La citoyenneté, ce refuge commun

En plus d’avoir installé une crise sanitaire, sociale et économique, la pandémie de la COVID-19 a accéléré une crise politique démocratique.

De nombreux individus n’ont pas hésité à défier les directives émanant de l’État pourtant basées sur conclusions scientifiques, avec pour conséquence une incapacité de freiner durablement la contagion. Des manifestations mélant antivax, antipass et finalement « anti tout » sont régulièrement organisées en France avec en tête de cortège tout ce que la sphère politique peut compter de populistes.

La crise a révélé par ailleurs des comportements individualistes, égoïstes et peu responsables.

En parallèle, on assiste progressivement à une déliquescence du débat politique par manque de structuration collective. Nous sommes entrés dans l’ère du débat télévisuel formaté à coup de grand teasing médiatique où il nous est par exemple donné à voir comme récemment un duo plutôt qu’un duel où les protagonistes sont autant associés que rivaux. La polémique et la posture prend progressivement le pas sur le débat d’idée pour l’intérêt collectif et l’invective sur le dialogue.

Comment et pourquoi nos sociétés pourtant qualifiées d’évoluées et héritières des Lumières en sont-elles arrivées là ?

Comment reposer la notion de citoyenneté et éviter un décentrement constaté parfois important chez certains citoyens au profit d’une jouissance quasi illimitée de la liberté individuelle confondant trop souvent intérêt individuel au détriment de l’intérêt collectif ?

La notion de citoyenneté nous ramène donc en premier lieu à réfléchir sur qu’est l’identité. Elle revêt plusieurs formes.

Elle peut être individuelle, collective, philosophique, sociologique, nationale.

Le Petit Robert nous propose deux définitions de l’identité. « L’identité c’est le caractère de deux choses identiques, de ce qui demeure identique à soi même ». Mais c’est aussi « ce qui permet de reconnaître une personne parmi toutes les autres en référence à l’état civil ».

Jusqu’au second empire, chaque déplacement en dehors d’un canton était surveillé via un passeport interne et le livret d’ouvrier. En 1912, l’Etat Français impose le carnet anthropométrique très détaillé (taille, buste, empreintes digitales etc.). en 1917, un décret impose la carte d’identité obligatoire pour les étrangers et en 1921, malgré les réticences des syndicats et intellectuels, la carte d’identité devient facultative pour devenir obligatoire sous le régime de Vichy dés 1942. Le 22 octobre 1953, elle devient obligatoire et valide pour 10 ans puis biométrique en 2017.

Mais une carte d’identité ne dit pas Qui je suis ? Elle dit simplement comment je suis au travers de mon âge, ma ville de naissance, la couleur de mes yeux, ma taille, ma nationalité.

Dés lors, qu’est ce qui peut définir mon identité ?

Est elle un concept philosophique et métaphysique ou permet elle d’exprimer la conformité au groupe ? L’identité n’est elle pas aussi évolutive dans le temps en fonction de l’expérience de chacun ?

« L’homme étant un animal politique » (Aristote), il s’inscrit comme animal pensant et animal social de ce fait. L’homme ne devient homme que parce qu’il vit dans une société régit par des lois et des coutumes et il se réalise dans un contexte social. L’identité sociale renferme la problématique du rapport entre notre identité individuelle et le rapport à ce collectif.

Contrairement à l’identité individuelle qui nous définit en tant que personne unique, l’identité sociale se réfère aux attributs que des individus ont en commun. C’est souvent d’ailleurs une ou plusieurs catégorie qui relèvent de l’héritage pour partie. Chaque individu appartient à au moins un groupe ou catégories voir plusieurs. Mais le fait d’appartenir à des catégories sociales identiques n’est pas forcément conséquence d’interactions.

D’ailleurs, poussée à son paroxisme, l’identité sociale amène à la catégorisation des individus, qui elle-même amène au compartimentage social produisant ainsi inévitablement inévitablement le communautarisme source de conflit au lieu d’aspirer à la communauté et à l’universalisme.

Comment assurer et préserver notre singularité individuelle et en même faire en sorte qu’elle contribue à l’épanouissement du collectif sans pour autant s’y diluer ?

Pour cette raison évidente, les deux extrêmes (l’un de gauche et l’autre de droite) sont à rejeter car le racialisme sur base de ségrégation identitaire ou religieuse ou ethnique est l’inverse de l’humanisme.

Ces réflexions sur l’identité individuelle et l’identité sociale qui nous amènent inévitablement sur la nature, le sens et la perception que nous pouvons avoir du concept d’identité nationale.

Qu’est ce que l’identité nationale ? C’est le sentiment qu’éprouve une personne à faire partie d’une nation. L’Etat est le garant de la production des symboles permettant l’imprégnation des individus de ce sentiment de faire nation. Il existe des points communs évidents entre individus d’une même nation : le territoire partagé, la langue commune. Au-delà de ces éléments factuels, l’identité nationale c’est d’abord et avant tout l’idée et la volonté de faire commun ensemble, d’adhérer aux même valeurs.

C’est là qu’intervient la notion de citoyenneté qui manifeste la rattachement à une même communauté politique, la nation. Dans les sociétés démocratiques, la citoyenneté crée le lien social et politique entre les individus. Le terme politique étant à prendre dans son acceptation « participation à la vie de la cité ». En France la citoyenneté permet notamment la liberté d’expression, le droit de vote et la protection sociale.

La citoyenneté est donc garante de droits. Mais elle est aussi implicitement attachée la notion de devoirs : celui de respecter les lois, d’acquitter des impôts etc.

L’identité ne se construit pas de façon volontariste. A contrario, la citoyenneté ne s’acquiert que par la volonté d’adhérer aux principes et aux valeurs de cette société.

Les individualités sont multiples, les identités sont différentes, la citoyenneté est une.

Depuis l’antiquité, la citoyenneté a toujours été associée à celle d’instruction. A la révolution française, le lien est fait entre la condition d’homme et le statut de citoyen. La Déclaration des Droits de l’homme et du citoyen est un texte fondamental car il énonce à la fois des droits individuels et des droits communs et leur condition de mise en œuvre.

Au travers de ce texte fondateur, la citoyenneté rattache l’Homme à une même communauté politique, la Nation. On y trouve d’ailleurs les prémisses de la notion de laïcité dans l’article 10 « Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, mêmes religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la loi ».

La citoyenneté replace l’homme au sein de la cité, en interdépendance avec ses semblables, elle est vecteur de lien de lien politique et social entre les individus. Chacun peut participer (ou pas) à la vie de la Cité. A noter qu’il faut attendre 1944 et le droit de vote des femmes pour que chaque citoyen dispose de ce droit.

La citoyenneté garantit les libertés individuelles, assure une protection sociale et elle définiti en contrepartie un certains nombre de devoirs (les impôts, le respect de la loi, etc.).

Symboliquement, la citoyenneté permet d’avoir le sentiment de faire partie d’une même communaté nationale et de définir l’identité nationale sur le fondement d’une histoire commune.

Mais le sentiment ne se crée pas naturellement, il ne va pas de soi. La compréhension de l’histoire commune se heurte à au moins deux difficultés : l’origine du citoyen qui a pu, pendant une partie de sa vie être bercé par une autre histoire commune puisque venant d’une autre nation et imprégné d’une autre culture et les inégalités d’accès à la culture.

Il ne faut pas aussi se leurrer : il est d’autant plus difficile pour beaucoup d’adhérer à une valeur parfois abstraite comme la citoyenneté lorsque le quotidien nous démontre que les évolutions économiques, sociales et culturelles de notre société sont rapides et que bon nombre de nos concitoyens sont laissés au bord du chemin. La notion d’identité nationale n’est néanmoins partagée que si socialement elle est acceptée.

On ne nait pas citoyen, on le devient. La difficulté de l’exercice résidant dans le fait que la citoyenneté est une construction permanente et ne doit pas reposer sur les origines d’une personne (origines ethniques, religieuse, sociale) et à fortiori ses identités personnelle et sociale MAIS par ces qu’il est au sein de la communauté.

La citoyenneté est un idéel universel mais qui n’est ni inné ni constant dans l’histoire.

Grâce à la citoyenneté, il s’agit d’organiser l’espace public pour qu’il soit commun aux citoyens et que la Res-Publica soit la chose publique partagée par toutes et tous, un espace égalitaire mais qui n’a rien d’inné d’où la nécessité de l’organise afin qu’il devienne un espace où les valeurs de liberté, d’égalité mais aussi de responsabilité (le pendant nécessaire à la liberté) sont garanties.

La citoyenneté est donc un espace d’inclusion qui réunit au-delà de l’appartenance sociale, ethnique, religieuse, territoriale etc. une communuaté de citoyens permettant de créer un sentiment d’identité collective et d’identification nationale.

En complément de cette citoyenneté définie par des normes politiques, vient s’ajouter « la pratique citoyenne » qui prend forme par le biais de l’engagement associatif, la formation de collectifs. Ce sont des pratiques non régies par le biais d’une norme politique mais qui viennent répondre au champ de la fraternité par le biais de la solidarité. La solidarité n’étant qu’une composante de la fraternité dans le sens où la fraternité englobe une dimension affective lui donnant un caractère plus universel.

L’actualité nous montre malheureusement que le tissu supposé rassembler tous les citoyens se délite, que les aspirations des uns et des autres sont de plus en plus divergentes et que certains responsables politiques, faute de projet social et tojours prompts à tomber dans la surenchère, n’ont plus que pour seul programme l’identité et la mise en valeur des différences.

Il est d’ailleurs à constater que ce thème revient sur le devant de la scène dans les années 1970, porté par la gauche d’alors, puis vers les années 1990, il est repris par la droite et revient aujourd’hui avec une volonté de la part de certains courants politiques nostalgiques de Maurass ou antidécoloniaux de mettre au cœur du débat la notion de race.

Or l’éceuil que doit éviter notre démocratie c’est le fractionnement comunautaire. Qu’il soit basé sur les origines ethniques, religieuses, sexuelles etc.

C’est pourquoi, il faut rappeler inlassablement que l’universalisme républicain donne corps à la citoyenneté et que la laïcité permet l’exercice de la citoyenneté en cela que la laïcité c’est la liberté de conscience et d’opinion et qu’elle permet un principe d’égalité des citoyens entre eux puisqu’assurant la neutralité vis-à-vis des croyances religieuse.

Mais seule, la laïcité ne suffit pas à assurer la citoyenneté puisque son rôle juridique n’est pas de garantir l’égalité sociale. Trois autres notions sont fondamentales pour assurer la ciroyenneté.

La civilité qui est une attitude de respect des personnes, des institutions. Le civisme qui consiste à respecter les lois. La solidarité qui est une illustration de la fraternité.

Cette question autours de la citoyenneté est d’autant plus prégnante à l’heure actuelle que nous vivons une véritable crise démocratique. Crise démocratique dont les ressorts résident à la fois dans le délitement des partis,  l’essoufflement de nos institutions (réduction du septennat en quinquennat, inversion du calendrier électoral, etc.) et l’abstention due au désintérêt pour la « chose publique ». Et pourtant, le rôle des partis a été constitutionalisé, ce qui montre leur importance. L’article 4 de la constitution précise « les partis et groupements politiques concourent à l’expression du suffrage ».

Les partis sont censés être les intermédiaires entre le peuple et le gouvernement. L’ère de ce que j’appellerai les « partis de masse » touche à sa fin et nous entrons dans un cycle comparable à celui de la III ème république : celui des personnalités. Le citoyen est ramené à un statut d’électeur.

Or sans structuration du débat et des idées, la place est laissée à l’instabilité idéologique et politique.

Il y a un an, Samuel Paty était assassiné par un terroriste islamiste.

Cette commémoration doit nous rappeler le rôle essentiel de l’Ecole de la République qui a pour mission de former des individus libres, égaux et fraternels capables de se forger un avis éclairé à partir de confrontation des faits et des représentations de ceux-ci ……… des citoyens.

L’universalisme est un projet humaniste

Un article de Rachel Khan qui nous rappelle à juste titre que l’universalisme est un projet humaniste situé aux antipodes du racialisme et de l’intersectionnalité.

Une lecture qui m’inspire ces quelques lignes plus ou moins hors sujet par rapport à l’objet de l’article de Rachel Khan mais en même temps lié par le fil de l’humanisme ….

« Qu’il me soit permis de découvrir et de vouloir l’homme, où ils se trouve. Le Nègre n’est pas. Pas plus que le blanc » disait Frantz Fanon 

Aujourd’hui, nombreux sont celles et ceux qui à gauche se prétendent héros de l’antiracisme alors qu’ils remettent la notion de race au cœur du débat sociétal et public voulant importer le modèle multiculturaliste des pays anglos- saxons passant ainsi au second plan la lutte des classes au profit d’une lutte des races. Cette partie de la gauche dite décoloniale prétend dénoncer dans un imaginaire un prétendu schéma colonial encore à l’œuvre pour défendre les minorités issues de la décolonisation.

Le racialisme (courant de pensée apparu au 19ème siècle en Europe s’appuie sur la théorie des races prétend expliquer les phénomènes sociaux à la lumière de facteurs raciaux) ne fera que nous diviser et segmenter notre société en de multiples communautés et minorités.

Ne nous y trompons pas, le racialisme est une instrumentalisation politicienne des populations dites racisées.

Prétendre lutter contre le racisme en remettant la religion, le sexe, l’origine ou la couleur de l’autre au milieu du débat est pourtant l’exact opposé des valeurs de fraternité et d’universalité. Les mots de Manuel Boucher résument parfaitement l’écueil de cette théorie décoloniale : «Combattre les processus d’oppression sociale, économique, culturelle et raciste ne peut en aucun cas s’accorder avec des logiques populistes tiers-mondistes et racialistes sous peine d’alimenter le cercle vicieux des haines identitaristes.»

La liberté, l’égalité et la fraternité sont parmi les valeurs les plus précieuses que nous avons à défendre pour que notre République reste une et indivisible et ne cède en rien aux mâchoires de cette tenaille identitaire avec l’extrême droite d’un côté et la gauche décoloniale de l’autre.

Ayons inlassablement ces mots de Jean Jaurès en tête « C’est qu’au fond, il n’y a qu’une seule race : l’humanité ». C’est cette Humanité qu’il faut protéger et défendre quelque soit sa couleur de peau, sa religion, ses origines.

Bonne lecture

« Sans le socialisme, la république est vide »

Par cette formule dont il avait le secret, Jaurès exprimait le fait que tant que la République ne sera pas sociale, il subsistera une contradiction entre l’ordre politique et l’ordre économique.

Le recul des services publics, phénomène amorcé depuis des decennies est une faiblesse et une menace pour le projet républicain.

A ce titre, le récent mouvement des gilets jaunes doit nous interpeler sur l’urgence sociale qu’il y a à remettre sur pied une égalité territoriale au service du quotidien de chacun.

Il est certes délicat d’aborder le sujet des gilets jaunes tant le mouvement originel a été gangrené et dénaturé par les récupérations de factieux et d’extrémistes en tout genre.

C’est pourquoi je n’utilise pas l’article « les » mais « des » pour nommer ce mouvement tellement il a pu prendre des formes diverses et s’est appuyé sur des revendications multiples.

Je  me réfère au mouvement « originel » : celui qui prend ses racines dans la France périphérique (cette fameuse « diagonale du vide » bande de territoire allant de la Meuse aux Landes), celle ou le seuil migratoire est négatif et où les commerces ont déserté les centre ville au profit de vastes ensembles périurbain, où les services publics ont déserté les territoires.

Que retenir de ce mouvement des Gilets jaunes, celui qui s’est spontanément créé à l’automne 2018 (et pas celui qui a dégénéré donnant lieu aux actes les plus antirépublicains et radicaux tant il était alors gangrené par des forces radicales comme les Black Blocs, faute d’avoir su se structurer) ?

Les gilets Jaunes sont l’expression de l’invisibilité et de la précarisation d’une partie de la société depuis la fin des 30 glorieuses (les classes sociales populaires) touchées de plein fouet par les inégalités sociales et territoriales. Cette fracture sociale n’est pourtant pas récente car n’oublions pas qu’elle fut le sujet du débat de l’élection présidentielle de 1995.

Les revendications étaient aussi différentes qu’il y avait de ronds point, mais tous les ronds point avaient pour point commun de réunir  des classes populaires de la France périphérique majoritairement ouvriers, employés ou retraités (seul 35% sont au chômage) vivant majoritairement dans les communes rurales ou les villes de moins de 20 000 habitants et dont le niveau médian de vie est d’environ 1500€ pour un niveau médian national de 1800 €/mois.

Il ne s’agit ni donc ni d’un mouvement politique ou syndical traditionnel ni d’un mouvement des plus nécessiteux. C’est un mouvement social inédit par sa spontanéité, son organisation et sa longévité dont les premières préoccupations sont le pouvoir d’achat, puis les retraites, puis l’emploi .. préoccupations qui démontrent l’urgence qu’il y a à répondre à ce sentiment d’assignation territoriale et sociale.

L’émergence de ce mouvement en dehors du cadre organisationnel des partis politiques et des corps intermédiaires doit d’ailleurs aussi interroger les responsables politiques et syndicaux tant il a démontré l’affaissement des partis traditionnels (dont ceux de gauche, devenus incapables de porter une revendication sociale de cette ampleur).

L’urgence est double. Elle est sociale mais aussi politique car la violence sociale engendre inéluctablement un affaissement de la confiance dans l’efficacité du système et de la parole politique.

La crise sanitaire aura d’ailleurs sans nul doute amplifié ce phénomène de paupérisation des plus fragiles et de fragilisation des classes sociales populaires CSP (-).

Mais, elle aura révélé aussi que l’Etat protecteur sait répondre à l’appel lorsque cela est nécessaire – ceci « quoi qu’il en coûte » pour reprendre les mots de notre Président – et que certains pans des services publics dont la santé ont été les parents pauvres de décennies de choix politiques.

Espérons que cette crise soit au moins un point d’appui pour redonner corps à notre république sociale dont, rappelons le, les premières fondations ont été posé sous la IIIème république ( loi sur la liberté de réunion, enseignement primaire obligatoire, création des caisses de retraites, limitation de la durée du travail pour les femmes et les enfants, Code du travail, etc.).

L’Etat social est réapparu sur le devant de la scène à cause de (ou grâce à)  cette crise sanitaire comme dans aucun autre pays au monde. Gageons que la crise passée, il ne disparaisse pas et soit renforcé.

La République porte aussi en elle les conditions nécessaires du vivre ensemble et de la liberté de conscience. L’assignation identitaire n’a pas de place au sein du projet républicain et l’idéal républicain n’est pas une voie du juste milieu. En ce sens, la laïcité doit etre défendue car c’est elle qui permet l’égalité et l’universalisme.

Or, aujourd’hui l’édifice républicain est aussi attaqué de toute part par les extrèmes et les populistes. Une guerre idéologique qui porte en elle les fragments de la division identitaire.

Attaquer le projet républicain par le biais de la question identitaire, c’est attaquer les valeurs qu’il porte en lui et au-delà les dimensions sociales et démocratiques qu’il a permis d’instaurer mais aussi ce projet d’universalité.

A ce titre, Jaurès déclarait aussi, pleinement conscient des problêmes de son époque, que « sans la République, le socialisme est impuissant ». Nous laisserons certains responsables socialistes actuels méditer sur cette citation le temps nécessaire pour eux de comprendre l’impasse de certaines de leurs déclarations récentes cautionnant une ethnicisation de notre société.

L’essence universaliste du projet républicain doit être défendue bec et ongles car l’universalisme c’est la conservation du lien civique entre les citoyens par delà les appartenance culturelles, ethnique ou religieuses.

Mais cette laïcité est aujourd’hui prise en tenaille entre d’un côté une confiscation de la part de l’extrême droite au service d’un projet identitaire et nationaliste sous couvert de protectionnisme et utilisée comme une arme contre l’Islam et, à l’opposé, de la part d’une certaine partie de la gauche, elle est réduite au principe de tolérance au service de projets politiques et d’organisations identitaires sous couvert d’humanisme.

Aucun des deux projets n’est acceptable, chacun doit être combattu pied à pied car l’un et l’autre en interprétant la laïcité à sa façon à des fins électoraliste, errode le projet républicain et l’universalisme qu’il porte en lui.

« L’énergie d’un côté, la douceur de l’autre ; voilà les deux armes que je veux mettre dans les mains de la République ». Victor Hugo

A Montreuil, quand la laïcité devient courtier du culte

La déclaration de cet édile, (sic « L’article 1 de la loi de 1905 nous oblige à garantir le libre exercice du culte ») associé à l’acte de préemption tenté par la municipalité de Montreuil (débouté par le tribunal par ailleurs) doit nous rappeler que si la République garantit certes le libre exercice des cultes, ce n’est pas autant que la République doit favoriser par un quelconque moyen financier l’exercice du culte. L’Etat ne subventionne en effet aucun culte.

Rappelons quelques éléments essentiels de la loi de 1905.

 » La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte. En conséquence, à partir du 1er janvier qui suivra la promulgation de la présente loi, seront supprimées des budgets de l’Etat, des départements et des communes, toutes dépenses relatives à l’exercice des cultes (…). « .

« les collectivités publiques peuvent seulement financer les dépenses d’entretien et de conservation des édifices servant à l’exercice public d’un culte dont elles sont demeurées ou devenues propriétaires lors de la séparation des Eglises et de l’Etat ou accorder des concours aux associations cultuelles pour des travaux de réparation d’édifices cultuels et qu’il leur est interdit d’apporter une aide à l’exercice d’un culte« .

De la part d’un élu de la République, sortir de son contexte et de manière seulement partielle l’article 1 de la loi de 1905 c’est, soit faire preuve de cécité malencontreuse, soit faire preuve d’une volonté de brouiller les cartes. Peut être est ce un mélange des deux ..?

Concernant le moyen, c’est à dire l’acte de préemption décidé par la Mairie, je ne commenterais pas le litige financier qui oppose les vendeurs et la municipalité car vous l’aurez compris, ce n’est pas l’objet de cet article et, ce point ne doit pas être un écran de fumée destiné à masquer le véritable fond de l’affaire qui est la manière dont certaines municipalité interprètent les principes de laïcité.

En effet, au travers d’une préemption, la municipalité prend la décision d’acquérir un terrain pour ensuite le revendre à une association. Mais cet acte administratif (la préemption) n’induit pas autre chose que l’utilisation de fonds publics dont du denier public.

Nous rappelons que juridiquement « Un droit de préemption est un droit légal ou contractuel accordé à des personnes privées ou publiques d’acquérir un bien par priorité à toute autre personne et ce lorsque le propriétaire manifeste sa volonté de le vendre. ».

Il s’agit donc bien d’un mécanisme administratif et juridique impliquant notamment l’utilisation de deniers, en l’occurrence public. La qualification en espèce d’une processus de financement du culte, même indirect, n’aura donc échappé à personne.

La confusion est d’autant plus forte que l’élu emploie les termes « d’équipements publics et d’intérêt général » pour qualifier le projet d’extension de locaux de la mosquée . Encore une fois, c’est jouer sur les mots (les maux aussi ..) et le juge ne s’y est pas trompé :

 » ni l’extension d’un édifice cultuel ni celle du parking réservé aux fidèles ne sauraient constituer la réalisation d’un équipement collectif « , qu’il n’apparaît pas que  » les salles de classe et de conférence ainsi que la bibliothèque ne seront pas affectées à un établissement d’enseignement supérieur  » et qu’  » en conséquence, aucune des opérations envisagées ne constitue une opération d’aménagement au sens de l’article L. 300-1 du code de l’urbanisme « .

Lien vers le jugement du CAA versailles 10 cotobre 2020

.https://www.legifrance.gouv.fr/ceta/id/CETATEXT000042400812?tab_selection=cetat&searchField=ALL&query=montreuil+mosqu%C3%A9e&page=1&init=true&dateDecision=

Depuis, l’élu a déclaré publiquement : « Depuis l’article du Parisien, parce qu’il s’agit d’une mosquée, je reçois des messages inacceptables et contraires aux valeurs de la République » (sic G le Chequer).

Non, Monsieur, c’est votre déclaration qui est inacceptable car elle tente de jeter un discrédit sur celles et ceux qui, au nom du principe de laïcité et de la république, ne soutiennent pas ce projet. Il ne s’agit nullement de défendre la laïcité en réaction contre une communauté particulière (en l’occurrence la communauté musulmane) comme vous tentez de le faire croire. Il s’agit de rappeler de manière intrinsèque les principes de la laïcité dont vous êtes un émissaire, plus que tout autre citoyen à cause de votre mandat d’élu de la République. Rien de plus, rien de moins.

Bien évidement, vous l’aurez compris, la stratégie est simple : accuser d’islamophobie les défenseurs de la laïcité, les accuser sur les réseaux sociaux d’être d’extrême droites et racistes aux fins de les stigmatiser et discréditer leur position. Créer ainsi un amalgame. La ficelle est grosse. Et si on suit ce raisonnement jusqu’au bout de l’absurde, alors pourquoi la municipalité de Montreuil ne porte t’elle pas plainte contre le juge pour racisme non plus ?

En revanche, on est en droit de s’interroger sur les motifs qui pousse depuis maintenant 2006 (projet initié par Jean Pierre Brard alors) la municipalité à défendre ce projet et à aller jusqu’au conseil d’état en appel du CAA de Versailles à grand frais d’honoraires d’avocat (financés par le denier public eux aussi).

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑