Nous ne voulons pas voir et pourtant, nous savons

Un dernier sondage donne Marine le Pen à 48% et Emmanuel Macron à 52% au second tour.

Et comme s’il fallait encore un peu plus enfoncer le clou et que la situation n’était pas assez préoccupante, Libération qui donnait la parole à des électeurs de gauche refusant le vote barrage contre le RN, titre une de ses dernières couverture « 2022, J’ai déjà fais barrage cette fois c’est fini » instillant ainsi dans la tête de ses lecteurs que le Front populaire est périmé et que si les digues doivent sauter et bien qu’elles sautent.

Les réactions ont été aussi diverses que variées. Certains ont dénoncé le caractère irresponsable de cette couverture, d’autres ont rappelé son côté « utile » pouvant servir d’électrochoc, d’autres encore ont enfoncé le clou et jeté du sel sur la plaie. Mais, le plus important n’étant pas cette couverture mais ce qui se joue sur le fond.

Car oui, pour la première fois depuis 2002 il semble (malheureusement) possible que le RN accède au pouvoir. On peut toujours dire qu’un sondage ne reste qu’un sondage mais c’est la première fois qu’un sondage indique un tel score. On ne peut aussi attendre mai 2022 pour, devant notre écran de télévision, tomber naïvement des nues et hurler que c’est impossible que Marine le Pen soit élue.

Mais ceci dit, la possible accession au pouvoir du RN ne tombe pas du ciel et cela fait au moins 40 ans que collectivement nous nous dirigeons vers ce choix extrême en creusant les sillons consciemment pour certains, et inconsciemment pour d’autres, d’un chemin extrêmement périlleux et néfaste pour la France.

A force de ne pas vouloir voir et s’emparer de sujets sociétaux et régaliens comme la sécurité, le chômage, l’immigration, etc . la classe politique (de gauche comme de droite) n’a pas apporté de réponses audibles aux peurs et aux fragilités perçue par des millions de Français et a ainsi fait le choix de laisser l’extrême droite s’en emparer.

Cette absence de réponse, cet évitement, ont ainsi laissé le champ libre au Front National dont la marque de fabrique est d’aborder les sujets avec une loupe grossissante et déformante en nourrissant les peurs et les fantasmes et en jouant sur l’ignorance.

Pendant cette période, la gauche et la droite ont aussi joué avec le feu tels des apprentis sorciers utilisant le Front National comme variable d’ajustement stratégiques d’un point de vue électoral lors de nombreuses élections.

La fameux front républicain du second tour est trop souvent apparu comme un strapontin d’accès au pouvoir, le Front national constituant ce marche pied électif.

Dans le même temps, le Front national a opéré un processus de dédiabolisation d’une efficacité marketing redoutable. Le changement de nom de « Front » en « Rassemblement » illustre parfaitement cette volonté d’apparaître non plus comme un parti clivant mais un parti finalement tout aussi « fréquentable » que les autres. Marine Le Pen s’expliquait elle-même en 2018 « le mot Front est un frein psychologique pour de nombreux Français. et comporte une connotation d’opposition . On ‘fait front’ à quelque chose ou quelqu’un, rarement pour ». sur ce point, on peut malheureusement pas lui donner tord…

Evitement de thèmes sociétaux et pyromanie électoraliste circonstancielle de la classe politique et dans le même temps mutation marketing du parti auront permis d’arriver aujourd’hui au constat que contrairement au passé, le RN peut arriver au pouvoir.

Désormais le choix de porter les idées et de voter pour le RN est imaginable pour des millions de français. Ce choix étant la résultante d’un cheminement politique qui après être passé par la gauche, la droite et toutes les formes de désillusion.

« Finalement, les Etats unis se sont délivrées de Trump non ? Et on a tout essayé alors pourquoi pas essayer le rassemblement National ? Et puis, ça changera quoi à mon quotidien ? Oui, mais tu vois, Le Pen elle sait parler aux Français elle » ……… Voilà ce qu’on peut entendre ou lire au détours d’un comptoir de café ou sur les réseaux sociaux.

Il ne faut surtout pas balayer avec mépris ou indifférence ces questions d’un revers de main. Au contraire, il faut répondre.

Répondre par des questions et exemples concrets. Et surtout projeter ce que serait une gouvernance le penniste au regard de faits réels.

Avec le RN au pouvoir, on peut en effet aisément imaginer ce qu’il en sera de la pérennité de la sécurité sociale et de son caractère social, solidaire et protecteur …Et la réforme des retraites ? et le maintien de la cohésion ? etc. etc. Si vous n’arrivez pas à l’imaginer alors prenez connaissance de quelques positions de Madame Le Pen à l’assemblée nationale ou de son groupe au Parlement européen.

Les derniers votes de Marine le Pen à l’assemblée nationale :

Au niveau Européen :

  • Vote pour valider le rapport Moody pour défendre l’égalité femmes-hommes, Marine Le Pen a voté contre sur le premier texte, le 24 novembre 2016, et elle était absente la fois d’après, le 14 mars 2017.
  • Vote pour en faveur du texte sur le secrets d’affaires.

https://www.leparisien.fr/elections/europeennes/europeennes-comment-les-elus-du-rassemblement-national-votent-au-parlement-europeen-22-05-2019-8077032.php

NB : je vous fais grâce (pour ne pas alourdir ce billet) de la liste des condamnations pour escroquerie ou abus de biens sociaux prononcées à l’encontre du RN, affaires qui démontrent s’il en fallait l’éthique de ce parti.

La liste des contradictions qui montrent l’opportunisme et le double discours du RN serait longue et, ne ferait que démontrer encore un peu plus l’incompétence de ce parti à gérer le pays. D’ailleurs, même les électeurs du RN ne s’y trompent pas ! 43% de ces électeurs le font par rejet des autre partis. 11% d’entre eux seulement sont convaincus que le RN serait en capacité de gérer la France. N’est ce point là un paradoxe ?

Il ne sert à rien de rappeler sans cesse les causes du vote RN pour une majorité toujours plus croissante d’électeurs.

La géographie du vote RN est celle des territoires périurbains où se recoupe la fragilisation sociale et l’insécurité économique. Le RN obtient ses meilleurs votes nationaux dans les territoires où le taux de chômage est supérieur à la moyenne nationale. Ce n’est pas dans les grandes métropoles que le vote RN est le plus fort, c’est dans les petites et moyennes communes durement touchées par le chômage, l’insécurité et la précarité. Le vote RN c’est celui la France dite périphérique du milieu rural et périurbain, cette France des invisibles et des inaudibles. Les classes populaires (agriculteurs, ouvriers) délaissées par la gauche historique « socialo-communiste » a glissée vers le vote RN non pas par adhésion idéologique mais bien parceque cette gauche a délaissé depuis des décennies son marqueur de la lutte des classes.

score du RN en fonction de la taille des villes

Car c’est bien sûr le sentiment d’injustice et la destruction de la cohésion que grandit le vote extrémiste.

Tout cela, on le sait.

La vraie question c’est « et maintenant, on fait quoi et comment pour empêcher son accession au pouvoir et éviter une catastrophe économique, sociale et sociétale pour la France » ?

On préfère comme certains à gauche le pensent de plus en plus, laisser s’installer le RN dans le trône du pouvoir pour tenter de croire que sur les décombres d’un champ de ruine une alternative crédible va se reconstruire ?

Qu’on le veuille ou non (moi je ne le veux pas) cette petite musique est installée dans l’opinion publique relayée par la presse (qui plus est de gauche) et même par des (ir)responsables politiques tel le secrétaire national des verts.

Ce dernier s’empressant de déclarer dés le lendemain de la parution de la une de Libé « Macron perdra contre le Pen » préférant cet appel à la pratique de la terre brûlée (pas très écologiste en soit comme pratique agricole d’ailleurs ..) plutôt que l’appel à un sursaut républicain.

Il dira même trouver des similitudes entre la politique de Macron à celle de Le Pen.

Soit dit en passant, même si Macron a commis des maladresses (réforme de l’ISF, communication brouillonne dans la gestion de la crise sanitaire et d’autres …), en 2021 dans un pays comme la France nous pouvons bénéficier de tests Covid et de vaccins gratuits, du chômage partiel, d’un plan exceptionnel de relance à 150 milliards d’euros et j’en passe et des meilleurs ..

sans doute pour certains quelques mesurettes de droite et ultralibérales ?

Quel crédit donner ainsi à cette stratégie qui mise sur élection de le Pen, imaginant pouvoir ainsi se reconstruire et apparaître comme l’alternative crédible après le RN ?

Aucun !

Alors non, ceux qui pensent (comme malheureusement une partie trop importante de « gens de gauche ») que le front républicain n’est plus nécessaire, qu’il vaut mieux passer par une phase de « big bang » pour mieux reconstruire après, se trompent lourdement. Car après il sera trop tard.

NB : J’avais décidé de ne pas m’exprimer sur la politique dans mon blog, voilà la première entorse faite. Parce qu’il y a un moment où je pense qu’il rester sérieux d’autant plus lorsque l’intérêt général de millions de nos concitoyens est en jeux et qu’on est censé être responsable d’un parti politique (pas moi, mais Bayou vous l’aurez compris).

Je n’ai pas de solution miracle. Je n’ai que ma conscience. Il appartient à chaque citoyen de voter en conscience en 2022 et à chaque élu qui se dit démocrate d’agir en conscience au quotidien.

Mais nous ne pourrons pas dire que nous ne savions pas, que nous n’avons pas vu venir et que nous n’avons rien pu faire collectivement et individuellement. Car aujourd’hui nous sommes en  pleine connaissance du danger que peut représenter pour la France (son économie, sa cohésion sociétale, sa protection sociale, les libertés individuelles etc.) l’accession au pouvoir du rassemblement national.

Ceci, sans compter les liens du RN avec les pires extrêmes que sont les ardents prédicateurs d’une idéologie antisémite, raciste et xénophobe.

Alors puisque nous savons, agissons en pleine conscience.

Personnellement, sans aucune hésitation, je serai un castor qui fera barrage. J’ai déjà fais barrage et je le referai !

Un barrage pour préserver les acquis sociaux si chèrement obtenus par mes aïeuls (pas que pour moi, mais aussi et surtout pour nos enfants), un barrage pour préserver le terreau de notre cohésion sociale qui s’appelle la République, un barrage pour préserver les droits des personnes exposées à la discrimination (handicapés, homosexuels, immigrés etc… et j’en oublie)..

…… pour préserver toutes ces choses qui font ce que la France doit être : une république une et indivisible sous le sceau de sa devise Liberté – Egalité – Fraternité.

Le populisme, ce faux ami de la démocratie

Hier, le populiste haranguait les foules au café du commerce. Aujourd’hui sa puissance néfaste est amplifiée par les réseaux sociaux et les médias. La bataille des idées a été supplantée par la bataille de la communication.

Au 19ème siècle, il apparait simultanément en Russie, (au travers d’un mouvement socialiste progressiste) et aux Etats Unis (au travers d’un mouvement provincial érigé contre les bourgeois des grands centres urbains pronant à la fois un mouvement nationaliste dont témoigne l’activité du Ku Klux Klan). Autre autre exemple celui de l’Allemangen des années 30 qui a vu le NSDAP dériver vers le nazisme. Le Maccarthysme, le Peronnisme argentin, le poujadisme français puis le populisme Frontiste de Le Pen etc. sont autant de formes de populismes.

L’histoire du populisme depuis la fin du 19ème siècle montre bien cette ambivalence et cette difficulté qu’il y a à le ranger d’un côté ou de l’autre de l’échiquier politique. Ne nous y trompons pas, le populisme n’est ni de gauche ni de droite.

Il y a en réalité autant de populismes que de figures ayant porté ou portant encore le populisme. Le populisme est donc inclassable dans une matrice gauche / droite mais se décline en fonction du contexte : le populisme nationaliste, le populisme néolibéral, le populisme se réclamant des masses populaires etc. Il est tantôt prolétarien, tantôt nationaliste.

Il y a malgrè tout quelques similitudes dans les différentes formes de populisme.

Ce n’est ni la cohérence ni la véracité des propos que tient le populiste qui est importante, c’est la manière dont il le dit. Plus il va le dire de manière outrageuse et indécente, plus sa parole va faire échos et être gage de vérité.

Et puis, finalement, qu’importe la vérité, le populiste nourrit sa stratégie sur la construction d’une opposition entre le peuple et les élites et dit au Peuple ce que ce dernier veut entendre en usant et abusant de sophismes, de contre vérités et de rumeurs. Le faux devient vérité à partir du moment où le populiste le dit.

Mais de quel peuple parle t’on au fait ? le peuple des militants politiques par définition déjà convaincus ? le peuple des urnes ? le peuple de l’abstentionnisme ? le peuple Nation ? etc.

Le caractère poylsémique du terme conforte le populiste lui permettant ainsi de rester dans une zone indéfinie aux contours vagues et peu scrupuleux des valeurs. Car en réalité, pour le populiste, la participation du peuple n’est en rien souhaitable sauf quand les sondages lui sont favorables.

Qu’importe, le populiste ne structure pas son projet politique grâce au débat contradictoire, il structure son existence politique par la conflictualisation.

L’essence même du populisme, au-delà de la fabrication d’une opposition entre le peuple et les élites, est de rejeter toute autre forme de pluralité politique. Or, sans pluralisme, il n’y a plus de démocratie.

Peut importe la réalité, sa complexité, sa logique … l’essentiel est d’hystériser les débats, d’être omniprésent sur la scène publique et d’entretenir le peuple dans une sourde colère.

Bénéficiant de la pandémie covid 19, le populisme sanitaire que nous connaissons à l’heure actuelle en France n’est qu’une variante supplémentaire. La France elle-même « Pays des Lumières » ne semble pas échapper à ce virus contagieux. Nous assistons de la part de la grande majorité de la classe politique (de gauche comme de droite), à la prolifération de discours démagogiques et en opposition systématique avec les mesures gouvernementales.

Des discours qui enjambent allègrement la difficulté du moment et le principe de réalité auquel nous sommes confrontés et qui finalement ne sont que des postures.

Et pourtant, il faut bien se rendre à l’évidence : le virus et son évolution sont imprédictibles. Quelques soient les politiques sanitaires qui ont été appliquées, tous les pays d’Europe se retrouvent dans la même situation. Les contaminations explosent, de nouveaux variants apparaissent, les services de santé sont saturés, la pauvreté et les inégalités ne font que s’accroître.

A contrario, en matière de gestion de crise sanitaire, dans tous les pays gouvernés par des dirigeants populistes c’est un désatre : … 24,4 millions de cas aux et 405 000 décès aux Etats Unis (soit plus de décès que lors de la guerre du Vietnam !), 212 000 décès au Brésil, 93 000 aux Royaume unis …..

Certains tenteront de minimiser et dirons que finalement Donal Trump a été battu. Mais ne nous y trompons pas, le trumpisme, ce « populisme 2.0 », n’est pas mort pour autant aux Etats Unis. Au contraire, il s’est renforcé et installé durablement. La défaite de Trump aux élections ne signe donc pas pour autant le déclin du populisme dans cette démocratie.

Certes, en France, nous avons cette chance que les deux pôles populistes ne fassent pas alliance dans une forme d’union sacrée. Mais ne nous y trompons pas, si on réunit le score des deux extrêmes, le populisme est majoritaire en France. Bien que le Trump français n’existe pas ou plutôt qu’il (ou elle) n’a pas encore émergé dans le paysage politique national, ne sous estimons pas la possibilité qu’un front unique aligné et rassemblé sur le rejet puisse un jour accéder au pouvoir.

Le danger est réel car le populisme n’est pas incompatible avec la démocratie. Le populisme n’est pas un régime politique (contrairement au fascisme), mais une stratégie de prise de pouvoir qui se réclame de la démocratie (« la Force du Peuple souverain ! ») et qui se nourrit des échecs de cette dernière pour prospérer.

Mais, en réalité, le populisme est un poison pour la démocratie.

Une souveraineté du peuple sans limite équivaudrait à rejeter le principe de l’équilibre démocratique et de notre République qui garantit notamment la séparation des pouvoirs. Comment alors garantir la notion de liberté et d’égalité ? Le populisme rejette la notion de pluralisme et de diversité et en cela la notion de fraternité. Le mode d’action réactif accompagné d’un discours subjectif est à l’opposé d’une approche analytique et déontologique. Comment dés lors garantir que la décision s’inscrit dans l’intérêt général ?

Le populisme n’est pas l’antidote capable de soigner l’état de fatigue dont notre démocratie témoigne depuis quelques decennies. La solution n’est pas la division, le mépris, la stigmatisation, le conflit ou l’approximation.

A l’échelon national, mais aussi et surout au niveau de la commune qui est le premier échelon de la vie démocratique, l’heure n’est plus aux faux semblants pour les responsables politiques qui se disent démocrates.

A l‘échelle des quartiers on ne dénombre plus le nombre de concertations biaisées dont les décisions sont déjà prises en amont. Et que dire de leur légitimité lorsque ces dernières n’attirent que les militants du premier cercle ? Que dire du nombre de courriers d’habitants qui restent sans réponse ?

Les citoyens ont les yeux ouverts. A force d’être méprisés, de ne pas être écoutés ou de ne pas avoir de réponse, beaucoup malheureusement se laisseront un jour ou l’autre tenter par les discours populistes.

Tant de pratiques et de méthodes sont à changer : nommer les choses, gouverner sans démagogie, redonner de l’espoir, considérer que le citoyen est l’interlocuteur et le premier concerné par la politique, remettre l’égalité mais aussi et surtout la fraternité au cœur de notre démocratie.

Il en va de la conservation et de la protection de notre modèle républicain.

Retrouver un cap collectif

Alors même que la concorde et la solidarité nationale s’imposeraient de manière évidente, on ne compte plus les responsables politiques qui, entre colère feinte, critique systématique, instrumentalisation et postures, alimentent sans cesse la défiance des électeurs à l’égard de la politique tout en croyant tirer des bénéfices électoraux à court terme. Nos gouvernants gèrent comme ils peuvent la crise sanitaire pendant que les oppositions gèrent les polémiques.

D’un côté les pompiers sanitaires, de l’autre, les populistes sanitaires. Ainsi s’ouvre malheureusement la période pré électorale sur fond de crise pandémique mondiale.

Le marketing étant devenu pour beaucoup l’alpha et l’oméga de la politique, les médias sont remplis de mauvais acteurs de série B. De leurs côtés, les « Géo trouvetout », bonimenteurs et autres prédicateurs du « monde d’après » – apparus de-ci-de-là tels des bourgeons avec le confinement du printemps 2020 – se font de plus en plus discrets.

Non contents d’alimenter des polémiques, certains responsables politiques colportent sur les plateaux télé des « fake news » aussi grosses que sont leurs responsabilités. Mensonge, instrumentalisation, incompétence ? … Sans doute tout à la fois.

Mais, en tout état de cause, leurs propos et postures écornent encore un peu plus la démocratie et  contribuent encore un peu plus à creuser profondément la défiance des citoyens vis-à-vis de la politique.

Mais, ne nous y trompons pas, la vie politique française n’est pas seulement constituée par, d’un côté, ceux qui nous gouvernent et, de l’autre, les oppositions. Oppositions qui se cantonnent désormais à susciter l’échec en espérant en tirer profits avec pour seule ligne de mire la fabrication de la prochaine polémique. Entre les deux, il y a cette majorité écrasante de françaises et de français, accaparée par la vie quotidienne, est surtout focalisée par les fins de mois qui est finalement de moins en moins intéressée (voire de plus en plus exaspérée) par cette petites phrases, ces postures, ces coups d’éclat médiatiques, ces controverses et polémiques en tout genre.

Travailler, se loger, se nourrir, éduquer leurs enfants…. voilà les préoccupations de cette majorité de français, qui se tient loin du tintamarre ambiant sans pour autant être ni sourde ni aveugle au triste et affligeant spectacle auquel on assiste dans notre démocratie.

La crise sanitaire a accéléré le déclassement des plus fragiles et des plus démunis. La dégradation des revenus est la plus forte chez les ménages aux revenus les plus faibles. Additionné à cette crise économique, le décrochage scolaire est aussi le plus important dans les milieux défavorisés. Aux 9 millions de citoyens dont les revenus étaient déjà sous le seuil de pauvreté, 1 million de plus est venu s’y ajouter. Et combien encore malheureusement dans les prochains mois ?

Les plus exposés, les plus précaires et les plus fragiles sont invariablement ceux qui subissent le plus la crise de plein fouet.

Depuis le début de cette pandémie, l’Etat a su se montrer fidèle à notre modèle social, il n’en demeure pas moins que la complexité des circuits d’élaboration et de décision liés aux financement des dispositifs de protections sociale est une réalité qui a retardé la mise en place effective de notre modèle républicain. 

Le revenu universel semble dés lors pouvoir constituer un pilier complémentaire efficace pour tenir les promesses d’égalité de fraternité de notre devise républicaine. Le caractère automatique du revenu universel peut en effet constituer un filet automatique de protection permettant d’éviter une chute brutale des revenus et son universalité permettrait de protéger tout les catégories de populations (étudiant, professions libérales, intermittents du spectacles, etc.).

Modes de financement, public concerné etc. sont autant d’aspects et de modalités à discuter mais le sujet mérite d’être mis sur la table.

La crise sanitaire et ses périodes de confinement a aussi profondément modifié pour bon nombre de salariés ou d’entrepreneurs le rapport au travail. D’un management fondé sur la commande et le contrôle, par la force des choses, dans beaucoup de secteurs nous sommes passés à un management fondé sur l’autonomisation et la confiance par le biais du télétravail.

Bien évidement, pour des raisons personnelles ou liées à leur activité, le télétravail n’est pas LA solution miracle pour tous les actifs. Mais en même temps, beaucoup de salariés y ont vu un bénéfice pour leur qualité de vie au quotidien ne serait ce notamment par la diminution des temps de transports. Le nombre « idéal » de journées télétravaillées a augmenté de 1 journée avant le confinement à 2 jours selon un récent sondage. La notion Travail ne doit donc plus être considérée comme un débat d’experts à renfort de tableaux incompréhensibles ou une question idéologique ou une question ramenée sans cesse à sa durée.

Les évolutions de ces quarante dernières années (diminution du temps de travail hebdomadaire, allongement de la durée de cotisation, augmentation de la durée de vie, télétravail, mutation des secteurs d’activités etc.) démontrent que le travail est avant tout une question sociétale qui mériterait une nouvelle vision prenant notamment en compte un équilibre entre vie privée et vie profesionnelle. 

L’heure n’est donc pas aux propositions idéologiques teintées de souverainisme, ni aux propositions toutes plus chimériques et disruptives les unes que les autres, ni aux pantalonnades des indignés permanents.

En ces temps de tempête sanitaire, sociale et économique, l’heure est plus que jamais à la construction de propositions qui intègrent les réalités de notre société actuelle, qui répondent aux besoins de millions de nos concitoyens et qui soient capables de retrouver un cap collectif à notre modèle social, démocratique et républicain.

Il n’y a point de liberté et d’égalité sans fraternité

La fraternité apparait aujourd’hui comme portion congrue aux yeux de l’opinion publique malgré quelques sursauts de ferveurs collectives comme ceux suite à l’assassinat de Samuel Paty, la commération du massacre de l’équipe de Charlie Hebdo ou encore les attentats antisémites de l’hyper cacher.

La moitié des français placent la liberté comme le terme le plus important à leurs yeux, un tiers l’égalité et enfin seulement un français sur dix estime que la fraternité est essentielle.

Et pourtant, la devise inscrite aux frontons de notre République n’est pas écrite verticalement, ce qui pourrait laisser supposer une hierarchie, …. mais horizontalement, mettant ainsi au même niveau ces trois valeurs et principes.

La fraternité apparait dés 1793 sur le fronton de l’hôtel de Ville, imposée par la Commune « La république une et indivisible – Liberté, Egalité, Fraternité ou la mort ». Ce n’est pourtant qu’en 1848 sous la deuxième république que la Fraternité associé à la devis Liberté, Egalité s’impose dans la constitution pour être effacée par le retours du Second Empire et revenir de manière stable sous la troisième République en 1880 et être inscrite durablement par la Constitution de 1946.

Ce fut le terme le plus délicat à intégrer au tryptique fondamental de notre République tant les interprétations et origines de ce terme furent multiples.

Cette valeur est aussi définitivement ancrée dans la Déclaration universelle des Droits de l’Homme de 1948 « Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres en esprit de fraternité »

En 2018, le Conseil Constitutionnel français reconnait le troisième terme de la devise républicaine comme principe à valeur constitutionelle.

Contrairement, ou plutôt de manière complémentaire à la Liberté et à l’Egalité, la Fraternité est une obligation morale et non une obligation légale.

Edgar Morin disait : « la liberté peut être instituée. L’égalité peut être imposée. Mais la fraternité ne s’établit pas par une loi, ni ne s’impose par l’État ! »

La Fraternité n’a pas force de loi et n’est pas non plus un acte spontané.

Néanmoins notre République porte en elle ce projet d’union nécessaire entre les être humains, pré requis aux valeurs de respect, de tolérance et de solidarité innérentes à la paix de notre communauté.

L’égalité, si imparfaite voir parfois impossible soit elle, est néanmoins nécessaire car une société inégalitaire est vouée aux tensions et entraine un sentiment d’injustice. L’égalité c’est d’abord être égaux en droits et en devoirs, ce qui permet la liberté. C’est aussi d’égalité des chances dont il est question : chacun est différent, mais le système doit offrir à tous les mêmes chances de réussite.

Néanmoins, on sent bien qu’un excès d’égalité qui se fonderait dans une recherche d’uniformité nuirait à la liberté. Le meilleur exemple n’est il pas celui des anciens régimes derrière le rideau de fer ?

A l’inverse, la liberté menée jusqu’à l’individualisme mène invariablement à un creusement des inégalités comme nous le constatons dans les sociétés ou règne le libéralisme. Pour employer les mots de Paul Bert, l’excès de liberté conduit à l’égoïsme. Nous pourrions ajouter que l’excès d’égalité mène à l’égalitarisme donc à la privation de la liberté dont la première possibilité est d’être ce que nous sommes, ce qui nous défini comme être unique.

Il revient alors à la Fraternité de constituer ce lien d’équilibre entre liberté et égalité, de les réconcilier tout en les mettant dans une même perspective afin de préserver le contrat social de notre République.

La fraternité englobe mais dépasse dans sa valeur universaliste et humaniste la notion de solidarité qui elle, a pour objet de réduire les inégalités. Une société fraternelle est une société ou chacun prend soin de l’autre, de tout autre.

La fraternité implique donc un contact immédiat avec les personnes, la reconnaissance de l’autre qu’il soit différent de moi ou égal à moi. Différent parce que chacun est unique. Égal parce qu’au fond nous sommes toutes et tous de la même famille : l’humanité.

Ne soyons pas naïfs non plus pour autant. Nous voyons effectivement que dans beaucoup de pays les libertés reculent, les inégalités se creusent et la fraternité recule.

Nos société démocratiques ne sont pas non plus épargnées. Sur fonde crise sanitaire mondiale, en France, pas un jour ne se passe sans qu’une polémique ne surgisse, savament entretenue par certains médias ou responsables politiques.

La radicalité devient même parfois de plus en plus le champ d’expression supplantant le débat démocratique. Le discours de la rupture est mis au premier plan par des responsables politiques. Un processus de radicalisation de la vie et de l’action politique entrainant inévitablement une fragmentation communautaire, s’installe progressivement au détriment du débat.

Or la radicalisation est l’ennemi de la fraternité dans le sens où elle pose en postulat que la différence doit être envisagée comme une rupture et un affrontement.

La radicalité c’est l’exact opposé de la capacité à se mettre à la place de l’autre, à considérer l’avis de l’autre non pas comme adverse mais mais complémentaire. C’est l’opposé de la Fraternité.

Car c’est bien cette capacité à se mettre à la place de l’autre qui est le moteur de la compréhension, de la bienveillance et de l’apaisement.

Refusons que la Fraternité soit reléguée en second plan, qu’elle soit l’oubliée de notre devise nationale dans un monde devenu de plus en plus individualiste.

Face à ce tumulte et en opposition à celles et ceux qui veulent nous diviser, interrogeons nous sur ce qui fait que chacun de nous est un tout indivisible non pas « à cause de » mais « grâce à » nos origines, notre culture, notre éducation, notre religion, nos préférences sexuelles, nos modes de vie et de consommation.

Interrogeons nous sur les différences qui doivent nous relier et non pas nous diviser.

La Fraternité est un combat. Assumons le collectivement.

« La fraternité a pour résultat de diminuer les inégalités tout en préservant ce qui est précieux dans la différence. » Albert Jacquard 

En 2021, immunisons nous collectivement grâce au vaccin de la solidarité

2020 s’achève. Nous sommes pressés de rentrer dans 2021 à grandes enjambées, d’oublier cette année si particulière qui porte en elle les stygmates d’un lourd bilan humain mais aussi les germes d’une crise sociale et économique qui se profile. Cette période aura aussi été un révélateur et un catalyseur du complostime nourrissant la défiance qui progressivement érode la démocratie.

La France n’a jamais été aussi féconde de ces « yaka fo kon », experts en tout et spécialistes en rien, médecins des plateaux de télévision, politiques, polémistes etc. qui s’indignent que tout ne vas pas assez vite pour, le lendemain craindre que trop ne soit fait. Certains en font leur terreau électoral alors que la période exigerait un sens des responsabilités au service de l’intérêt général.

Nous pourrions continuer à croire aux fadaises et autres galimatias de ces alchimistes en costume cravate écumant les plateaux télé, laissant croire que la fausse bonne solution est de leur côté et que le jugement suprême est arrivé et continuer à broyer du noir.

Mais nous pourrions surtout nous arrêter un instant, et songer à cette épreuve que nous avons franchi collectivement depuis le printemps dernier. Pour peu que nous soyons capable de laisser de côté un instant notre pessimisme savament entretenu par les charlatans, marabous et médias en tout genre, nous serons alors en capacité de mesurer notre capacité à vivre malgrè tout que cette épreuve nous a finallement apporté et donc l’espoir qu’elle porte en elle.

Sous l’effet du nécessaire confinement du printemps, le temps s’est subitement arrêté. Ce temps rythmé par notre quotidien effrené nous empêchant bien souvent de comprendre, écouter, sentir et voir le monde qui nous entoure. Pour beaucoup, cette parenthèse a été l’occasion de faire les diagnostics nécessaires sur des existences malmenées par le tumulte quotidien des réunions, des embouteillages. Nous nous sommes alors, par contrainte, réinterrogés sur nos modes de consommation, de vie, de déplacements, sur nos rapports à la familles et aux autres. Le confinement, au-delà de nous isoler, nous a pour la plupart consciemment ou inconsciemment permis d’atteindre les confins de territoires jusque là inexplorés : nos territoires individuels.

Touchés individuellement, nous avons ainsi pris conscience des autres. L’expression « prend soin de toi » à remplacer le « cordialement » dans nos échanges. La bienveillance a parfois repris le dessus sur la convenance.

D’un point de vue collectif, au quotidien des hommes et des femmes se sont mis aux service des plus démunis. Des réseaux d’entraides se sont organisés à l’échelle du voisin, d’un quartier, d’une ville.

Chacun a alors pris conscience de l’utilité des « invisibles » oeuvrant chaque jour dans les hopitaux, dans les services de collectes des ordures ménagères, à la caisse des supermarchés sans qui la continuité de la vie n’aurait pas été possible.

Cette crise aura aussi accéler d’autres évolutions. La digitalisation accélérée de nos modes de vie avec le télétravail, les réunions en visioconférences, le clique et collecte, les livraisons à domiciles. A côté de ces mutations de notre mode de vie, cette crise aura décuplé la prise de conscience sur la question écologique. Ne laissons pas de côté ces évolutions de société et ces prises de conscience lettre morte. Ne laissons pas en jachère des mutations positives possibles sur nos modes de vie que cette crise sanitaire nous a laissé apercevoir. Sachons transformer les contraintes en atouts.

C’est aussi la place et le rôle de l’Etat dont il est question. Avec ses imperfections, le « quoi qu’il en coûte » a permis de sauver nombre d’emploi, de secteurs d’activité. Nous avons tous redécouvert un état interventionniste au service du citoyen dans les domaines économique et social, l’Etat Providence.

Bien sûr que les dispositifs d’accompagnements ne sont pas parfaits, quel dispositif l’est d’ailleurs ? Mais ils sont sans précédents par la réactivité de leur mise en place ainsi que le volume des investissements (470 Milliards d’Euros de soutien pour soutenir les entreprises, les TPE/PME et les salariés). Certains diront que cela prouve que l’austérité est donc savament entretenue, d’autres diront que ce seront autant de dettes laissées à nos enfants …

Voyons y plutôt l’empreinte de ce qui a construit notre modèle social depuis des décennies fondé sur le principe de solidarité grâce à un Etat solide et un service public irremplaçable. Les services publics dont la santé, l’éducation n’ont pas failli face à la responsabilité et au choc du moment.

Le modèle français,unique au monde, né au lendemain de la seconde la guerre mondiale sous l’impulsion du Conseil National de la Résistance.

Prenons ainsi le temps pendant cette période de nous retourner sur cette année sombre pour y puiser les lueurs qui pourront éclairer le chemin de demain. Ces lueurs faites de sursaut et d’espoir. Le dernier espoir en date étant le vaccin. Fabuleux exploit de l’humanité qui, en moins d’un an, grâce à la recherche scientifique nous permet collectivement de voir la lumière au bout du tunnel.

Mais ce vaccin ne sera pas un remède à tout. Il ne sera pas un remède contre la crise économique et sociale qui se profile.

Notre capacité à agir collectivement, la continuation de notre empathie envers les plus fragiles, notre capacité à résister collectivement seront autant d’enseignements pour l’avenir.

Choisissons le loup que nous voulons nourrir.

Celui qui nous aidera à apporter de l’espoir, de l’amour, de la joie, de l’humanité, de la fraternité, de la bienveillance et de la solidarité.

Un vieux chef Cherokee a enseigné ceci sur sa vie à son petit fils :
– Il y a un grand combat qui se passe à l’intérieur de nous tous, lui dit- il. Et c’est un combat entre deux loups l’un est le mal, il est colère, l’envie, culpabilité, tristesse et ego, et l’autre est bon, il est joie, amour, espoir, vérité et foi.
Le petit fils demande :
– Quel est le loup qui gagnera ? 
Et le chef répondit :
– Celui que tu nourris.

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