Un faussaire nommé Zemmour

Monsieur « Z » sera-t-il ou pas candidat à l’élection présidentielle de 2022 ?

En tout état de cause, force est de constater que ce pur produit de l’audiovisuel et des médias, encore récemment polémiste chroniqueur, s’est pour le moment imposé dans les sondages, étouffant par la même Marine Le Pen et le rassemblement National ainsi qu’une partie de la la droite.

Certains ont choisi d’être dans le déni, d’autres de regarder ailleurs en se bouchant le nez, d’autres encore de marginaliser ou de minimiser le phénomène Zemmour. Mais peut on sciemment ne pas être inquiet lorsque l’extrême droite atteint 40% (Le Pen + Zemmour + Dupont Aignan) et qu’une partie de la droite traditionnelle se « radicalise » ?

Pour le moment, son seul axe stratégique est de nous parler de la France, de l’identité française et de l’immigration en raccrochant le tout à l’histoire de France avec néanmoins certaines approximation comme sa déclaration à Rouen.

Chacun ayant bien évidement en tête que le débarquement de 1944 de forces alliés s’est déroulé à plus de 150 km de Rouen et que Jeanne d’Arc n’est passée par Rouen que pour être envoyée au bucher le 30 mai 1431. Sa ville de Naissance Domrémy la Pucelle étant comme chacun le sait située dans le département des Vosges.

Mais finalement, l’approximation historique (comme celle qui consiste à attribuer à Genghis Kahn la chute de Rome alors que ce dernier est né 700 ans après), n’est peut être pas le sujet le plus intéressant chez Zemmour, quoi que…..

Zemmour a choisi de nous questionner sur l’identité française, et voilà que 17% des électeurs sont prêts à voter pour lui. Notre société est elle si mal en point ?

Bien évidement, lorsqu’il pose le débat, il ne manque jamais de sous entendus délétères pour les musulmans avec des éléments de langage propres à l’extrême droite et en ramenant ses propos « aux valeurs chrétiennes » de la France, oubliant sciemment la laïcité au passage comme l’a montré l’épisode médiatique de sa visite à Drancy.

Une scène fabriquée de toute pièce dans laquelle Zemmour met au défi une femme d’ôter son foulard en direct qui elle-même n’a pas eu de mal à l’enlever puisque ne le portant pas d’ordinaire.

D’ailleurs, déclarant à la fin de cette séquence tout aussi grotesque qu’ubuesque « Voilà, vous respectez la laïcité » Zemmour commet une grossière erreur d’interprétation de la laïcité. La laïcité protège la liberté de conscience et d’exercice du culte. Elle permet le port d’un signe religieux dans l’espace public sous réserve de ne pas créer de trouble à l’ordre public ou si on exerce pas de fonction officielle ou le rôle que nous avons n’entrave pas la neutralité.

Gilles Clavreul résume parfaitement l’amalgame zemmourien : « Éric Zemmour superpose des registres que l’État laïc a justement eu tendance à séparer : l’origine, la religion, la classe sociale et enfin les opinions politiques ».

Avec une aisance de tribun qui caractérise les populistes il explique par ailleurs aux français que « le grand remplacement » est en cours, que les français vont peu à peu disparaitre ainsi que la France.

Laissant de côté le projet social de son programme (en a-t-il d’ailleurs des propositions sur ces sujets ?), Zemmour cristallise une partie de français sur ce seul axe politique à l’aide d’une punch line tout aussi percutante qu’elle est vide de sens : « restaurer la France » tout en pré supposant que l’identité française n’existe plus.

« Bien sûr, nous devons être conservateurs de notre identité, mais que pouvons-nous conserver puisque tout a été détruit ? Notre tâche est plus immense, presque désespérée. Nous devons restaurer. » 28/9/2019 convention de la droite.

Zemmour s’appuie sur des exemples précis mais en même temps en déforme les causes pour arriver à ses fins : une identité fantasmée, une France pure. Il nous raconte un récit qui rompt avec le rationalisme et qui de fait crée de l’émotion pour créer de l’adhésion.

Lorsqu’il pointe certains territoires comme celui de la Seine Saint Denis pour illustrer sa théorie du grand remplacement et du choc des cultures, selon lui, les causes des difficultés sociales et sécuritaires de ce territoire sont uniquement sociologiques. Il faut être lucide, la Seine Saint Denis cumule certes de nombreuses difficultés. Mais il faut établir le juste diagnostic en pointant du doigt les véritables causes qui sont d’abord une relégation sociale et politique des habitants de ce territoire depuis des décennies ainsi que des aménagements urbains catastrophiques.

La vision zemmourienne du grand remplacement se heurte aussi à une réalité : celle de l’histoire de France qui met au sol sa tentative de mystification. Aucune donnée statistique ni démographique ne vient corroborer le grand remplacement. Zemmour nie en réalité l’histoire de France dont nous sommes toutes et tous issus et héritiers. Cette théorie repose aussi une erreur d’analyse de l’histoire en supposant que cette dernière est statique. Or, l’histoire n’est jamais statique à commencer par le peuplement de l’Eurasie puis de l’Europe commencé il y a 2 millions d’années par les homos erectus venus d’Afrique.

La France pure de Zemmour n’existe pas et n’a jamais existé. Sa théorie est une pure chimère et falsification de notre histoire. La France ne s’est pas construite seule indépendamment du monde et des influences extérieures. L’identité française n’a jamais été ethnique mais philosophique et nourrie des influences et apports extérieurs : la gastronomie, l’architecture, l’art, la philosophie, les prénoms etc.

La France de Zemmour et plus largement celle de l’extrême droite c’est un récit fantasmé qui tourne le dos à l’histoire mais aussi richesses de la France : sa complexité, sa diversité, sa mixité, son universalisme. Ce n’est pas avec une logique zemmourienne héritière de Maurras fondée sur la ségrégation, la tentation identitaire, communautaire ou religieuse que nous serons collectivement en capacité de résoudre la crise sociale que traverse notre société.

S’opposer à Zemmour et à l’extrême droite, c’est faire la différence entre ceux qui veulent vivre ensemble et les autres et c’est leur opposer les fondements même de ce qui nous unit en commençant par les valeurs et principes fondamentaux de notre république.

Je terminerai ce modeste article en vous invitant à regarder et écouter Robert Badinter racontant l’arrestation de sa grand mère par Bousquet en novembre 1942.

Ses mots doivent raisonner en nous

« La vérité il faut toujours la rappeler (…) cela me paraissait un orage emporté par l’histoire mais je n’en suis plus si sûr (…) aux jeunes générations d’y veiller« 

Robert Badinter

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