« Sans le socialisme, la république est vide »

Par cette formule dont il avait le secret, Jaurès exprimait le fait que tant que la République ne sera pas sociale, il subsistera une contradiction entre l’ordre politique et l’ordre économique.

Le recul des services publics, phénomène amorcé depuis des decennies est une faiblesse et une menace pour le projet républicain.

A ce titre, le récent mouvement des gilets jaunes doit nous interpeler sur l’urgence sociale qu’il y a à remettre sur pied une égalité territoriale au service du quotidien de chacun.

Il est certes délicat d’aborder le sujet des gilets jaunes tant le mouvement originel a été gangrené et dénaturé par les récupérations de factieux et d’extrémistes en tout genre.

C’est pourquoi je n’utilise pas l’article « les » mais « des » pour nommer ce mouvement tellement il a pu prendre des formes diverses et s’est appuyé sur des revendications multiples.

Je  me réfère au mouvement « originel » : celui qui prend ses racines dans la France périphérique (cette fameuse « diagonale du vide » bande de territoire allant de la Meuse aux Landes), celle ou le seuil migratoire est négatif et où les commerces ont déserté les centre ville au profit de vastes ensembles périurbain, où les services publics ont déserté les territoires.

Que retenir de ce mouvement des Gilets jaunes, celui qui s’est spontanément créé à l’automne 2018 (et pas celui qui a dégénéré donnant lieu aux actes les plus antirépublicains et radicaux tant il était alors gangrené par des forces radicales comme les Black Blocs, faute d’avoir su se structurer) ?

Les gilets Jaunes sont l’expression de l’invisibilité et de la précarisation d’une partie de la société depuis la fin des 30 glorieuses (les classes sociales populaires) touchées de plein fouet par les inégalités sociales et territoriales. Cette fracture sociale n’est pourtant pas récente car n’oublions pas qu’elle fut le sujet du débat de l’élection présidentielle de 1995.

Les revendications étaient aussi différentes qu’il y avait de ronds point, mais tous les ronds point avaient pour point commun de réunir  des classes populaires de la France périphérique majoritairement ouvriers, employés ou retraités (seul 35% sont au chômage) vivant majoritairement dans les communes rurales ou les villes de moins de 20 000 habitants et dont le niveau médian de vie est d’environ 1500€ pour un niveau médian national de 1800 €/mois.

Il ne s’agit ni donc ni d’un mouvement politique ou syndical traditionnel ni d’un mouvement des plus nécessiteux. C’est un mouvement social inédit par sa spontanéité, son organisation et sa longévité dont les premières préoccupations sont le pouvoir d’achat, puis les retraites, puis l’emploi .. préoccupations qui démontrent l’urgence qu’il y a à répondre à ce sentiment d’assignation territoriale et sociale.

L’émergence de ce mouvement en dehors du cadre organisationnel des partis politiques et des corps intermédiaires doit d’ailleurs aussi interroger les responsables politiques et syndicaux tant il a démontré l’affaissement des partis traditionnels (dont ceux de gauche, devenus incapables de porter une revendication sociale de cette ampleur).

L’urgence est double. Elle est sociale mais aussi politique car la violence sociale engendre inéluctablement un affaissement de la confiance dans l’efficacité du système et de la parole politique.

La crise sanitaire aura d’ailleurs sans nul doute amplifié ce phénomène de paupérisation des plus fragiles et de fragilisation des classes sociales populaires CSP (-).

Mais, elle aura révélé aussi que l’Etat protecteur sait répondre à l’appel lorsque cela est nécessaire – ceci « quoi qu’il en coûte » pour reprendre les mots de notre Président – et que certains pans des services publics dont la santé ont été les parents pauvres de décennies de choix politiques.

Espérons que cette crise soit au moins un point d’appui pour redonner corps à notre république sociale dont, rappelons le, les premières fondations ont été posé sous la IIIème république ( loi sur la liberté de réunion, enseignement primaire obligatoire, création des caisses de retraites, limitation de la durée du travail pour les femmes et les enfants, Code du travail, etc.).

L’Etat social est réapparu sur le devant de la scène à cause de (ou grâce à)  cette crise sanitaire comme dans aucun autre pays au monde. Gageons que la crise passée, il ne disparaisse pas et soit renforcé.

La République porte aussi en elle les conditions nécessaires du vivre ensemble et de la liberté de conscience. L’assignation identitaire n’a pas de place au sein du projet républicain et l’idéal républicain n’est pas une voie du juste milieu. En ce sens, la laïcité doit etre défendue car c’est elle qui permet l’égalité et l’universalisme.

Or, aujourd’hui l’édifice républicain est aussi attaqué de toute part par les extrèmes et les populistes. Une guerre idéologique qui porte en elle les fragments de la division identitaire.

Attaquer le projet républicain par le biais de la question identitaire, c’est attaquer les valeurs qu’il porte en lui et au-delà les dimensions sociales et démocratiques qu’il a permis d’instaurer mais aussi ce projet d’universalité.

A ce titre, Jaurès déclarait aussi, pleinement conscient des problêmes de son époque, que « sans la République, le socialisme est impuissant ». Nous laisserons certains responsables socialistes actuels méditer sur cette citation le temps nécessaire pour eux de comprendre l’impasse de certaines de leurs déclarations récentes cautionnant une ethnicisation de notre société.

L’essence universaliste du projet républicain doit être défendue bec et ongles car l’universalisme c’est la conservation du lien civique entre les citoyens par delà les appartenance culturelles, ethnique ou religieuses.

Mais cette laïcité est aujourd’hui prise en tenaille entre d’un côté une confiscation de la part de l’extrême droite au service d’un projet identitaire et nationaliste sous couvert de protectionnisme et utilisée comme une arme contre l’Islam et, à l’opposé, de la part d’une certaine partie de la gauche, elle est réduite au principe de tolérance au service de projets politiques et d’organisations identitaires sous couvert d’humanisme.

Aucun des deux projets n’est acceptable, chacun doit être combattu pied à pied car l’un et l’autre en interprétant la laïcité à sa façon à des fins électoraliste, errode le projet républicain et l’universalisme qu’il porte en lui.

« L’énergie d’un côté, la douceur de l’autre ; voilà les deux armes que je veux mettre dans les mains de la République ». Victor Hugo

A Montreuil, quand la laïcité devient courtier du culte

La déclaration de cet édile, (sic « L’article 1 de la loi de 1905 nous oblige à garantir le libre exercice du culte ») associé à l’acte de préemption tenté par la municipalité de Montreuil (débouté par le tribunal par ailleurs) doit nous rappeler que si la République garantit certes le libre exercice des cultes, ce n’est pas autant que la République doit favoriser par un quelconque moyen financier l’exercice du culte. L’Etat ne subventionne en effet aucun culte.

Rappelons quelques éléments essentiels de la loi de 1905.

 » La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte. En conséquence, à partir du 1er janvier qui suivra la promulgation de la présente loi, seront supprimées des budgets de l’Etat, des départements et des communes, toutes dépenses relatives à l’exercice des cultes (…). « .

« les collectivités publiques peuvent seulement financer les dépenses d’entretien et de conservation des édifices servant à l’exercice public d’un culte dont elles sont demeurées ou devenues propriétaires lors de la séparation des Eglises et de l’Etat ou accorder des concours aux associations cultuelles pour des travaux de réparation d’édifices cultuels et qu’il leur est interdit d’apporter une aide à l’exercice d’un culte« .

De la part d’un élu de la République, sortir de son contexte et de manière seulement partielle l’article 1 de la loi de 1905 c’est, soit faire preuve de cécité malencontreuse, soit faire preuve d’une volonté de brouiller les cartes. Peut être est ce un mélange des deux ..?

Concernant le moyen, c’est à dire l’acte de préemption décidé par la Mairie, je ne commenterais pas le litige financier qui oppose les vendeurs et la municipalité car vous l’aurez compris, ce n’est pas l’objet de cet article et, ce point ne doit pas être un écran de fumée destiné à masquer le véritable fond de l’affaire qui est la manière dont certaines municipalité interprètent les principes de laïcité.

En effet, au travers d’une préemption, la municipalité prend la décision d’acquérir un terrain pour ensuite le revendre à une association. Mais cet acte administratif (la préemption) n’induit pas autre chose que l’utilisation de fonds publics dont du denier public.

Nous rappelons que juridiquement « Un droit de préemption est un droit légal ou contractuel accordé à des personnes privées ou publiques d’acquérir un bien par priorité à toute autre personne et ce lorsque le propriétaire manifeste sa volonté de le vendre. ».

Il s’agit donc bien d’un mécanisme administratif et juridique impliquant notamment l’utilisation de deniers, en l’occurrence public. La qualification en espèce d’une processus de financement du culte, même indirect, n’aura donc échappé à personne.

La confusion est d’autant plus forte que l’élu emploie les termes « d’équipements publics et d’intérêt général » pour qualifier le projet d’extension de locaux de la mosquée . Encore une fois, c’est jouer sur les mots (les maux aussi ..) et le juge ne s’y est pas trompé :

 » ni l’extension d’un édifice cultuel ni celle du parking réservé aux fidèles ne sauraient constituer la réalisation d’un équipement collectif « , qu’il n’apparaît pas que  » les salles de classe et de conférence ainsi que la bibliothèque ne seront pas affectées à un établissement d’enseignement supérieur  » et qu’  » en conséquence, aucune des opérations envisagées ne constitue une opération d’aménagement au sens de l’article L. 300-1 du code de l’urbanisme « .

Lien vers le jugement du CAA versailles 10 cotobre 2020

.https://www.legifrance.gouv.fr/ceta/id/CETATEXT000042400812?tab_selection=cetat&searchField=ALL&query=montreuil+mosqu%C3%A9e&page=1&init=true&dateDecision=

Depuis, l’élu a déclaré publiquement : « Depuis l’article du Parisien, parce qu’il s’agit d’une mosquée, je reçois des messages inacceptables et contraires aux valeurs de la République » (sic G le Chequer).

Non, Monsieur, c’est votre déclaration qui est inacceptable car elle tente de jeter un discrédit sur celles et ceux qui, au nom du principe de laïcité et de la république, ne soutiennent pas ce projet. Il ne s’agit nullement de défendre la laïcité en réaction contre une communauté particulière (en l’occurrence la communauté musulmane) comme vous tentez de le faire croire. Il s’agit de rappeler de manière intrinsèque les principes de la laïcité dont vous êtes un émissaire, plus que tout autre citoyen à cause de votre mandat d’élu de la République. Rien de plus, rien de moins.

Bien évidement, vous l’aurez compris, la stratégie est simple : accuser d’islamophobie les défenseurs de la laïcité, les accuser sur les réseaux sociaux d’être d’extrême droites et racistes aux fins de les stigmatiser et discréditer leur position. Créer ainsi un amalgame. La ficelle est grosse. Et si on suit ce raisonnement jusqu’au bout de l’absurde, alors pourquoi la municipalité de Montreuil ne porte t’elle pas plainte contre le juge pour racisme non plus ?

En revanche, on est en droit de s’interroger sur les motifs qui pousse depuis maintenant 2006 (projet initié par Jean Pierre Brard alors) la municipalité à défendre ce projet et à aller jusqu’au conseil d’état en appel du CAA de Versailles à grand frais d’honoraires d’avocat (financés par le denier public eux aussi).

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