crise sanitaire a accéléré le déclassement des plus fragiles et des plus démunis. La dégradation des revenus est la plus forte chez les ménages aux revenus les plus faibles. Additionné à cette crise économique, le décrochage scolaire est aussi le plus important dans les milieux défavorisés. Aux 9 millions de citoyens dont les revenus étaient déjà sous le seuil de pauvreté, 1 million de plus est venu s’y ajouter. Et combien encore malheureusement dans les prochains mois ?

Les plus exposés, les plus précaires et les plus fragiles sont invariablement ceux qui subissent le plus la crise de plein fouet.

Depuis le début de cette pandémie, l’Etat a su se montrer fidèle à notre modèle social, il n’en demeure pas moins que la complexité des circuits d’élaboration et de décision liés aux financement des dispositifs de protections sociale est une réalité qui a retardé la mise en place effective de notre modèle républicain. 

Le revenu universel semble dés lors pouvoir constituer un pilier complémentaire efficace pour tenir les promesses d’égalité de fraternité de notre devise républicaine. Le caractère automatique du revenu universel peut en effet constituer un filet automatique de protection permettant d’éviter une chute brutale des revenus et son universalité permettrait de protéger tout les catégories de populations (étudiant, professions libérales, intermittents du spectacles, etc.).

Modes de financement, public concerné etc. sont autant d’aspects et de modalités à discuter mais le sujet mérite d’être mis sur la table.

La crise sanitaire et ses périodes de confinement a aussi profondément modifié pour bon nombre de salariés ou d’entrepreneurs le rapport au travail. D’un management fondé sur la commande et le contrôle, par la force des choses, dans beaucoup de secteurs nous sommes passés à un management fondé sur l’autonomisation et la confiance par le biais du télétravail.

Bien évidement, pour des raisons personnelles ou liées à leur activité, le télétravail n’est pas LA solution miracle pour tous les actifs. Mais en même temps, beaucoup de salariés y ont vu un bénéfice pour leur qualité de vie au quotidien ne serait ce notamment par la diminution des temps de transports. Le nombre « idéal » de journées télétravaillées a augmenté de 1 journée avant le confinement à 2 jours selon un récent sondage. La notion Travail ne doit donc plus être considérée comme un débat d’experts à renfort de tableaux incompréhensibles ou une question idéologique ou une question ramenée sans cesse à sa durée.

Les évolutions de ces quarante dernières années (diminution du temps de travail hebdomadaire, allongement de la durée de cotisation, augmentation de la durée de vie, télétravail, mutation des secteurs d’activités etc.) démontrent que le travail est avant tout une question sociétale qui mériterait une nouvelle vision prenant notamment en compte un équilibre entre vie privée et vie profesionnelle. 

L’heure n’est donc pas aux propositions idéologiques teintées de souverainisme, ni aux propositions toutes plus chimériques et disruptives les unes que les autres, ni aux pantalonnades des indignés permanents.

En ces temps de tempête sanitaire, sociale et économique, l’heure est plus que jamais à la construction de propositions qui intègrent les réalités de notre société actuelle, qui répondent aux besoins de millions de nos concitoyens et qui soient capables de retrouver un cap collectif à notre modèle social, démocratique et républicain.

Il n’y a point de liberté et d’égalité sans fraternité

La fraternité apparait aujourd’hui comme portion congrue aux yeux de l’opinion publique malgré quelques sursauts de ferveurs collectives comme ceux suite à l’assassinat de Samuel Paty, la commération du massacre de l’équipe de Charlie Hebdo ou encore les attentats antisémites de l’hyper cacher.

La moitié des français placent la liberté comme le terme le plus important à leurs yeux, un tiers l’égalité et enfin seulement un français sur dix estime que la fraternité est essentielle.

Et pourtant, la devise inscrite aux frontons de notre République n’est pas écrite verticalement, ce qui pourrait laisser supposer une hierarchie, …. mais horizontalement, mettant ainsi au même niveau ces trois valeurs et principes.

La fraternité apparait dés 1793 sur le fronton de l’hôtel de Ville, imposée par la Commune « La république une et indivisible – Liberté, Egalité, Fraternité ou la mort ». Ce n’est pourtant qu’en 1848 sous la deuxième république que la Fraternité associé à la devis Liberté, Egalité s’impose dans la constitution pour être effacée par le retours du Second Empire et revenir de manière stable sous la troisième République en 1880 et être inscrite durablement par la Constitution de 1946.

Ce fut le terme le plus délicat à intégrer au tryptique fondamental de notre République tant les interprétations et origines de ce terme furent multiples.

Cette valeur est aussi définitivement ancrée dans la Déclaration universelle des Droits de l’Homme de 1948 « Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres en esprit de fraternité »

En 2018, le Conseil Constitutionnel français reconnait le troisième terme de la devise républicaine comme principe à valeur constitutionelle.

Contrairement, ou plutôt de manière complémentaire à la Liberté et à l’Egalité, la Fraternité est une obligation morale et non une obligation légale.

Edgar Morin disait : « la liberté peut être instituée. L’égalité peut être imposée. Mais la fraternité ne s’établit pas par une loi, ni ne s’impose par l’État ! »

La Fraternité n’a pas force de loi et n’est pas non plus un acte spontané.

Néanmoins notre République porte en elle ce projet d’union nécessaire entre les être humains, pré requis aux valeurs de respect, de tolérance et de solidarité innérentes à la paix de notre communauté.

L’égalité, si imparfaite voir parfois impossible soit elle, est néanmoins nécessaire car une société inégalitaire est vouée aux tensions et entraine un sentiment d’injustice. L’égalité c’est d’abord être égaux en droits et en devoirs, ce qui permet la liberté. C’est aussi d’égalité des chances dont il est question : chacun est différent, mais le système doit offrir à tous les mêmes chances de réussite.

Néanmoins, on sent bien qu’un excès d’égalité qui se fonderait dans une recherche d’uniformité nuirait à la liberté. Le meilleur exemple n’est il pas celui des anciens régimes derrière le rideau de fer ?

A l’inverse, la liberté menée jusqu’à l’individualisme mène invariablement à un creusement des inégalités comme nous le constatons dans les sociétés ou règne le libéralisme. Pour employer les mots de Paul Bert, l’excès de liberté conduit à l’égoïsme. Nous pourrions ajouter que l’excès d’égalité mène à l’égalitarisme donc à la privation de la liberté dont la première possibilité est d’être ce que nous sommes, ce qui nous défini comme être unique.

Il revient alors à la Fraternité de constituer ce lien d’équilibre entre liberté et égalité, de les réconcilier tout en les mettant dans une même perspective afin de préserver le contrat social de notre République.

La fraternité englobe mais dépasse dans sa valeur universaliste et humaniste la notion de solidarité qui elle, a pour objet de réduire les inégalités. Une société fraternelle est une société ou chacun prend soin de l’autre, de tout autre.

La fraternité implique donc un contact immédiat avec les personnes, la reconnaissance de l’autre qu’il soit différent de moi ou égal à moi. Différent parce que chacun est unique. Égal parce qu’au fond nous sommes toutes et tous de la même famille : l’humanité.

Ne soyons pas naïfs non plus pour autant. Nous voyons effectivement que dans beaucoup de pays les libertés reculent, les inégalités se creusent et la fraternité recule.

Nos société démocratiques ne sont pas non plus épargnées. Sur fonde crise sanitaire mondiale, en France, pas un jour ne se passe sans qu’une polémique ne surgisse, savament entretenue par certains médias ou responsables politiques.

La radicalité devient même parfois de plus en plus le champ d’expression supplantant le débat démocratique. Le discours de la rupture est mis au premier plan par des responsables politiques. Un processus de radicalisation de la vie et de l’action politique entrainant inévitablement une fragmentation communautaire, s’installe progressivement au détriment du débat.

Or la radicalisation est l’ennemi de la fraternité dans le sens où elle pose en postulat que la différence doit être envisagée comme une rupture et un affrontement.

La radicalité c’est l’exact opposé de la capacité à se mettre à la place de l’autre, à considérer l’avis de l’autre non pas comme adverse mais mais complémentaire. C’est l’opposé de la Fraternité.

Car c’est bien cette capacité à se mettre à la place de l’autre qui est le moteur de la compréhension, de la bienveillance et de l’apaisement.

Refusons que la Fraternité soit reléguée en second plan, qu’elle soit l’oubliée de notre devise nationale dans un monde devenu de plus en plus individualiste.

Face à ce tumulte et en opposition à celles et ceux qui veulent nous diviser, interrogeons nous sur ce qui fait que chacun de nous est un tout indivisible non pas « à cause de » mais « grâce à » nos origines, notre culture, notre éducation, notre religion, nos préférences sexuelles, nos modes de vie et de consommation.

Interrogeons nous sur les différences qui doivent nous relier et non pas nous diviser.

La Fraternité est un combat. Assumons le collectivement.

« La fraternité a pour résultat de diminuer les inégalités tout en préservant ce qui est précieux dans la différence. » Albert Jacquard 

En 2021, immunisons nous collectivement grâce au vaccin de la solidarité

2020 s’achève. Nous sommes pressés de rentrer dans 2021 à grandes enjambées, d’oublier cette année si particulière qui porte en elle les stygmates d’un lourd bilan humain mais aussi les germes d’une crise sociale et économique qui se profile. Cette période aura aussi été un révélateur et un catalyseur du complostime nourrissant la défiance qui progressivement érode la démocratie.

La France n’a jamais été aussi féconde de ces « yaka fo kon », experts en tout et spécialistes en rien, médecins des plateaux de télévision, politiques, polémistes etc. qui s’indignent que tout ne vas pas assez vite pour, le lendemain craindre que trop ne soit fait. Certains en font leur terreau électoral alors que la période exigerait un sens des responsabilités au service de l’intérêt général.

Nous pourrions continuer à croire aux fadaises et autres galimatias de ces alchimistes en costume cravate écumant les plateaux télé, laissant croire que la fausse bonne solution est de leur côté et que le jugement suprême est arrivé et continuer à broyer du noir.

Mais nous pourrions surtout nous arrêter un instant, et songer à cette épreuve que nous avons franchi collectivement depuis le printemps dernier. Pour peu que nous soyons capable de laisser de côté un instant notre pessimisme savament entretenu par les charlatans, marabous et médias en tout genre, nous serons alors en capacité de mesurer notre capacité à vivre malgrè tout que cette épreuve nous a finallement apporté et donc l’espoir qu’elle porte en elle.

Sous l’effet du nécessaire confinement du printemps, le temps s’est subitement arrêté. Ce temps rythmé par notre quotidien effrené nous empêchant bien souvent de comprendre, écouter, sentir et voir le monde qui nous entoure. Pour beaucoup, cette parenthèse a été l’occasion de faire les diagnostics nécessaires sur des existences malmenées par le tumulte quotidien des réunions, des embouteillages. Nous nous sommes alors, par contrainte, réinterrogés sur nos modes de consommation, de vie, de déplacements, sur nos rapports à la familles et aux autres. Le confinement, au-delà de nous isoler, nous a pour la plupart consciemment ou inconsciemment permis d’atteindre les confins de territoires jusque là inexplorés : nos territoires individuels.

Touchés individuellement, nous avons ainsi pris conscience des autres. L’expression « prend soin de toi » à remplacer le « cordialement » dans nos échanges. La bienveillance a parfois repris le dessus sur la convenance.

D’un point de vue collectif, au quotidien des hommes et des femmes se sont mis aux service des plus démunis. Des réseaux d’entraides se sont organisés à l’échelle du voisin, d’un quartier, d’une ville.

Chacun a alors pris conscience de l’utilité des « invisibles » oeuvrant chaque jour dans les hopitaux, dans les services de collectes des ordures ménagères, à la caisse des supermarchés sans qui la continuité de la vie n’aurait pas été possible.

Cette crise aura aussi accéler d’autres évolutions. La digitalisation accélérée de nos modes de vie avec le télétravail, les réunions en visioconférences, le clique et collecte, les livraisons à domiciles. A côté de ces mutations de notre mode de vie, cette crise aura décuplé la prise de conscience sur la question écologique. Ne laissons pas de côté ces évolutions de société et ces prises de conscience lettre morte. Ne laissons pas en jachère des mutations positives possibles sur nos modes de vie que cette crise sanitaire nous a laissé apercevoir. Sachons transformer les contraintes en atouts.

C’est aussi la place et le rôle de l’Etat dont il est question. Avec ses imperfections, le « quoi qu’il en coûte » a permis de sauver nombre d’emploi, de secteurs d’activité. Nous avons tous redécouvert un état interventionniste au service du citoyen dans les domaines économique et social, l’Etat Providence.

Bien sûr que les dispositifs d’accompagnements ne sont pas parfaits, quel dispositif l’est d’ailleurs ? Mais ils sont sans précédents par la réactivité de leur mise en place ainsi que le volume des investissements (470 Milliards d’Euros de soutien pour soutenir les entreprises, les TPE/PME et les salariés). Certains diront que cela prouve que l’austérité est donc savament entretenue, d’autres diront que ce seront autant de dettes laissées à nos enfants …

Voyons y plutôt l’empreinte de ce qui a construit notre modèle social depuis des décennies fondé sur le principe de solidarité grâce à un Etat solide et un service public irremplaçable. Les services publics dont la santé, l’éducation n’ont pas failli face à la responsabilité et au choc du moment.

Le modèle français,unique au monde, né au lendemain de la seconde la guerre mondiale sous l’impulsion du Conseil National de la Résistance.

Prenons ainsi le temps pendant cette période de nous retourner sur cette année sombre pour y puiser les lueurs qui pourront éclairer le chemin de demain. Ces lueurs faites de sursaut et d’espoir. Le dernier espoir en date étant le vaccin. Fabuleux exploit de l’humanité qui, en moins d’un an, grâce à la recherche scientifique nous permet collectivement de voir la lumière au bout du tunnel.

Mais ce vaccin ne sera pas un remède à tout. Il ne sera pas un remède contre la crise économique et sociale qui se profile.

Notre capacité à agir collectivement, la continuation de notre empathie envers les plus fragiles, notre capacité à résister collectivement seront autant d’enseignements pour l’avenir.

Choisissons le loup que nous voulons nourrir.

Celui qui nous aidera à apporter de l’espoir, de l’amour, de la joie, de l’humanité, de la fraternité, de la bienveillance et de la solidarité.

Un vieux chef Cherokee a enseigné ceci sur sa vie à son petit fils :
– Il y a un grand combat qui se passe à l’intérieur de nous tous, lui dit- il. Et c’est un combat entre deux loups l’un est le mal, il est colère, l’envie, culpabilité, tristesse et ego, et l’autre est bon, il est joie, amour, espoir, vérité et foi.
Le petit fils demande :
– Quel est le loup qui gagnera ? 
Et le chef répondit :
– Celui que tu nourris.

La citoyenneté, un remède contre l’hystérisation

Dans un monde secoué par la crise sanitaire, notre pays n’a pas été épargné.

Ce moment n’a pas révélé, mais accéleré un processus de décomposition de la cohésion collective et d’effritement de la démocratie.

La violence verbale ou physique devient l’expression politique majoritaire mais aussi celle dans le champ des revendications. Pas une manifestation ne connaissant pas la violence et la casse. Notre société est minée par la radicalité.

La radicalité de la pensée, du propos et du geste.

Qu’il s’agisse de religion, de politique, de tenue vestimentaire, de pratique alimentaire etc. chacun veut imposer à l’autre ce qu’il est ou pense sans autre forme de débat que le procès d’intention accompagné souvent par le mépris de toute autre pensée.

Le drapeau de la communauté est brandit pour exiger « le droit à …. » sans pour autant s’interroger sur « le devoir à … » de tout à chacun en qualité de citoyen.

Lentement mais surement, la cohésion s’effiloche et vole en éclat. La République recule pas à pas jusqu’à en être réduite à ne devenir plus qu’un symbole ravivé le temps d’une commémoration, un deuil national ou une grande victoire sportive.

Progressivement, l’acte individuel ou celui d’une communauté fut elle groupusculaire, prennent progressivement le pas sur le citoyen et la valeur collective.

Seulement, il ne peut y avoir de cohésion sociale dans le respect de nos différences si la valeur individuelle prend le pas sur la valeur collective, sur ce qui fonde nation et concorde.

Dans le même temps, l’hystérisation sans doute catalysée par les réseaux sociaux, la tentation de parler cash, augmente encore plus cette archipelisation de notre société.

Certains représentants politiques ont même fait le pari d’une stratégie de l’hystérisation et de la violence verbale comme marqueur. Flatter les colères en laissant de côté le débat d’idée et les propositions. Les médias portent aussi leur part de responsabilité en invitant régulièrement sur les plateaux téléles artisans de la division contribuant ainsi à une zemmourisation des esprits.

En réalité derrière cette hystérisation, il y ceux qui monétisent la violence pour en tirer profit au fil de l’audimat et ceux l’électoralisent pour en tirer le pouvoir.

L’instant politique est fragile, comme suspendu, prêt à basculer vers le populisme qu’il soit d’extrème droite ou d’extrême gauche. Il repose sur une stratégie d’opposition entre « eux et nous » sur un clivage entre la classe dirigeante et le peuple. Il cultive le déni de réalité, le primat des émotions sur la raison, le mépris pour la science.

Mais ne nous y trompons pas, cette voie du populisme est une triple impasse : démocratique, sociale et économique.

Alors, et nous dans cette histoire ?

Que sommes nous capables d’apporter individuellement face aux maux de notre société que sont l’égo, la colère, le mépris, l’hystérisation ?

Sans doute cette capacité individuelle qui réside au fond de chacun de nous à faire preuve de civilité, de civisme et de solidarité afin que le droit qui nous est donné d’être citoyen se traduise en devoir.

Et la Fraternité, bordel !

Une drôle d’époque que celle que nous vivons.

Chacun y va de son diagnostic et pourtant personne ne semble trouver de solution.

Les fins de discussions se finissent souvent par un « D’accord mais après .. on fait quoi ? ». Question qui amène souvent à cette réponse « C’est compliqué ».

Les uns proposent la décroissance, d’autres la collapsologie, d’autres encore l’abolition du capitalisme et d’autres encore, le repli sur soi. Un florilège de solutions simplistes qui n’en sont pas.

Se pourrait il que nous soyons condamnés à errer de constats en constats sans jamais entrevoir ne serait ce que l’once d’une solution, passant d’une impasse à une autre ? Notre société, et plus particulièrement notre nation serait elle condamnée à assister impuissant à la montée en puissance de la défiance, à l’irruption de la violence, à la désagrégation de ce qui fonde nation et république ?

L’érosion de notre cohésion est manifeste et parfois (trop souvent même) alimentée par des élus qui pourtant ont le rôle et la responsabilité d’être les gardiens de la concorde nationale.

L’histoire a montré que les causes des crises sont souvent multiples. On peut dés lors penser que les remèdes seront eux aussi pluriels.

Seulement voilà, nous en sommes trop souvent réduit à attendre la personne providentielle qui a elle seule, et seulement par sa présence, permettra à notre société de surmonter ses maux, ses crises. C’est pourtant oublier que la personne providentielle n’existe pas. Et fort heureusement ! Cela laisse encore et toujours le champ libre à l’addition des forces individuelles que nous sommes les uns et les autres et à un potentiel infini de regroupement en collectifs aussi divers que variés.

Face au mal qui ronge progressivement nos démocratie et laisse ainsi peu à peu la place aux discours simplistes et populistes, face à cette fissuration des communautés entretenue par certains « aux petits pieds » pour des visées électoralistes de court terme, il importe de rappeler avec urgence les valeurs de la citoyenneté que sont le civisme, la civilité et la solidarité.

Et qui mieux que le monde associatif permet d’être à la fois l’artisan et le ciment de cette citoyenneté ? Il faut dés lors redonner des moyens concret à l’acte de bénévolat et recoudre le lien d’une citoyenneté active. Nous sommes en effet chacun une partie de la solution.

Les associations jouent en effet un rôle considérable dans le maintien de la cohésion et du lien social. Il y a plus de 20 millions de français et françaises regroupés au sein d’associations se déclarant bénévoles. En France, le nombre d’associations recensé par l’INJEP est d’environ 1,50 millions. Ce sont 1,8 millions d’emplois concernés. Entre 2011 et 2017 se sont crée plus de 25 000 associations par an. Ce chiffre ne fait que démontrer la vitalité du tissu associatif et sa nécessité.

Assister à une distribution organisée par des associations caritatives (restos du cœur, Petits frères des pauvres, etc..) permet instantannément de prendre la mesure du désastre humain qui s’ensuivrait si ces associations n’existaient plus.

De même, il convient de prendre la mesure de l’importance des associations d’aides au devoirs, de sports, de loisirs et d’arts créatif etc. Ces associations regroupent des millions de bénévoles qui concourent quotidiennement à forger des citoyens par l’apprentissage de la solidarité, de la civilité, du partage et de l’entre aide, c’est-à-dire de la citoyenneté.

le copain Karim, animateur à ACEM quartier Branly Boissière.

C’est pas beau cette joie des enfants ?

La crise sanitaire a mis un coup d’arrêt au déploiement de bon nombre de décisions politiques. Des mesures de crises et d’urgence ont légitimement été prises. Puisse venir le temps où, au sortir de cette crise, une politique dotée de moyens soit relancée pour le secteur associatif. Aux côtés de l’Etat, les communes ont aussi un rôle à jouer par le biais des subventions pour consolider l’action associative. Au sortir de cette crise, des moyens importants seront à envisager à destination des associations.

La complexité des des organisations et des circuits de décisions, alliée à la disparation progressive de la puissance publique dans certains quartiers, a progressivement rendu vital la présence des associations, ces organisations à hauteur d’hommes et de femmes. Le rôle des associations en faveur de l’insertion, de l’accompagnement des personnes isolées, des personnes handicapées etc n’en a été alors rendu que plus nécessaire.

Notre modèle de société ne sera préservé que si et seulement si la fraternité est renforcée.

Et qui mieux que les associations est le vecteur de cette fraternité ?

En renforçant et donnant à la fraternité les moyens d’agir, ce sont tous les maillons de la chaîne de solidarité qui seront renforcés, seule levier capable de de lutter contre la violence sociale, la précarité et l’exclusion. Le pilier républicain de la fraternité n’est pas des moindre car sans fraternité, point de liberté et point d’égalité.

A la question « on fait quoi ? », Il existe déjà une solution. Celle qui consiste à s’engager individuellement en venant apporter sa pierre à l’édifice collectif. C’est peut être ainsi que progressivement, les uns à côté des autres, nous serons capables de résister. Non pas seulement pour nous, mais aussi pour les autres .. les plus fragiles, les plus précaires, les plus exclus.

Lien vers le site associations Ville de Montreuil : https://www.montreuil.fr/vie-associative/annuaire-des-associations

Branly Boissière, mon quartier, mes racines

L’usage du mot Boissière est très courant en France, notamment en Languedoc et en Normandie, c’est un toponyme désignant un lieu abondant en buis. … C’est un toponyme désignant une élévation de terrain, une petite colline (dérivé de l’occitan bonha = bosse).

Appellation pertinente pour ce quartier dont le point le plus haut culmine à 66m d’altitude.

L’autre partie du nom de ce quartier reste plus floue. Sans doute héritée du célèbre Physicien Edouard Branly qui n’est autre que l’inventeur de la TSF. En tout cas, je peux témoigner qu’en 1916 lors de l’installation de mes arrières grands parents à Montreuil, la rue Edouard Branly existait déjà.

L’histoire (bien modeste) de la famille MONTARON à Montreuil débute vers 1916-20, , lorsque Pierre MONTARON, agriculteur en Bourgogne arrive à Montreuil, contraint de partir de sa région natale à cause du chômage et de la crise économique qui suivie la fin de la première guerre mondiale. La famille MONTARON sans nul doute originaire dans des temps reculés de la commune MONTARON dans la Nièvre.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Montaron

C’est sur Montreuil, lors d’un bal populaire guinguette qu’il rencontre Léonie Hortense MOLECOT elle même née à Anost en Saöne et Loire en 1891. Ils décident de se marier au début du 20ème siècle et ont un fils Marcel (mon grand père paternel).

L’histoire de la famille est on peut le constater très intimement liée à la Bourgogne et au terroir Français. Est ce bien ? est ce mal ? en tout cas c’est ainsi.

Ensemble, ils font l’acquisition d’un bout de parcelle rue Edouard Branly (cadastrée E123 cis 204 rue Branly actuellement mais dénommé rue Boissière en 1926) et se lance dans la construction de ce qui devait être une partie de la maison familiale d’aujourd’hui.

Il font plus tard en 1945 l’acquisition de la parcelle mitoyenne E143 auprès de Louis Charles VOLIET.

C’est lorsque Marcel Emile MONTARON, le seul fils de Pierre et Léonie, construit une extension sur la côté sud dans les années 40-50, que la maison prend sa configuration actuelle et que le regroupement des parcelles prend le numéro 202 bis.

Marcel MONTARON ayant rencontré Lucie MONFORT dans les années 30, ils décidèrent de leur union en 1932 à l’église de Saint Maurice de la Boissière.

Eglise Saint Maurice de la Boissière vers …….. 1940 ?

Plus tard, Lucie posséda même une épicerie au coin de la rue Branly et du Boulevard de la Boissière dans les années 50/60. Mon grand père, Pierre étant peintre en bâtiment. Autant vous dire que les frigos étaient souvent vides au milieu du mois.

Echoppe de ma grand mère Lucie MONTFORT au 210 Bld Boissière
le 210 Bld Boissière en 2020

Pour poursuivre rapidement, c’est en 1941 que nait mon Oncle Jean Paul et en 1946 que nait mon père Christian.

En 1968, au décès de ma grand mère paternel Lucie MONTARON née MONFORT, mon père Christian et mon oncle Jean Paul (lui même décédé en 2016) héritent de l’ensemble des biens.

Une histoire pas simple non plus faite de privations. en effet, au décès de mon grand père (Marcel) en 1955, mon oncle Jean Paul – alors âgé de 14 ans – devient soutien de famille et doit alors arrêter ses études pour aller travailler et subvenir au besoin du foyer constitué alors par ma grand mère Lucie et mon père Christian (alors âgé de 6 ans). De même, après son certificat d’étude, à l’âge de 14 ans, mon père Christian doit lui même travailler pour subvenir aux besoins du foyer. Des destins brisés pour des enfants pourtant brillants qui étaient inscrits à l’école Boissière. Toute sa vie, mon père gardera profonde cette blessure provoquée par l’injustice de la vie, lui pourtant si brillant à l’école et destiné aux études supérieures, et malgré tout obligé d’arrêter l’école.

L’histoire continue aujourd’hui puisque moi même je suis né le 15 septembre 1975 à l’hôpital André Grégoire et ai toujours vécu au 202 bis Branly qui accueille aujourd’hui mes 3 enfants.

Cinq générations de MONTARON peuple donc depuis 1926 le 202 bis rue Branly.

Entendons nous bien, cela ne fait pas de moi « un meilleur montreuillois » que d’autres. Non, mais cela fait fait de moi un montreuillois attaché à sa commune ne serait ce que parce qu’une partie de l’histoire de ma famille réside à Montreuil.

cartes municipalités communistes années 40/50

Mes racines sont à Montreuil vous l’aurez compris. Des racines à la fois paysannes, ouvrières et urbaines. Vous l’aurez compris je ne suis pas né avec une cuillère en argent. (Je dois même préciser que je suis le seul MONTARON à avoir eu son bac et à avoir fait des études supérieures).

Voilà une partie de mon histoire (l’autre partie de ma famille, du côté de ma mère étant un héritage différent puisqu’il s’agit d’une famille « Pieds noirs » …. un autre pan de l’histoire de france …).

Ce mélange de deux terroirs Français qui ont au cours de l’histoire de France souvent marqué leur indépendance à la couronne royale d’alors. Peut être est ce de là que vient mon caractère ?

Mais surtout, et plus sérieusement, je me plais à rappeler que moi même finalement je suis le produit d’une certaine forme d’immigration francilienne. Car n’oublions qu’avant guerre et un peu après, Paris et sa banlieue fut aussi peuplée grâce à l’arrivée de ces provinciaux obligés de quitter leur terre natale à cause du chômage.

Je suis donc un héritier de de cette France laborieuse, paysanne et ouvrière à la fois, laïque et socialiste par mon arrière grand père Pierre et bigote par ma grand mère Lucie bretonne de naissance. J’aime faire référence à Don Camillo et Peponne lorsque je pense à cette France d’avant.

« Cette France du granit qui produit le curé et cette France du calcaire qui produit l’instituteur ».

Pourquoi avoir saisi ces quelques mots ? Sans nul doute pour rendre hommage à la mémoire de mes aïeuls et tenter de contribuer à ce qu’elle ne s’efface pas.

D’où que nous venons nous ne devons jamais oublier nos racines car ce sont elles qui font ce que nous sommes.

A Montreuil, quand la laïcité devient courtier du culte

La déclaration de cet édile, (sic « L’article 1 de la loi de 1905 nous oblige à garantir le libre exercice du culte ») associé à l’acte de préemption tenté par la municipalité de Montreuil (débouté par le tribunal par ailleurs) doit nous rappeler que si la République garantit certes le libre exercice des cultes, ce n’est pas autant que la République doit favoriser par un quelconque moyen financier l’exercice du culte. L’Etat ne subventionne en effet aucun culte.

Rappelons quelques éléments essentiels de la loi de 1905.

 » La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte. En conséquence, à partir du 1er janvier qui suivra la promulgation de la présente loi, seront supprimées des budgets de l’Etat, des départements et des communes, toutes dépenses relatives à l’exercice des cultes (…). « .

« les collectivités publiques peuvent seulement financer les dépenses d’entretien et de conservation des édifices servant à l’exercice public d’un culte dont elles sont demeurées ou devenues propriétaires lors de la séparation des Eglises et de l’Etat ou accorder des concours aux associations cultuelles pour des travaux de réparation d’édifices cultuels et qu’il leur est interdit d’apporter une aide à l’exercice d’un culte« .

De la part d’un élu de la République, sortir de son contexte et de manière seulement partielle l’article 1 de la loi de 1905 c’est, soit faire preuve de cécité malencontreuse, soit faire preuve d’une volonté de brouiller les cartes. Peut être est ce un mélange des deux ..?

Concernant le moyen, c’est à dire l’acte de préemption décidé par la Mairie, je ne commenterais pas le litige financier qui oppose les vendeurs et la municipalité car vous l’aurez compris, ce n’est pas l’objet de cet article et, ce point ne doit pas être un écran de fumée destiné à masquer le véritable fond de l’affaire qui est la manière dont certaines municipalité interprètent les principes de laïcité.

En effet, au travers d’une préemption, la municipalité prend la décision d’acquérir un terrain pour ensuite le revendre à une association. Mais cet acte administratif (la préemption) n’induit pas autre chose que l’utilisation de fonds publics dont du denier public.

Nous rappelons que juridiquement « Un droit de préemption est un droit légal ou contractuel accordé à des personnes privées ou publiques d’acquérir un bien par priorité à toute autre personne et ce lorsque le propriétaire manifeste sa volonté de le vendre. ».

Il s’agit donc bien d’un mécanisme administratif et juridique impliquant notamment l’utilisation de deniers, en l’occurrence public. La qualification en espèce d’une processus de financement du culte, même indirect, n’aura donc échappé à personne.

La confusion est d’autant plus forte que l’élu emploie les termes « d’équipements publics et d’intérêt général » pour qualifier le projet d’extension de locaux de la mosquée . Encore une fois, c’est jouer sur les mots (les maux aussi ..) et le juge ne s’y est pas trompé :

 » ni l’extension d’un édifice cultuel ni celle du parking réservé aux fidèles ne sauraient constituer la réalisation d’un équipement collectif « , qu’il n’apparaît pas que  » les salles de classe et de conférence ainsi que la bibliothèque ne seront pas affectées à un établissement d’enseignement supérieur  » et qu’  » en conséquence, aucune des opérations envisagées ne constitue une opération d’aménagement au sens de l’article L. 300-1 du code de l’urbanisme « .

Lien vers le jugement du CAA versailles 10 cotobre 2020

.https://www.legifrance.gouv.fr/ceta/id/CETATEXT000042400812?tab_selection=cetat&searchField=ALL&query=montreuil+mosqu%C3%A9e&page=1&init=true&dateDecision=

Depuis, l’élu a déclaré publiquement : « Depuis l’article du Parisien, parce qu’il s’agit d’une mosquée, je reçois des messages inacceptables et contraires aux valeurs de la République » (sic G le Chequer).

Non, Monsieur, c’est votre déclaration qui est inacceptable car elle tente de jeter un discrédit sur celles et ceux qui, au nom du principe de laïcité et de la république, ne soutiennent pas ce projet. Il ne s’agit nullement de défendre la laïcité en réaction contre une communauté particulière (en l’occurrence la communauté musulmane) comme vous tentez de le faire croire. Il s’agit de rappeler de manière intrinsèque les principes de la laïcité dont vous êtes un émissaire, plus que tout autre citoyen à cause de votre mandat d’élu de la République. Rien de plus, rien de moins.

Bien évidement, vous l’aurez compris, la stratégie est simple : accuser d’islamophobie les défenseurs de la laïcité, les accuser sur les réseaux sociaux d’être d’extrême droites et racistes aux fins de les stigmatiser et discréditer leur position. Créer ainsi un amalgame. La ficelle est grosse. Et si on suit ce raisonnement jusqu’au bout de l’absurde, alors pourquoi la municipalité de Montreuil ne porte t’elle pas plainte contre le juge pour racisme non plus ?

En revanche, on est en droit de s’interroger sur les motifs qui pousse depuis maintenant 2006 (projet initié par Jean Pierre Brard alors) la municipalité à défendre ce projet et à aller jusqu’au conseil d’état en appel du CAA de Versailles à grand frais d’honoraires d’avocat (financés par le denier public eux aussi).

La gestion publique de l’eau, un simulacre de démocratie à Montreuil

La question de la gestion publique ou privée de l’eau potable est tout sauf un sujet qui doit être envisagé sous la seule lorgnette idéologique.

La question est multiple : technique, financière, sociale et démocratique.

Depuis 2015, les EPT sont devenus compétents en matière de gestion de l’eau potable. La compétence est alors transférée des communes aux territoires avec application en 2020. Est Ensemble est ainsi substitué aux communes et devenait ainsi compétent pour décider de prolonger ou non l’adhésion au SEDIF au 31 décembre 2017.

Depuis le 31 décembre 2017, Est Ensemble a réhadéré au SEDIF pour les communes de Bobigny et Noisy le Sec.

Pour les autres villes – dont Montreuil –  Est Ensemble a adopté une convention de coopération avec le SEDIF qui prend fin en décembre 2020.

La votation citoyenne organisée par Montreuil en 2019, un folklore de démocratie

La ville de Montreuil a organisé une consultation citoyenne en juin 2019.

Une information la plus complète possible sera donnée aux habitants au cours d’une réunion publique organisée le jeudi 20 juin (salle des fêtes de l’Hôtel de ville – 19h) afin que les habitants soient en mesure de répondre aux 4 questions posées :

  • Pensez-vous que la question de l’eau est un enjeu écologique essentiel pour les années à venir ?
  • Selon vous, l’eau est-elle une marchandise comme les autres ?
  • Savez-vous que l’eau, sur le territoire d’Est Ensemble, est distribuée par délégation de service public par une entreprise privée ?
  • Êtes-vous pour la création d’une régie publique de l’eau sur le territoire d’Est Ensemble ?

En tant que citoyen, le contenu des questions a de quoi laissé dubitatif. Comment en effet répondre négativement à la première question ? Pourquoi poser par ailleurs un cadre d’opposition idéologique entre public et privé ? La question du bien commun devrait conduire plutôt à envisager le sujet sous l’angle de l’utilité pour le consommateur et de l’intérêt général. Que l’emploi soit de nature privé ou public, le consommateur, le citoyen attend seulement un service de qualité à moindre frais.

A aucun moment n’est posé le cadre des enjeux pour le consommateur et n’est demandé aux habitants de se prononcer sur la base de données chiffrées, d’études comparatives des différents scénarii.

Seulement 2 619 suffrages exprimés dont 2 548 pour une régie publique dans les conditions des questions formulées ci-dessus. 97% des votants se sont donc prononcé « pour une régie publique de l’eau » mais sur la base d’un corps électoral de 47 000 inscrits, cela ne représente moins de 6% des Montreuillois !

Sans même avoir un avis sur le mode de gestion de l’eau, comment penser que ce résultat est légitime avec une si faible proportion de votants et asseoir une décision démocratique qui va engager Est Ensemble pour des décennies ?

Et depuis ?

En cette fin d’année 2020, Est Ensemble doit donc de nouveau se prononcer sur une réadhésion ou non au SEDIF.

Le 02 novembre, le Président d’Est Ensemble (et Maire de Montreuil) a pris la décision d’annuler la présentation de cette décision en assemblée plénière d’Est Ensemble et de la reporter car « il apparaît clairement que sur les aspects les plus importants, de nombreux éléments structurants méritent et nécessitent d’être encore approfondis…. ».

La question de la ré adhésion au SEDIF est donc reportée au 30 septembre 2021.

Il est donc inapproprié de claironner comme certains élus « qu’Est ensemble n’a pas ré adhéré au SEDIF » car, en réalité Est ensemble prolonge la convention d’un an.

C’est jouer sur la sémantique et donc faire de cette question une question politicienne alors que cette question de bien commun et d’intérêt général devrait être traitée avec toute la transparence, la pédagogie et la rigueur que la démocratie exige. Mais passons sur le fait que certains membres de la majorité à Montreuil n’effleurent cette question que par l’angle idéologique. Pour certains c’est une marque de fabrique.

La décision de report prise par le Président d’Est Ensemble peut donc apparaître comme une décision en responsabilité.

Oui, l’eau est un bien commun et une question cruciale d’un point de vue écologique. L’évidence est tellement criante que la question ne mérite même pas d’être posée.

Mais à qualité d’eau potable identique, la question est aussi à quel prix ?

Sans rentrer dans le détail technique, une question épineuse ne doit pas être éludée : celle de l’investissement financier relative à la déconnexion des réseaux existants du SEDIF. Deux solutions : une déconnexion réelle (réseaux séparés des réseaux existants) ou déconnexion virtuelle (approvisionnement dans les réseaux existants avec un calcul à la quote part. Avant que ces nouveaux approvisionnements ne soient mis en place, l’eau continuerait du reste à être achetée au Sedif puis éventuellement à des régies publiques existantes comme Eau de Paris.

En termes financiers, les niveaux d’investissements sont sans commune mesure entre une solution 100% régie publique (se chiffrant en dizaines de millions d’euros en cas de séparation des réseaux) ou une solution mixte (quelques millions d’euros en cas de déconnexion virtuelle). Car en cas de déconnexion réelle, les territoires ne pourront pas récupérer tous les tuyaux des périmètres concernés.

La position du SEDIF n’est pas non plus des plus constructives puisque ce dernier refuse en gros de négocier le prix d’une sortie, évacue la solution déconnexion virtuelle et fait pression en rappelant que le nouveau mode gestion du SEDIF doit être revu en juin 2021.

Sortie de ces postures politiciennes des uns et des autres, on peut prendre pour exemple et retours d’expérience celui de la Régie Eau des lacs de l’essonne où les réseaux sont interconnectés à ceux du SEDIF, Suez et Eau de Paris. La mise en place de compteurs permettant simplement de compter ce qui est réellement consommé. Un exemple où le prix de l’eau a baissé après passage en régie. D’autres exemples de passages en régie comme celui de Lyon n’ont pas amené de baisse du prix de l’eau.

L’eau n’est ni de droite, ni de gauche, il s’agit d’un bien commun à préserver tous ensemble pour les générations à venir.

Le prisme de décision ne doit donc pas être ramené de manière simpliste à la question de savoir si on est pour ou contre le service public ou le service privé. Il s’agit d’une vraie question de démocratie, de transparence et de défense de l’intérêt général au profit des seuls citoyens. Puisse les élu d’Est Ensemble garder à l’esprit cette ligne de conduite.