Le populisme, ce faux ami de la démocratie

Hier, le populiste haranguait les foules au café du commerce. Aujourd’hui sa puissance néfaste est amplifiée par les réseaux sociaux et les médias. La bataille des idées a été supplantée par la bataille de la communication.

Au 19ème siècle, il apparait simultanément en Russie, (au travers d’un mouvement socialiste progressiste) et aux Etats Unis (au travers d’un mouvement provincial érigé contre les bourgeois des grands centres urbains pronant à la fois un mouvement nationaliste dont témoigne l’activité du Ku Klux Klan). Autre autre exemple celui de l’Allemangen des années 30 qui a vu le NSDAP dériver vers le nazisme. Le Maccarthysme, le Peronnisme argentin, le poujadisme français puis le populisme Frontiste de Le Pen etc. sont autant de formes de populismes.

L’histoire du populisme depuis la fin du 19ème siècle montre bien cette ambivalence et cette difficulté qu’il y a à le ranger d’un côté ou de l’autre de l’échiquier politique. Ne nous y trompons pas, le populisme n’est ni de gauche ni de droite.

Il y a en réalité autant de populismes que de figures ayant porté ou portant encore le populisme. Le populisme est donc inclassable dans une matrice gauche / droite mais se décline en fonction du contexte : le populisme nationaliste, le populisme néolibéral, le populisme se réclamant des masses populaires etc. Il est tantôt prolétarien, tantôt nationaliste.

Il y a malgrè tout quelques similitudes dans les différentes formes de populisme.

Ce n’est ni la cohérence ni la véracité des propos que tient le populiste qui est importante, c’est la manière dont il le dit. Plus il va le dire de manière outrageuse et indécente, plus sa parole va faire échos et être gage de vérité.

Et puis, finalement, qu’importe la vérité, le populiste nourrit sa stratégie sur la construction d’une opposition entre le peuple et les élites et dit au Peuple ce que ce dernier veut entendre en usant et abusant de sophismes, de contre vérités et de rumeurs. Le faux devient vérité à partir du moment où le populiste le dit.

Mais de quel peuple parle t’on au fait ? le peuple des militants politiques par définition déjà convaincus ? le peuple des urnes ? le peuple de l’abstentionnisme ? le peuple Nation ? etc.

Le caractère poylsémique du terme conforte le populiste lui permettant ainsi de rester dans une zone indéfinie aux contours vagues et peu scrupuleux des valeurs. Car en réalité, pour le populiste, la participation du peuple n’est en rien souhaitable sauf quand les sondages lui sont favorables.

Qu’importe, le populiste ne structure pas son projet politique grâce au débat contradictoire, il structure son existence politique par la conflictualisation.

L’essence même du populisme, au-delà de la fabrication d’une opposition entre le peuple et les élites, est de rejeter toute autre forme de pluralité politique. Or, sans pluralisme, il n’y a plus de démocratie.

Peut importe la réalité, sa complexité, sa logique … l’essentiel est d’hystériser les débats, d’être omniprésent sur la scène publique et d’entretenir le peuple dans une sourde colère.

Bénéficiant de la pandémie covid 19, le populisme sanitaire que nous connaissons à l’heure actuelle en France n’est qu’une variante supplémentaire. La France elle-même « Pays des Lumières » ne semble pas échapper à ce virus contagieux. Nous assistons de la part de la grande majorité de la classe politique (de gauche comme de droite), à la prolifération de discours démagogiques et en opposition systématique avec les mesures gouvernementales.

Des discours qui enjambent allègrement la difficulté du moment et le principe de réalité auquel nous sommes confrontés et qui finalement ne sont que des postures.

Et pourtant, il faut bien se rendre à l’évidence : le virus et son évolution sont imprédictibles. Quelques soient les politiques sanitaires qui ont été appliquées, tous les pays d’Europe se retrouvent dans la même situation. Les contaminations explosent, de nouveaux variants apparaissent, les services de santé sont saturés, la pauvreté et les inégalités ne font que s’accroître.

A contrario, en matière de gestion de crise sanitaire, dans tous les pays gouvernés par des dirigeants populistes c’est un désatre : … 24,4 millions de cas aux et 405 000 décès aux Etats Unis (soit plus de décès que lors de la guerre du Vietnam !), 212 000 décès au Brésil, 93 000 aux Royaume unis …..

Certains tenteront de minimiser et dirons que finalement Donal Trump a été battu. Mais ne nous y trompons pas, le trumpisme, ce « populisme 2.0 », n’est pas mort pour autant aux Etats Unis. Au contraire, il s’est renforcé et installé durablement. La défaite de Trump aux élections ne signe donc pas pour autant le déclin du populisme dans cette démocratie.

Certes, en France, nous avons cette chance que les deux pôles populistes ne fassent pas alliance dans une forme d’union sacrée. Mais ne nous y trompons pas, si on réunit le score des deux extrêmes, le populisme est majoritaire en France. Bien que le Trump français n’existe pas ou plutôt qu’il (ou elle) n’a pas encore émergé dans le paysage politique national, ne sous estimons pas la possibilité qu’un front unique aligné et rassemblé sur le rejet puisse un jour accéder au pouvoir.

Le danger est réel car le populisme n’est pas incompatible avec la démocratie. Le populisme n’est pas un régime politique (contrairement au fascisme), mais une stratégie de prise de pouvoir qui se réclame de la démocratie (« la Force du Peuple souverain ! ») et qui se nourrit des échecs de cette dernière pour prospérer.

Mais, en réalité, le populisme est un poison pour la démocratie.

Une souveraineté du peuple sans limite équivaudrait à rejeter le principe de l’équilibre démocratique et de notre République qui garantit notamment la séparation des pouvoirs. Comment alors garantir la notion de liberté et d’égalité ? Le populisme rejette la notion de pluralisme et de diversité et en cela la notion de fraternité. Le mode d’action réactif accompagné d’un discours subjectif est à l’opposé d’une approche analytique et déontologique. Comment dés lors garantir que la décision s’inscrit dans l’intérêt général ?

Le populisme n’est pas l’antidote capable de soigner l’état de fatigue dont notre démocratie témoigne depuis quelques decennies. La solution n’est pas la division, le mépris, la stigmatisation, le conflit ou l’approximation.

A l’échelon national, mais aussi et surout au niveau de la commune qui est le premier échelon de la vie démocratique, l’heure n’est plus aux faux semblants pour les responsables politiques qui se disent démocrates.

A l‘échelle des quartiers on ne dénombre plus le nombre de concertations biaisées dont les décisions sont déjà prises en amont. Et que dire de leur légitimité lorsque ces dernières n’attirent que les militants du premier cercle ? Que dire du nombre de courriers d’habitants qui restent sans réponse ?

Les citoyens ont les yeux ouverts. A force d’être méprisés, de ne pas être écoutés ou de ne pas avoir de réponse, beaucoup malheureusement se laisseront un jour ou l’autre tenter par les discours populistes.

Tant de pratiques et de méthodes sont à changer : nommer les choses, gouverner sans démagogie, redonner de l’espoir, considérer que le citoyen est l’interlocuteur et le premier concerné par la politique, remettre l’égalité mais aussi et surtout la fraternité au cœur de notre démocratie.

Il en va de la conservation et de la protection de notre modèle républicain.

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