La citoyenneté, ce refuge commun

En plus d’avoir installé une crise sanitaire, sociale et économique, la pandémie de la COVID-19 a accéléré une crise politique démocratique.

De nombreux individus n’ont pas hésité à défier les directives émanant de l’État pourtant basées sur conclusions scientifiques, avec pour conséquence une incapacité de freiner durablement la contagion. Des manifestations mélant antivax, antipass et finalement « anti tout » sont régulièrement organisées en France avec en tête de cortège tout ce que la sphère politique peut compter de populistes.

La crise a révélé par ailleurs des comportements individualistes, égoïstes et peu responsables.

En parallèle, on assiste progressivement à une déliquescence du débat politique par manque de structuration collective. Nous sommes entrés dans l’ère du débat télévisuel formaté à coup de grand teasing médiatique où il nous est par exemple donné à voir comme récemment un duo plutôt qu’un duel où les protagonistes sont autant associés que rivaux. La polémique et la posture prend progressivement le pas sur le débat d’idée pour l’intérêt collectif et l’invective sur le dialogue.

Comment et pourquoi nos sociétés pourtant qualifiées d’évoluées et héritières des Lumières en sont-elles arrivées là ?

Comment reposer la notion de citoyenneté et éviter un décentrement constaté parfois important chez certains citoyens au profit d’une jouissance quasi illimitée de la liberté individuelle confondant trop souvent intérêt individuel au détriment de l’intérêt collectif ?

La notion de citoyenneté nous ramène donc en premier lieu à réfléchir sur qu’est l’identité. Elle revêt plusieurs formes.

Elle peut être individuelle, collective, philosophique, sociologique, nationale.

Le Petit Robert nous propose deux définitions de l’identité. « L’identité c’est le caractère de deux choses identiques, de ce qui demeure identique à soi même ». Mais c’est aussi « ce qui permet de reconnaître une personne parmi toutes les autres en référence à l’état civil ».

Jusqu’au second empire, chaque déplacement en dehors d’un canton était surveillé via un passeport interne et le livret d’ouvrier. En 1912, l’Etat Français impose le carnet anthropométrique très détaillé (taille, buste, empreintes digitales etc.). en 1917, un décret impose la carte d’identité obligatoire pour les étrangers et en 1921, malgré les réticences des syndicats et intellectuels, la carte d’identité devient facultative pour devenir obligatoire sous le régime de Vichy dés 1942. Le 22 octobre 1953, elle devient obligatoire et valide pour 10 ans puis biométrique en 2017.

Mais une carte d’identité ne dit pas Qui je suis ? Elle dit simplement comment je suis au travers de mon âge, ma ville de naissance, la couleur de mes yeux, ma taille, ma nationalité.

Dés lors, qu’est ce qui peut définir mon identité ?

Est elle un concept philosophique et métaphysique ou permet elle d’exprimer la conformité au groupe ? L’identité n’est elle pas aussi évolutive dans le temps en fonction de l’expérience de chacun ?

« L’homme étant un animal politique » (Aristote), il s’inscrit comme animal pensant et animal social de ce fait. L’homme ne devient homme que parce qu’il vit dans une société régit par des lois et des coutumes et il se réalise dans un contexte social. L’identité sociale renferme la problématique du rapport entre notre identité individuelle et le rapport à ce collectif.

Contrairement à l’identité individuelle qui nous définit en tant que personne unique, l’identité sociale se réfère aux attributs que des individus ont en commun. C’est souvent d’ailleurs une ou plusieurs catégorie qui relèvent de l’héritage pour partie. Chaque individu appartient à au moins un groupe ou catégories voir plusieurs. Mais le fait d’appartenir à des catégories sociales identiques n’est pas forcément conséquence d’interactions.

D’ailleurs, poussée à son paroxisme, l’identité sociale amène à la catégorisation des individus, qui elle-même amène au compartimentage social produisant ainsi inévitablement inévitablement le communautarisme source de conflit au lieu d’aspirer à la communauté et à l’universalisme.

Comment assurer et préserver notre singularité individuelle et en même faire en sorte qu’elle contribue à l’épanouissement du collectif sans pour autant s’y diluer ?

Pour cette raison évidente, les deux extrêmes (l’un de gauche et l’autre de droite) sont à rejeter car le racialisme sur base de ségrégation identitaire ou religieuse ou ethnique est l’inverse de l’humanisme.

Ces réflexions sur l’identité individuelle et l’identité sociale qui nous amènent inévitablement sur la nature, le sens et la perception que nous pouvons avoir du concept d’identité nationale.

Qu’est ce que l’identité nationale ? C’est le sentiment qu’éprouve une personne à faire partie d’une nation. L’Etat est le garant de la production des symboles permettant l’imprégnation des individus de ce sentiment de faire nation. Il existe des points communs évidents entre individus d’une même nation : le territoire partagé, la langue commune. Au-delà de ces éléments factuels, l’identité nationale c’est d’abord et avant tout l’idée et la volonté de faire commun ensemble, d’adhérer aux même valeurs.

C’est là qu’intervient la notion de citoyenneté qui manifeste la rattachement à une même communauté politique, la nation. Dans les sociétés démocratiques, la citoyenneté crée le lien social et politique entre les individus. Le terme politique étant à prendre dans son acceptation « participation à la vie de la cité ». En France la citoyenneté permet notamment la liberté d’expression, le droit de vote et la protection sociale.

La citoyenneté est donc garante de droits. Mais elle est aussi implicitement attachée la notion de devoirs : celui de respecter les lois, d’acquitter des impôts etc.

L’identité ne se construit pas de façon volontariste. A contrario, la citoyenneté ne s’acquiert que par la volonté d’adhérer aux principes et aux valeurs de cette société.

Les individualités sont multiples, les identités sont différentes, la citoyenneté est une.

Depuis l’antiquité, la citoyenneté a toujours été associée à celle d’instruction. A la révolution française, le lien est fait entre la condition d’homme et le statut de citoyen. La Déclaration des Droits de l’homme et du citoyen est un texte fondamental car il énonce à la fois des droits individuels et des droits communs et leur condition de mise en œuvre.

Au travers de ce texte fondateur, la citoyenneté rattache l’Homme à une même communauté politique, la Nation. On y trouve d’ailleurs les prémisses de la notion de laïcité dans l’article 10 « Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, mêmes religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la loi ».

La citoyenneté replace l’homme au sein de la cité, en interdépendance avec ses semblables, elle est vecteur de lien de lien politique et social entre les individus. Chacun peut participer (ou pas) à la vie de la Cité. A noter qu’il faut attendre 1944 et le droit de vote des femmes pour que chaque citoyen dispose de ce droit.

La citoyenneté garantit les libertés individuelles, assure une protection sociale et elle définiti en contrepartie un certains nombre de devoirs (les impôts, le respect de la loi, etc.).

Symboliquement, la citoyenneté permet d’avoir le sentiment de faire partie d’une même communaté nationale et de définir l’identité nationale sur le fondement d’une histoire commune.

Mais le sentiment ne se crée pas naturellement, il ne va pas de soi. La compréhension de l’histoire commune se heurte à au moins deux difficultés : l’origine du citoyen qui a pu, pendant une partie de sa vie être bercé par une autre histoire commune puisque venant d’une autre nation et imprégné d’une autre culture et les inégalités d’accès à la culture.

Il ne faut pas aussi se leurrer : il est d’autant plus difficile pour beaucoup d’adhérer à une valeur parfois abstraite comme la citoyenneté lorsque le quotidien nous démontre que les évolutions économiques, sociales et culturelles de notre société sont rapides et que bon nombre de nos concitoyens sont laissés au bord du chemin. La notion d’identité nationale n’est néanmoins partagée que si socialement elle est acceptée.

On ne nait pas citoyen, on le devient. La difficulté de l’exercice résidant dans le fait que la citoyenneté est une construction permanente et ne doit pas reposer sur les origines d’une personne (origines ethniques, religieuse, sociale) et à fortiori ses identités personnelle et sociale MAIS par ces qu’il est au sein de la communauté.

La citoyenneté est un idéel universel mais qui n’est ni inné ni constant dans l’histoire.

Grâce à la citoyenneté, il s’agit d’organiser l’espace public pour qu’il soit commun aux citoyens et que la Res-Publica soit la chose publique partagée par toutes et tous, un espace égalitaire mais qui n’a rien d’inné d’où la nécessité de l’organise afin qu’il devienne un espace où les valeurs de liberté, d’égalité mais aussi de responsabilité (le pendant nécessaire à la liberté) sont garanties.

La citoyenneté est donc un espace d’inclusion qui réunit au-delà de l’appartenance sociale, ethnique, religieuse, territoriale etc. une communuaté de citoyens permettant de créer un sentiment d’identité collective et d’identification nationale.

En complément de cette citoyenneté définie par des normes politiques, vient s’ajouter « la pratique citoyenne » qui prend forme par le biais de l’engagement associatif, la formation de collectifs. Ce sont des pratiques non régies par le biais d’une norme politique mais qui viennent répondre au champ de la fraternité par le biais de la solidarité. La solidarité n’étant qu’une composante de la fraternité dans le sens où la fraternité englobe une dimension affective lui donnant un caractère plus universel.

L’actualité nous montre malheureusement que le tissu supposé rassembler tous les citoyens se délite, que les aspirations des uns et des autres sont de plus en plus divergentes et que certains responsables politiques, faute de projet social et tojours prompts à tomber dans la surenchère, n’ont plus que pour seul programme l’identité et la mise en valeur des différences.

Il est d’ailleurs à constater que ce thème revient sur le devant de la scène dans les années 1970, porté par la gauche d’alors, puis vers les années 1990, il est repris par la droite et revient aujourd’hui avec une volonté de la part de certains courants politiques nostalgiques de Maurass ou antidécoloniaux de mettre au cœur du débat la notion de race.

Or l’éceuil que doit éviter notre démocratie c’est le fractionnement comunautaire. Qu’il soit basé sur les origines ethniques, religieuses, sexuelles etc.

C’est pourquoi, il faut rappeler inlassablement que l’universalisme républicain donne corps à la citoyenneté et que la laïcité permet l’exercice de la citoyenneté en cela que la laïcité c’est la liberté de conscience et d’opinion et qu’elle permet un principe d’égalité des citoyens entre eux puisqu’assurant la neutralité vis-à-vis des croyances religieuse.

Mais seule, la laïcité ne suffit pas à assurer la citoyenneté puisque son rôle juridique n’est pas de garantir l’égalité sociale. Trois autres notions sont fondamentales pour assurer la ciroyenneté.

La civilité qui est une attitude de respect des personnes, des institutions. Le civisme qui consiste à respecter les lois. La solidarité qui est une illustration de la fraternité.

Cette question autours de la citoyenneté est d’autant plus prégnante à l’heure actuelle que nous vivons une véritable crise démocratique. Crise démocratique dont les ressorts résident à la fois dans le délitement des partis,  l’essoufflement de nos institutions (réduction du septennat en quinquennat, inversion du calendrier électoral, etc.) et l’abstention due au désintérêt pour la « chose publique ». Et pourtant, le rôle des partis a été constitutionalisé, ce qui montre leur importance. L’article 4 de la constitution précise « les partis et groupements politiques concourent à l’expression du suffrage ».

Les partis sont censés être les intermédiaires entre le peuple et le gouvernement. L’ère de ce que j’appellerai les « partis de masse » touche à sa fin et nous entrons dans un cycle comparable à celui de la III ème république : celui des personnalités. Le citoyen est ramené à un statut d’électeur.

Or sans structuration du débat et des idées, la place est laissée à l’instabilité idéologique et politique.

Il y a un an, Samuel Paty était assassiné par un terroriste islamiste.

Cette commémoration doit nous rappeler le rôle essentiel de l’Ecole de la République qui a pour mission de former des individus libres, égaux et fraternels capables de se forger un avis éclairé à partir de confrontation des faits et des représentations de ceux-ci ……… des citoyens.

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